LE CARDINAL MAZARIN
Chavigny^ avoit été l'ami intime du cardinal Mazarin, qui lui faisoit bassement sa cour sous le ministère du cardinal de Richelieu. Puis il vit que Chavigny vouloit partager la faveur avec lui, et il le trompa, lui faisant pourtant de grandes caresses. Chavigny fut averti par Senneterre que iviazarin le jouoit, et, pour se venger, chercha à précipiter la reme dans des conseils violens qui fissent enfin chasser le cardinal. Il conseilla l'emprisonnement de BrousseP, et en même temps il assistoit à des conférences secrètes avec des frondeurs , chez Pierre Longuei.
Le cardinal Mazarin avoit connu Le Tellier* en Piémont, et le
■1. Rai'ine, qui était historiographe du roi conjointement avec Boileau, avait réuni de nombreux matériaux, et commencé une histoire générale du règne de Louis XIV. Ses manuscrits, rerais après sa mort à M. de Yalincour, son successeur, furent entièrement consumés dans l'incendie de la maison de M. de Valincour, à Sainl-Cloud. Les fragments qu'on va lire ne sont que des notes retrouvées dans les papiers de Racine.
2. Le secrétaire d'État Chavigny avait été l'homme de confiance du cardinal Richelieu.
3. Le conseiller Broussel, dont l'arrestation fut un des griefs de la Fronde.
4 Le Tellier, depuis chancelier de France , père du ministre Louvoia.
mit à la place de des Noyers'. Le Tellier devoit donner deux cent mille francs, le roi cent mille. Des Noyers voulut un évêché pour sa démission, et mourut. Le Tellier eut les cent mille écus.
Quand le cardinal Mazarin sortit de France, il demanda un homme de confiance à M. Le Tellier, qui lui donna Colbert, en priant le cardinal que. quand il recevroit de lui des lettres secrètes, il ne les gardât point, mais les rendît à Colbert. Un jour le cardinal en voulut garder une, Colbert lui résista jusqu'à le mettre en colère : ensuite le cardinal le prit pour son intendant.
Siri% en cherchant les raisons pourquoi le cardinal abandonna le duc de Guise, dit que peut-être ce cardinal songeoit à se faire roi de Naples. Cela est d'autant plus vraisemblable qu'il avoit quelque pratique pour se faire roi de Sicile : témoin une lettre qu'un certain Antoine d'Aglié lui écrivoit de Rome , le 1" juin 1648 , qui lui mandoit qu'on avoit fort délibéré en Sicile de mettre la couronne de ce royaume sur la tête ou du prince Thomas, ou du connétable Colonne, mais que le cardinal avoit été préféré à tout autre: que, sans partir de Paris, il n'avoit qu'à envoyer une armée pour donner cœur au peuple et à la noblesse , et qu'on lui enverroit aussitôt des ambassadeurs pour le couronner: que, s'il ne vouloit point quitter la France . il pourroit laisser en Sicile ou son frère , ou le CEU'dina. Griraaldi, avec la qualité de vice-roi. L'auteur croit, pour lui. que le cardinal avoit dessein d'envoyer à Naples M. le Prince, afin de l'éloigner de France, avec tous les petits-maîtres, et quantité d'autres gens capables de remuer. Cela est si vrai, qu'après la disgrâce et l'emprisonnement du duc de Guise, le cardinal envoya l'abbé Bentivoglio en Flandre, à l'armée de M. le Prince, un peu devant qu'il assiégeât Ypres, pour le tàter. non pas en traitant directement avec lui, mais avec Chàtillon, La Moussaye, et les autres petitsmaîtres, qui l'écoutèrent fort volontiers, se remplissant déjà l'esprit d'idée3 l'un se flattant de se faire duc de Calabre, l'autre prince de Tarente. Le cardinal ofTroit à M. le Prince tous les régimens de Condé et de Conti , et de sa maison, avec une armée navale équipée aux dépens du roi. Mais les cabales commençoient déjà à éclore: et M. le Prince, se défiant et de la proposition et de celui qui la faij:oit , ne put se résoudre à quitter Paris et la cour.
Le même auteur dit que le cardinal étoit maître de toutes ses passions, excepté de l'avarice. (T. XII, page 924.)
Le cardinal de Sainte-Cécile, son frère, étant en mauvaise humeur contre lui , disoit à tous les gens de la cour qui venoient lui