‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 42 sur 170 · Le chevalier de Nnnlouillet, bon officier et bon convive · texte numérisé non relu

Le chevalier de Nnnlouillet, bon officier et bon convive

4. Il s'agit du discours prononcé par Racine, comme directeur de l'Acad<^ïnie^ à Ja réception du 8ucce,3eur de Pierre Corneille.

dant compte de sa députation, dit : Laqueus contriius est. et nos libérait sumiis '.

Plusieurs choses extravagantes furent trouvées après la mort de Mézerai dans son inventaire: entre autres, dans un sac de mille francs, ce billet : « C'est ici le dernier argent que j'ai reçu du roi : aussi, depuis ce teraps-là. n'ai-je jamais dit du bien de lui. »

JHans un sac d'écus d'or il y avoit un écu d'or enveloppé seul dans un papier où étoil écrit : « Cet écu d'or est du bon roi Louis XII : et je l'ai gardé pour louer une place d'où je puisse voir pendre le plus fameux financier de notre siècle. » On lui trouva plus de cinquante mille francs en argent derrière des livres et de tous côtés. Il fit un cabaretier de la Chapelle son légataire universel.

M. Feuillet regardoit Monsieur faire collation en carême. Monsieur, en sortant de table, lui montra un petit biscuit qu'il prit encore sur la table, en disant : « Cela n'est pas rompre le jeûne, n'est-il pas vrai? » M, Feuillet lui répondit : « Mangez un veau, et soyez chrétien. »

Un officier espagnol, à qui Beauregard avoit demandé quartier quand on fut repoussé de l'ouvrage à cornes de Mons, non-seulement le lui donna, mais le défendit l'épée à la main contre les Brandebourgeois qui le vouloient tuer, se fit blesser pour lui, et l'ayant conduit dans la ville, mit une garde devant la maison. Cet officier sortit de Mons dans une litière , à cause du coup qu'il avoit reçu dans cette dispute.

Le comte de La Motte, lieutenant général, ne voulut jamais quitter le service de M. le Prince; et quand M. de Louvois lui fit entendre, pour le débaucher, qu'il pourroit même dans la suite être maréchal de France, il fit réponse que « d'être à M. le Prince, ce n'est pas un titre pour être maréchal de France. »

Au siège de Cambrai . Vauban n'étoit pas d'avis qu'on attaquât la demi-lune de la citadelle avant qu'il eût bien assuré -cette attaque. Du Metz, brave homme, mais chaud et emporté, persuada au roi de ne pas différer davantage. Ce fut dans cette contestation que Vauban dit au roi : « Vous perdrez peut-être à cette attaque tel homme qui vaut mieux que la place. » Du Metz l'emporta, la demilune fut attaquée et prise ; mais les ennemis y étant revenus avec un feu épouvantable, ils la reprirent, et le roi y perdit plus de quatre cents hommes et quarante officiers. Vauban, deux jours après, l'attaqua dans les formes, et s'en rendit maître, sans y perdre que trois hommes. Le roi lui promit qu'une autre fois il le laisseroit faire.

C'étoit M. d'Espenan ' que M. le Prince et M. de Turenne firent

<. « Le lacs a été brisé, el nous avons été délivrés. » Ps. cxxiii.

2. Roger de Boussort, comtfi d'Espenan, aui avait comman*]»' à Rocrov.

i42 FRAGMENS HISTORIQUES.

gouv.erneur de Philisbourg , et qui , dans le temps même qu'ils lui déclaroient qu'ils l'avoient choisi pour cela, et qu'ils lui recommandoient de bien faire son devoir , les interrompoit pour aller chasser une chèvre qai mangeoit du chou sur un bastion.

En Hongrie, Coligni écrivoit en cour tous les jeudis, et donnoit ses lettres au courrier ordinaire de l'armée pour les porter à Vienne, La Feuillade écrivoit tous les samedis . et les faisoit porter par un homme exprès : il feignoit de prévoir tout ce que les Turcs avoient fait depuis le jeudi jusqu'au samedi.

On prétend que M. de Lauzun avoit une extrême passion d'avoir le régiment des gardés , mais qu'à cause du maréchal de Gramont il eût bien voulu que le roi l'en eût pressé. On dit donc qu'il en parla à madame de Montespau , et qu'ensuite il se cacha pour voir comm« elle en parleroit au roi ; qu'ayant vu qu'elle s'étoit moquée de lui , il lui chanta pouille et la menaça.

Le roi reconnut, dans le régiment de Hautefeuille, un passe-volant^ qui étoit valet de chambre de M. de Hautefeuille. Il le reconnut à ses souliers, que son maître avoit portés.

Le nonce Roberti disoit : Bisogna infarinarsi di teologia , e farsi un fondo di politica^.

