PORTUGAL
En 1500, les Portugais découvrirent le Brésil, distant de la Guinée d'environ 450 lieues. Péralverez Cabrai , capitaine du roi de Portugal . en prit possession pour le roi son maître sept ans après la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb. Le pape, pour conserver la paix entre les couronnes de Castille et de Portugal, ordonna que chacune jouiroit des terres qu'elle pourroit découvrir, en tirê'^t une ligne d'un pôle à l'autre, qui les séparât des îles Açores et des îles du Cap-Vert, à la distance de cent lieues.
Les Castillans se rendirent maîtres du Brésil lorsque le Portugal tomba sous la puissance de Philippe II, et tuèrent tout ce qui leur osa faire résistance.
Les HoUandois, vers l'an 1623, non contens de faire la guerre en Europe au roi d'Espagne, voulurent encore la lui faire dans le nouveau monde. Ils passèrent la ligne, et, étant abordés au Brésil, s'emparèrent de Fernambouc, du Récif, du cap de Saint- Augustin, en un mot, de toute la côte, depuis Siara jusqu'à la baie de Tousles-Saints, qui demeura toujours aux Castillans. Cette conquête s'étoit faite aux dépens de quelques particuliers, et non point de l'État. Ces particuliers, voyant les grandes richesses qu'ils pouvoient tirer du Brésil, tant par le débit du sucre que par le débit du bois de Brésil, demandèrent aux États qu'il leur fût permis d'établir une compagine, avec pouvoir de nommer des officiers de justice, guerre et marine, dans les Indes, pour trente ans: après quoi tout ce pays qu'ils auroient conquis appartiendroit aux États, auxquels cependant
i. Donner la main, c esl-à-diie laisser prendre la droite
la compagnie prêteroit serment de fidélité Cela fut approuvé : et ainsi fut établie la compagnie des Indes occidentales, en 1624. Elle composa un conseil de directeurs, au nombre de dix-neuf, entre lesquels ils mirent par honneur le prince dOrange. Cette compagnie ne tarda guère à étendre ses conquêtes, et ils s'emparèrent de toute la côte qui est depuis la capitainerie de Siara jusqu'à la baie de Tous-les-Saints, c'est-à-dire de plus de trois cents lieues de côtes. Ils établirent un conseil politique qui résidoit au Récif, qui jugeoit souverainement de toutes les affaires. Us exigeoient de grands tributs des Portugais leurs vassau.'ç. qui travailloient à faire le sucre, descendus de ces premiers Portugais qui découvrirent le Brésil: et, de crainte qu'ils ne se révoltassent contre eux, ils leur ôtèrent toutes les armes à feu.
En 1641 , la baie de Tous-les-Saints suivit la révolution du Portugal : les Castillans en furent chassés, et on y reconnut dom Jean I"V. Le gouverneur fit part de ce changement aux Hollandois dans le Récif, avec promesse de bien vivre avec eux. Les Hollandois furent bien aises de la perte que les Castillans faisoient. et cette même année 'Is firent un traité de trêve pour dix ans avec les Portugais-, et la compagnie des Indes voulut que le Brésil fût compris dans ce trâ-té. Dès qu'il fut signé, ils envoyèrent des vaisseaux dans le Brésil, qui. au lieu d'aller droit au Récif, pour y faire publier la trêve, allèrent en Guinée (mai 1642), et se saisirent d'Angola, de Loanda et de quelques autres places des Portugais. Ils crièrent contre cette mauvaise foi: et, voyant qu'on ne leur en faisoit point de justice, ils résolurent de s'en venger à la première occasion.
Le vice-roi de la baie de Tous-les-Saints commença à faire des pratiques parmi ceux de sa nation qui étoient au Récif, à Fernambouc. et aux autres places de la domination des Hollandois. Il gagna surtout Jean-Femandez Viera, Portugais, qui . de simple garçou boucher s'étant mis au service des Hollandois, s'étoit extrêmement enrichi, et qui avoit grand nombre d'esclaves sous lui. qu'il faisoit travailler au sucre, dans plusieurs ingénions ou manufactures qui lui appartenoienl. Cet homme, qui avoit beaucoup d'esprit, conspira avec ceux de sa nation pour secouer le joug des Hollandois. Ils gardèrent longtemps ce dessein sans en rien faire paroître. Au contraire, ils flattoient plus que jamais les Hollandois par leur extrême soumission, s'endeltant exprès envers eux de grosses sommes, achetant cher toutes les choses que les Hollandois leur vendoient. comme les viandes et l'eau-de-vie. Enfin ils firent si bien qu ils persuadèrent aux Hollandois de leur donner des armes qu'ils achetoient bien cher, pour se défendre, disoient-ils, contre les Tapuyes et les Brésiliens, qui les haïssoient naturellement, parce qu'ils les avoient autrefois traités avec beauccmp de dureté. Les Hollandois se laissent endormir par leurs belles paroles, et surtout car les artifices de ce
Viera, qui se rendoit fort nécessaire à la corapagnie par son intelligence dans le commerce , et par les grands services qu'il leur ren doit.
