Le 6 février
n ait méditées longtemps auparavant , et où il ne se soit achemin* comme par degrés. En prenant Condé et Bouchain, il se mit en état d'assiéger Valenciennes et Cambrai; par la prise d'Aire, il s'ouvrit le chemin à Saint- Orner; et c'est en partie à la conquête de Saint-Guilain qu'il doit la conquête de Gand et d'Ypres.
Jamais prince n'observa si religieusement sa parole; il l'a toujours exactement tenue à ses ennemis mêmes : et dans la paix d'Aix-la-Chapelle , il aima mieux , en rendant la Franche-Comté , renoncer à la plus glorieuse et à la plus utile de ses conquêtes que de manquer à la parole qu'il avoit donnée de la rendre. Ce n'est pas une chose concevable que , dans la fidélité qu'il a gardée à ses alliés, il a toujours eu plus de soin de leurs intérêts que des siens propres.
Dans le projet de paix qu'il envoya à Nimègue, il y avoit pour premier article qu'avant toutes choses on restitueroit aux Suédois tout ce qui avoit été pris sur eux : et quoiqu'il vît toute l'Europe en armes centre lui, ce ne fut qu'à l'instante prière des mêmes Suédois qu'il souffrit que la paix se fît avec la Hollande avant la restitution. Jamais un mouvement de colère ne lui a fait faire une fausse démarche. Quand l'Angleterre, qui s'étoit liée avec lui, se détacha tout à coup de ses intérêts , il ne s'emporta ni en plaintes ni en reproches ; il n'en témoigna au roi d'Angleterre aucune froideur; et en lui montrant au contraire qu'il étoit toujours persuadé de son amitié, il l'engagea à demeurer toujours son ami.
Il a appelé aux emplois de la gierre les hommes qui étoient les plus dignes, et n'a jamais laissé une belle action sans récompense : aussi jamais prince ne fut servi avec tant d'ardeur par ses soldats. Cette ardeur a passé à de tels excès, qu'il a eu besoin de toute son autorité pour la réprimer. Quand il a pu voir une chose par ses yeux, il ne s'est point fié aux yeux d'autrui. Il a toujours reconnu lui-même les places qu'il a voulu attaquer; et en cette noble fonction de capitaine , il a eu plusieurs fois des hommes tués et blessés à côté de lui. Judicieux dans toutes ses entreprises, intrépide dans le péril, infatigable dans le travail, on ne saurait rien lui reprocher que d'avoir souvent exposé sa personne avec trop peu de précaution.
Cependant il ftst merveilleux que , parmi les soins d'une guerre qui a dû , ce semble , l'occuper tout entier , ce prince soit encore entré dans le détail du gouvernement de son État , et qu'on l'ait vu aussi appliqué aux besoins particuliers de ses sujetv^ que si toutes ses pensées avoient été renfermées au dedans de son royaume. De là vient que, dans un temps que toute l'Europe étoit en feu, la France ne laissoit pas de jouir de toute la tranquillité et de tous les avantages d'une paix profonde : jamais elle ne fut si florissante , jamais la justice ne fut exercée avec tant d'exactitude, jamais le^
sciences, jamais les beaux-arts n'y ont été cultivés avec tant de soin. Il a lui seul plus fait bâtir de somptueux édifices que tous les rois qui l'ont précédé. Il n'est pas croyable combien de citadelles il a fait construire , combien il en a réparé , de combien de nouveaux bastions il a fortifié ses places. Les François , il y a quinze ans , passoient pour n'avoir aucune connoissance de la navigation ; ils pouvoient à peine mettre en mer six vaisseaux de guerre et quatre galères ; maintenant la France compte dans ses ports vingt-six galères , et cent vingt gros vaisseaux , et un nombre prodigieux d'autres bâtimens : elle s'est rendue si savante dans la marine , qu'elle donne aujourd'hui aux étrangers et des pilotes et des matelots.
Il n'y a point de génie un peu élevé au-dessus des autres , dans quelque profession que ce soit, que le roi, par ses largesses, n'ait excité à travailler. Aussi la France, sous son règne, ne se ressent en rien ni de l'air grossier de nos pères , ni de la rudesse qu'une longue guerre apporte d'ordinaire avec soi : on y voit briller une politesse que les nations étrangères prennent pour modèle et s'efforcent d'imiter. Mais ce ne sont point les seuls bienfaits du roi qui ont produit tant de miracles , et qui ont porté toutes choses à ce degré de perfection : la finesse de son discernement y a plus contribué que ses libéralités-, les plus grands génies, les plus savans artistes ont remarqué que , pour trouver le plus haut point de leur art, il leur suffisoit d'étudier le goût de ce prince. La plupart des chefs-d'œuvre qu'on admire dans ses palais doivent leur naissance aux idées qu'il en a fourmes. Toutes ces grâces, toute cette disposition si merveilleuse , qui surprend , qui enchante dans ses magnifiques jardms, n'est bien souvent que l'effet de quelque ordre qu'il a donné en les visitant.
Il est donc juste que les sciences, que les beaux-arts s'emploient à éterniser la mémoire d'un prince à qui ils sont tant redevables : il est juste que les écrivains les plus illustres le prennent pour objet de toutes leurs veilles ; que les peintres et les sculpteurs s'exercent sur un si noble sujet. Mais tandis qu'ils travaillent à remplir les places et les édifices publics d'excellens ouvrages où ses victoires sont représentées , quelques personnes zélées plus particulièrement pour sa gloire ont voulu avoir dans leur cabinet un abrégé en tableaux des plus grandes actions de ce prince : c'est ce qui a donné occasion à ce volume. Elles ont choisi un pinceau délicat qui pût renfermer tant de merveilles en très-peu d'espace , et leur mettre à tout moment devant les yeux ce qui fait la plus chère occupation de leurs pensées