Le même nonce disoit à M. l'abbé Le Tellier, depuis archevêque de Reims , qui lui soutenoit l'autorité du concile au-dessus du pape : « Ou n'ayez qu'un bénéfice , ou croyez à l'autorité du pape 3, »

M. l'archevêque de Reims répondit à l'évêque d'Autun^ qui lui montroit un beau buffet d'argent en lui disant qu'il étcit pour les pauvres : a Vous pouviez leur en épargner la façon. 5>

Quand il fut coadjuteur , sous le titre de Nazianze , les révérends pères.... lui vinrent demander sa protection; il leur dit : « Je n'ai point de pouvoir à Reims-, mais à Nazianze, tant que vous voudrez. »

On dit qu'à Strasbourg , quand le roi y fit son entrée , les députés des Suisses l'étant venus voir, l'archevêque de Reims , qui vit parmi eux l'évêque de Bâle, dit à son voisin : « C'est quelque misérable apparemment que cet évêque? — Comment! lui dit l'autre, il a cent mille livres de rente. — Oh, ohî dit l'archevêque, c'est donc un honnête homme! » Et il lui fit mille caresses.

i. Passe-volant, faux soldai qui paraissait dans une revue pour toucher la paye au profit du capitaine; ce qu'on appelle aujourd'hui un homme dt paille.

2. « Il faut s'enfariner (se frotter) de théologie, et se faire un fond de politique. »

3. Les conciles défendaient la pluralité des bénéfices; le pape la permettait, eo accordant des diai^enses.

4 1)0 Roquette.

FRAGMÏINS HISTORIQUES. 143

Milord Roussel, qui a eu depuis peu le cou coupé à Londres, en montant à l'échafaud , donna sa montre au ministre qui Fexhortoit à la mort : « Tenez, dit-il, voilà qui sert à marquer le temps; je vais compter par l'éternité. -!> Ce ministre étoit M. Burnet.

Dikfeld a avoué à un Danois, nommé M. Schell, que ce Grandval, qui fut exécuté en Hollande pour avoir voulu assassiner le prince d'Orange, avoit déclaré en mourant que jamais le roi de France n'avoit eu connoissance de son dessein; et que s'étant même voulu adresser à M. de Louvois, celui-ci lui dit que si le roi savoit qu'il eût une pareille pensée, il le feroit peni^c.

En 1667, on effaça toutes les couleuMes' ou serpens des ornemens qui étoient au Louvre,

En 1672, le roi voulut que messieurs de Malte se déclarassent aussi contre les Holiandois; ils dirent qu'ils ne se déclareroient jamais que contre le Turc. Néanmoins , l'ambassadeur demandoit qu'on i.es comprît dans le traité qu'on pensa faire à Utrecht.

Alexandre VIII , n'étant encore que monsignor Ottobon , et ayant ■>rande envie d'être cardinal sans qu'il lui en coûtât rien, avoit un jardin près duquel la dona Olympia ' venoit souvent. Il avoit à la cour de cette dame un ami , par le moyen duquel il obtint d'elle qu'elle viendroit un jour faire collation dans son jardin. Il l'attendit en effet avec une collation fort propre , et un très-beau buffet tout aux armes d'Olympia. Elle s'aperçut bientôt de la chose, et compta déjà que le buffet étoit à elle ; car c'étoit la mode de lui envoyer des fleurs ou des fruits dans des bassins de vermeil doré, qui lui demeuroient aussi. Au sortir de chez Ottobon, l'ami commun dit à ce prélat qu'Olympia étoit charmée, et qu'elle avoit bien compris le dessein galant d'Ottobon. Celui-ci mena son ami dans un cabinet, et lui montra un très-beau fil de perles, en disant : Ceci ira encore avec la creden;:e , c'est-à-dire avec le buffet. Quinze jours après il y eut une promotion dans laquelle Ottobon fut nommé; et il renvoya le fil de perles chez l'orfèvre , avec la vaisselle , d'où il fît ôter les armes d'Olympia.

M. Pignatelli, maintenant pape', au retour de sa nonciature de Pologne, n'étoit guère mieux instruit des affaires de ce pays-là que s'il n'eût jamais sorti de Rome. Un jour qu'on parloit du siège de Belgrade , le pape Innocent X , qui avoit fort à cœur la guerre du Turc, dit à M. Pignatelli qu'il vînt l'après-dînée l'entretenir sur le siège et la situation de Belgrade. Le bon prélat, fort embarrassé, se confia à un capitaine suisse de la garde du pape , qui avoit servi quelques années en Hongrie. Ce capitaine fit ce qu'il put pour lui

» . Couleuvre , coiuùer, arme pau:lante de Colbert,

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