Enfin toutes choses étant préparées, et les Portugais étant convenus du jour qu'ils dévoient faire éclater leur conspiration, et assassiner les chefs du conseil, les Hollandois en eurent avis de plusieurs endroits, et envoyèrent des gardes pour arrêter Viera, qui, s'étant sauvé dans les bois, amassa autour de lui grand nombre de Portugais, s'empara de quelques places qui n'étoient point en défense. Les Hollandois, qui ne s'attendoient point à cette révolte, et qui, au contraire, pour s'épargner de la dépense, avoient envoyé en Hollande la meilleure partie de leurs garnisons, avec les officiers et le comte de Nassau, se trouvèrent fort embarrassés. Ils envoyèrent à la baie se plaindre au vice-roi de la révolte de ceux de sa nation. Le vice-roi, feignant de la désapprouver, envoya un grand vaisseau, chargé de douze cents hommes, qui mirent pied à terre, et se joignirent aux révoltés. Le fort Saint-Augustin leur fut rendu pour de l'argent; ils prirent aussi Fernambouc, et il ne restoit presque plus que le Récif, qu'ils assiégèrent. Les Hollandois, qui n'avoient que peu de vivres, envoyèrent porter ces tristes nouvelles à la Haye, et demander du secours.
Les Ëtats firent grand bruit, ne menaçant pas moins que d'exterminer le roi de Portugal. Le peuple de la Haye se voulut jeter sur l'ambassadeur de ce prince, et le prince d'Orange eut beaucoup de peine à le sauver de leurs mains. Les ministres de France voulurent s'entremettre d'accommodement, disant que les Hollandois et les Portugais ne dévoient point rompre pour cela, mais imiter les François et les Anglois, qui ne laissoient pas d'être en bonne intelligence en Europe, quoiqu'ils fussent presque toujours aux mains à Terre-Neuve en Amérique.
Les Hollandois envoient une flotte au Brésil , au commencement de 164G, sous la conduite de Baucher, amiral de Zélande, qu'ils déclarèrent amiral des mers du Brésil et d'Angola. Cette flotte ne fit pas grand'chose, quoiqu'elle fût de cinquante-deux vaisseaux. La plupart de ceux qui étoient dessus périrent de chaud ou de maladie sous la ligne, où ils furent retenus par un calme de six jours. Baucher, l'amiral, fut contremandé peu de temps après son arrivée; et les États, voyant que la compagnie étoit désormais trop foible pour soutenir cette grande guerre, entreprirent en même temps de la soutenir en leur nom et aux dépens du public.
Cependant l'ambassadeur de Portugal tâchoit à la Haye, par ses négociations, de les arau.ser et d'empêcher qu'une nouvelle flotte ne mît à la voile. Il faisoit plusieurs offres, qui toutes furent refusées.
Cette guerre du Brésil fut une des principales raisons cfui déter-
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minèrent les ï!tats à faire leur paix avec l'Espagne. En effet, ils firent comprendre, dans leur traité avec les Espagnols, toutes les places que les Portugais avoient prises sur eux dans le Brésil, parmi les places qui appartenoient aux États.
La flotte partit, et les Hellandois assiégés dans le Récif, pour faire diversion, envoyèrent le colonel Scop s'emparer de Taparica, île à trois lieues de la haie. Il s'y fortifia et s'y défendit longtemps; mais enfin il fut obligé de l'abandonner, sur la fin de 1047, après y avoir perdu beaucoup de monde. La flotte portugaise arriva en ce même temps à la baie. La flotte de Hollande, forte de trente-deux vaisseaux et de quatre mille soldats, arrive au Récif le 18 mars 1648 Après s'être rafrakhis un mais , les HoUandois se mettent en campagne, au nombre de six mille hommes. Les Portugais révoltés, commandés par Jean Viera et André Vidal, les attendent de pied ferme, quoiqu'ils ne fussent que deux mille hommes. Le combat se donne le 19 avril: les Portugais gagnent la bataille avec un grand butin. Les HoUandois y perdent douze cents hommes; leur général Scop. autrement dit Sigismond, y est blessé dun coup de mousquet à la cuisse. Les Portugais continuent à les tenir enfermés dans le Récif, étant maîtres de tous les forts qui étoient au-dessus et au-dessous. D'un autre côté, la flotte hollandoise, commandée par l'amiral Wittens, tenoit la flotte portugaise enfermée dans le port de la baie; mais, vers le mois d'août, cette flotte trouve moyen de sortir à l'insu des HoUandois.
