HOLLANDE
Celui qui contribua le plus à séparer la Hollande des intérêts de la France , en 1648 , ce fut un député de Hollande à Munster , nommé Knut. La France lui avoit promis une pension de deux mille écus en 1635, et il n'en toucha jamais que la première année. C'est ce qui l'irrita contre la France, dont il ruina les affaires autant qu'il put; et il goûta, dit Siri, la vengeance la plus douce qu'un particulier puisse goûter, qui est de se venger d'un grand prince qui l'a offensé.
On manqua aussi de payer à la princesse d'Orange quelques sommes promises à son mari , qui les lui avoit cédées ; et de là vint cette inimitié qu'elle eut toujours depuis contre la Francft
La duchesse de Mantoue en usa de même , parce qu'on ne lui paya plus sa peiisioa.
Ces sortes de manquemens de parole que les rois font à des particuliers leur sont quelquefois rendus avec de grosses usures.
Los Hollandoib n'ont aucune religion, et ne conuoissent de dieu que leur intérêt. Leurs propres écrivains confessent que dans le Japon, où l'on punit des plus cruels supplices tout ce qu'on y trouve de chrétiens, il suffit de se dire HoUandois pour être en sûreté; et lorsqu'ils approchoienl des côtes de ce royaume, le premier soin de leurs capitaines de vaisseaux etoil de cacher jusqu'aux monnoies où la croix étoit empreinte.
La ville d'Amsterdam étoit celle qui avoit le plus conspiré à faire an traité séparé avec l'Espagne, dans l'envie d'attirer à elle tout le commerce d'Espagne durant la guerre entre les deux couronnes, et d'en priver les marchands françois ; et ce fut là le principal but des HoUandois.
Les privilèges dont les HoUandois jouissoient en France n'étoient fondés que sur les traités de confédération qu'ils avoient violés.
La haine qu'ils avoient contre les Portugais, et les hostilités môme qui s'exerçoient de part et d'autre dans le Brésil, n'avoient pu faire résoudre les États à rompre ouvertement avec le Portugal, pour n'être pas privés du commerce de ce royaume, qui auroit passé en d'autres mains. En ce temps-là même, en 1648, ils apprirent la défaite entière de leurs troupes dans le Brésil.
Brasset, dans ce même temps, négocie à la Haye pour la paix entre le Portugal et les États. La compagnie des Indes, insolente dans la proipériié et basse dans l'adversité, demande la paix; mais les États croient qu'il y va de leur honneur.
La France avoit intérêt à cette paix dans le Brésil, afin que les Portugais n'eussent plus d'ennemis que les Espagnols.
Les HoUandois, aussitôt après qu'ils eurent traité avec l'Espagne, envoyèrent des ministres dans les terres qui leur étoient cédées, et en firent chasser rigoureusement les ecclésiastiques . sans que les Espagnols osassent protéger le moins du monde les cathoUques.
Brasset, après le traité des HoUandois avec l'Espagne, leur déclara, de la part de la reine, qu'eUe ne pouvoit plus observer le traité de marine fait avec eux en 1646, par lequel ils pouvoient porter sur leurs vaisseaux des blés et autres denrces aux Espagnols.
Ils auroient voulu que toute l'Europe fût en guerre lorsqu'ils se virent en paix avec l'Kbpagne, et quelques-uns d'entre eux n'osôreut accepter la commission de plénipotentiaires à Munster, de peur que, si la paix géuéraie venoit à se faire, ils nca fussent blâmés par les États.
Le commandeur de Suuvray arriva à la Haye le 19 septembre 1648, en qualité d'ambassadeur extraordinaire du grand maître de Malle,
pour demander la restitution des commanderies usurpées par les IloUandois. Les JÊtats déclarèrent qu'ils ne reconnoissoient point le grand maître; et par conséquent qu'ils ne reconnoissoient point Souvray pour ambassadeur. Grand nombre de chevaliers vouloient qu'on s'emparât des vaisseaux hoUandois qu'on trouveroit dans la Méditerranée. Mais les autres, plus modérés, furent d'avis de remettre à un autre temps à prendre leur résolution, pour ne pas s'engager dans une guerre dont ils ne sortiroient pas quand ils youdroient.
Charnacé fut le premier qui traita d'altesse le capitaine général des Provinces-Unies.
D'Avaux et La Thuillerie étant à Venise ne donnèrent jamais l'excellence aux ambassadeurs des États , quoiqu'ils leur donnassent la main chez eux ',
Plainte des plénipotentiaires de France contre les demandes des HoUandois, qui vouloient qu'on les traitât de pair avec Venise.