VOYAGE DU ROI
Séxanne. On y séjourna deux jours.
Vitrij. Affection des Iiabitans; feux de joîe; lanternes à toutes les fenêtres. Il arrachèrent de l'église, où le roi devoit entendre la messe , la tombe d'un de leurs gouverneurs qui avoit été dans le parti de la Ligue, de peur que le roi ne vît dans leur église le nom et l'épitaphe d'un rebelle.
Sermaise, vilain lieu. Le fauteuil du roi pouvoit à peine tenir dans sa chambre.
Commercy. Le bruit de la cour, ce jour-là, étoit qu'on retouvnoit à Paris.
Toul. On séjourna un jour. Le roi fit le tour de la ville, visita les fortifications, et ordonna deux bastions du côté de la rivière.
3Ietz. On séjourna deux jours. Le maréchal de Créqui s'y rendit, et eut ordre de partir le lendemain. Quantité d'officiers eurent ordre de marcher vers Thionville. Le roi visita encore les fortifications, qu'il fit réparer. Grand zèle des habitans de Metz pour le roi.
Verdun. Le roi y trouva Monsieur, qui avoit une grosse fièvre. Il alla visiter la citadelle , où l'on travaille du côté de la prairie.
Stenay, Le roi y arriva avant la reine, et alla voir les fortifications de la citadelle , qui est assez bonne , mais un peu commandée par la hauteur. Le bas de la ville, c'est-à-dire le côté de la Meuse, est inondé. Le roi quitta la reine, et partit le matin à cheval. Il ne trouva point son dîner en chemin : il mangea sous une halle et but le plus mauvais vin du monde.
Aubigny ^ méchant village. Le roi coucha dans une ferme; il vouloit aller le lendemain à Landrecies, mais tout le monde s'écria qu'il y avoit trop loin. Il envoya les maréchaux des logis à Guise; il dîna le lendemain à une abbaye, et fit jaser un moine pour se divertir.
Guise. Grand nombre de charités que le roi faisoit en chemin. A une lieue de Guise , une vieille femme demanda où étoit le roi ; on le lui montra, elle dit : « Je vous ai déjà vu une fois; vous êtes bien changé, d
Le roi , approchant de Valenciennes , reçut la nouvelle que Gand étoit investi, et qu'il n'y avoit dans la ville et dans le château que cent cinquante hommes d'infanterie et cinq cents chevaux. A un?
\. n Comrao le soicil, il fera par sa chaleur el sa lumière le bonheur de la France et des amis de la France. Il en est à sa neuvième nourrice; elles le quillent toutes, parce qu'il blesse leurs mamelles. »
2. Le roi partit de Saint-Germain en Laye le 7 lévrier. ( /Vb/e de Racine.)
FRAfiMENS HISTORIQUES. 139
lieue de Valencienaes, le roi m'a montré- sept villes tout d'une vue, qui sont maintenant à lui; il me dit : « Vous verrez Tournai, qui vaut bien que je hasarde quelque chose pour le conserver. »
Saint-Amand. Le roi, en arrivant, se trouva si las, qu'il ne pouvoit se résoudre à monter jusqu'à sa chambre.
Gand, 4 mars. Le roi, en arrivant, à onze heures du matin, trouva Gand investi par le maréchal d'Huraières. Il dîna et alla donner les quartiers, et faire le tour de la place. Le quartier du roi étoit depuis le Petit-Escaut jusqu'au Grand-Escaut; M. de Luxembourg, depuis le Grand-Escaut jusqu'au canal du Sas-de-Gand : la Durne, petite rivière, passoit au milieu de son quartier; M. de Schoraberg, entre le canal du Sas-de-Gand et le canal de Bruges; M. de Lorge, entre le canal de Bruges et le Petit-Escaut. La Lys passoit au travers de son quartier. M. le maréchal d'Humières étoit dans le quartier du roi. Les lignes de circonvallation étoient commencées , et le roi commanda qu'on les achevât ; elles étoient de sept lieues de tour. On travailla dès le soir à préparer la tranchée. M. de Maran fit faire un boyau, dont on s'est servi depuis, et qui a été l'attaque de la droite, qu'on a appelée l'attaque: de Navarre. Le lendemain, 5 mars, la tranchée fut ouverte sur la gauche par le régiment des gardes, et fut conduite jusqu'auprès d'un fort.
Le roi a dit, après la prise de Gand, qu'il y avoit plus de trois mois que le roi d'Angleterre avoit mandé à Villa-Hermosa qu'il avoit surtout à craindre pour Gand.
Misérable état des troupes espagnoles : ils se sont rendus faute de pain. Le gouverneur, vieil et barbu, ne dit au roi que ces paroles : a Je viens rendre Gand à Votre Majesté; c'est tout ce que j'ai à lui dire. r>
Pendant que les armes du roi prospéroient en Allemagne, ses forces maritimes s'accroissoient considérablement, jusqu'à donner de l'inquiétude à ses alliés. Ils s'étoient moqués de tous les projets qu'on faisoit en France pour se rendre puissans sur la mer, s'imaginant qu'on se rebuteroit bientôt par les difficultés qui se rencontreroient dans l'exécution, et par les horribles dépenses qu'il falloit faire. Ils ne voyoient dans les ports que deux galères et une douzaine de vaisseaux de guerre, dont plus de la moitié tomboient, pour ainsi dire, par pièces; les arsenaux et les magasins entièrement dégarnis, etc.