Sur la fin de la même année 1G48, les Portugais reprennent Angola sur les HoUandois, le roi de Portugal feignant de désapprouver le gouverneur de la rivière de Janeiro, dans le Brésil, qui a fait cette entreprise dans un temps où l'on négocioit un accommodement er>tre les deux nations pour 1er- afi'aires du Brésil : car, quelques sujets de plainte que les HoUandois eussent contre les Portugais , ils ne pouvoient pourtant se résoudre à une guerre ouverte, tant ils craignoient de perdre les avantages que leur rapportoit leur commerce avec ce royaume. Surtout la province de Hollande insistoit à ne point rompre avec le Portugal, et ne vouloit point qu'on exerçât d'hostiUtés dans les ports de ce royaume, mais seulement en pleine mer. Mais enfin, les affaires n'ayant pu s'accommoder, et la trêve de dix ans expirant le onzième juin 1651 , ramba.ssadeur de Portugal s'en retourne, et on se prépare à la guerre des deux côtés.
Néanmoins toute l'anné'e 1652 et celle de 1653 se passent sans aucune hostilité en Europe, et sans aucune expédition considérable dans le Brésil. Enfin, au mois de janvier 16.54. François Beretto, qui commandoit les Portugais révoltés deFemarabouc, ayant reçu quelque petit renfort de la flotte de la compagnie de Lisbonne, qui vint mouiller auprès du Récif, attaque l'un après l'autre tous les fo^p qui étoient au-devant du Récif, attaque enfin le Récif même.
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qui lui est rendu avec toutes les places que les Hollandois occupoient sur les côtes du Brésil; et ils s'en retournent en Hollande avec les meubles et les autres choses que les Portugais leur avoient permis d'emporter, par la capitulation du 16 janvier i654.
Voyez un mémoire présenté au roi, de la part du roi de Portugal, en 1648, par un François qui servoit en Portugal.
L'état où étoit alors le Portugal est dépeint dans ce mémoire, et surtout le grand besoin qu'ils avoient d'un secours de cavalerie.
« Le roi de Portugal, depuis les cinq dernières années, a fait une distraction de cinq ou six mille chevaux, et de quinze ou vingt mille hommes de pied, que les Espagnols auroient envoyés contre la France, et qui ont été occupés sur les frontières de Portugal. Il me souvient, dit celui qui présente le mémoire, qu'en 1638, lorsque j'apportai au feu roi Louis XIII la nouvelle de l'intention des Portugais, il me commanda d'envoyer un homme exprès, pour les assurer que, s'ils vouloient s'aider eux-mêmes, et faire roi le duc de Bragance. la France leur enverroit cinq cents cavaliers bien montés et tout armés, mille autres avec selles, brides, armes, et pistolets, et dix ou douze mille fantassins. Sur cette parole, qui leur fut portée par Tillac, ils m'écrivirent, au commencement de novembre 1640, qu'ils étoient prêts à se déclarer, et qu'il éioit temps de faire souvenir le roi de sa promesse. Je mis cette lettre à Rueil, entre les mains de M. des Noyers, sur les dix heures du soir. M. des Noyers la fit voir au cardinal-duc, qui le lendemain, de grand matin, la porta au roi à Saint-Germain, qui l'a toujours gardée depuis: et il commanda au cardinal d'assurer les Portugais de toute sorte de secours, quand il devroit engager la moitié de son royaume. Les Portugais ne manquèrent pas de se déclarer au bout d'un mois, c'est-à-dire au commencement de décembre; et le roi promit que jamais il ne feroit de traité avec les Espagnols que le Portugal ny fût compris. »
Les Portugais, durant qu'on étoit assemblé à Munster, s'étoient bien gardés de presser les Espagnols avec toutes leurs forces, de peur qu'ils ne fissent leur traité avec la France, et qu'ils ne retombassent sur le Portugal.
Un peu avant que la reine de Portugal se séparât du roi son mari, elle avoit oublié sous son chevet une longue lettre du comte de Schomberg, où étoit tout le projet de la révolution qui se devoit faire. Elle se souvint de sa lettre à la messe, fit l'évanouie, et se fît reporter sur son lit, où elle retrouva sa lettre.
Toute l'affaire fut entreprise et conduite par le père Lami, jésuite, son confesseur.
Un peu avant la séparation, elle avoit écrit à madame de 'Vendôme qu'elle étoit grosse. Celle-ci en montra la lettre à l'ambassadeur de Savoie afin qu'il fît part de la bonne nouvelle en son pay
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On fait en Portugal des comtes pour la vie, quelquefois pour deux races, quelquefois pour tous les aînés. M. de Schomberg a été fait comte pour tous les aînés qui descendront de lui.
Trois François de Mello : le premier, celui qui perdit la bataille de Rocroi: le second qui, en 1661, fit le mariage du roi d'Angleterre, et qui fut ensuite assassiné; le troisième, qui a été depuis en ambassade aussi en Angleterre. Ils n'étoient point parens : le premier, Portugais de grande maison; les deux autres, de médiocre noblesse.