‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 37 sur 170 · M. DE TURENNE · texte numérisé non relu

M. DE TURENNE

M. de Turenne espéroit gagner à la disgrâce de Fouquet, et se flattoit d'être chef du conseil des affaires étrangères , comme Villeroi des finances ; et , voyant qu'il n'en étoit rien , ne le pardonna jamais à M. Le Tellier.

Un peu avant la guerre de Lille, on ôta à la charge du colonel général de la cavalerie légère la nomination de toutes les charges; et Turenne n'osa soafHer, de peur de dégoûter le roi de lui, et qu'on ne fît point la guerre. Un peu après la revue de Mouchi, le roi dit à Turenne : « On compte à Paris que voilà la soixantième revue. »

On pensa commencer la guerre dès le commencement de 1666 , mais il n'y avoit rien de prêt. Le roi en avoit fort envie. Lorsqu'on la commença, l'artillerie n'étoit pas prête , et ce fut une des raisons qui fit qu'on s'arrêta à réparer Charleroi , où les Espagnols avoient laissé des demi-lunes entières. De là le roi alla à Avesnes, où on fit venir la reine et madame de Montespan. Feu Madame persuada à mademoiselle de La Vallière, qui étoit à Mouchi, de suivre la reine, et lui prêta un carrosse. M. l'amiral étoit de cette armée-là'. On auroit pu prendre Gand et Ypres; mais M. de Turenne eut peui d'attirer les Anglois et les Hollandois , et que la guerre ne finît. Il eloit hai de tout le monde, surtout des ministres, qu'il insultoil tous les jours. M. Le Tellier envoyoit toujours demander à Humièreî où on alloit camper. Il avoit décrié tous les maréchaux dans l'esprit du roi, surtout le maréchal de Gramont, qui étoit au désespoir, et

f. Le duc de Bo:iufo?t, le Roi des halles, pelil-fils de Henri IV et de ^abrielle d'Estrées.

qui monta la tranchée à la tête des gardes. Il poussoit Duras, et le favorisoit en toutes rencontres. Il voulut faire attaquer le château de Tournai par Lauzun. déjà favori, quoique Humières fût de jour. Bellefonds étoit aussi fort favorisé du roi et de M. de Turenne. Bellefonds ne voulut point du gouvernement de Lille, pour ne pas quitter la cour: et Turenne le fit donner à Humières, qui se remit en grâce avec lui. Humières se plaignoit aussi de Duras, à qui, au siège de Tournai, on avoit donné une brigade fort bonne, qui étoit au quartier d'Humières, et qui ne voulut pas laisser aller la brigade de La Vallette, et les garda toutes deux.

Pradelle servoit aussi de lieutenant général, brave homme, mais pas plus capable qu'il est aujourd'hui. Le roi l'aimoit assez.

Après la paix, Turenne eut bien du dessous. Il demanda quartier au comte de Gramont, qui l'accabloit de plaisanteries. Un jour le roi pensa dire des rudesses lâ-dessus à ce comte, à ce que disoit Turenne.

M. le Prince entend bien mieux les sièges que M. de Turenne.

Le marquis de Créqui ne parut que sur la fia de la campagne à l'affaire de Marsin.

On ne fortifia point Alost, place importante, et qui avoit coupé tous les Pays-Bas , parce qu'on avoit trop peu de troupes pour en mettre dans tant de places.

M. de Turenne auroit bien voulu aller reconnaître Termonde avant que de l'attaquer; mais le roi vouloit être partout. On y alla donc avec l'armée. On n'a jamais conçu l'état des places du Pays- Bas aussi pitoyable qu'il étoit, même à ce dernier voyage.

Si. avant la guerre de Flandre, on eût donné au roi Cambrai, ou même Bergues, il se seroit peut-être contenté. Lionne, surtout, étoit au désespoir de la guerre '.

La duchesse de Bouillon étoit aussi zélée catholique que mademoiselle de Bouillon, sa belle-sœur, étoit zélée huguenote. Celle-ci, extrêmement fière, ne pouvoit digérer de voir sa maison dépouillée de la principauté de Sedan, et vouloit toujours marcher d'égale avec les maisons souveraines. Aussi fut- elle une des principales causes de tous les partis que le duc de Bouillon et Turenne, son frère, prirent contre la cour.

La verita si era aucora que les deux frères Bouillon et Turenne tous deux grands maîtres en fait de guerre, et le premier principalement joignant aux qualités militaires celles de fin courtisan et de très-habile négociateur, avoient hérité la torhidezza delV anima du père, chef de la faction huguenote : de sorte qu'ayant sucé tous deux avec le lait un esprit de faction et d'ambition, il ne falloit pas grand art ni grande rhétorique pour les engager dans un parti

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