Le '17 septembre
tomba des mains à tout le conseil. Ces politiques, si accoutumés à regagner par les traités ce qu'ils ont perdu dans la guerre , ne savent plus où ils en sont lorsqu'ils voient tout ce qu'il leur faut abandonner par celui-ci : Cambrai, Valeuciennes , tant d'autres places fameuses , de grandes provinces, ou, pour mieux dire , des royaumes entiers , et surtout cette Bourgogne qui leur donnoit voix dans les diètes de l'Empire. Mais cependant les armées de France sont aux portes de Bruxelles : il n'est pas temps de délibérer. Le roi d'Espagne envoie à Nimègue le traité ratifié de sa main , avec ordre à ses ministres d'obtenir des conditions meilleures s'ils peuvent, sinon de le publier tel qu'il étoit.
Que fera désormais l'Empereur, destitué du secours des Hollandois et des Espagnols? Il croit d'abord, en traînant la négociation, rendre son traité plus avantageux ; mais à mesure qu'il retarde , le roi lui fait de nouvelles demandes. Il se hâte donc de conclure ; et, sans s'arrêter aux vaines protestations de ceux de ses alliés qui différoieut de souscrire, il accepte la paix aux conditions qu'on lui avoit prescrites '.
Ainsi le roi , qui avoit vu tous les princes de l'Europe se déclarer l'un après l'autre contre lui, voit ces mêmes princes rechercher son amitié, recevoir en quelque sorte la loi de lui, et signer une paix qui laisse à douter s'il a plus glorieusement fait la guerre , ou s'il l'a terminée avec plus d'éclat.
Voilà , en abrégé , une partie des actions d'un prince que la fortune a pris, ce semble, plaisir à élever au plus haut degré de la gloire où puissent monter les hommes; si toutefois on peut dire que la fortune ait eu quelque part dans ses succès, qui n'ont été que la suite infaillible d'une conduite toute merveilleuse. En effet, jamais capitaine n'a été plus caché dans ses desseins , ni plus clairvoyant dans ceux de ses ennemis. Il a toujours vu en toute chose ce qu'il falloit voir, toujours fait ce qu'il falloit faire. Avant que la guerre fût commencée , il avoit aguerri ses troupes dès longtemps par de continuels exercices , par l'exacte discipline qu'il leur faisoit observer. Il a toujours prévenu ses ennemis par la promptitude de ses exploits. Dans le temps qu'ils faisoient des préparatifs pour l'attaquer , il les a souvent réduits à la nécessité de se défendre , et leur a quelquefois enlevé trois villes pendant qu'ils délibéroient d'en assiéger une.
Il ne s'est point trompé dans ses mesures. Quand il entra dans la Franche-Comté , il avoit pris ses précautions si justes du côté de l'Allemagne , qu'en une province ouverte de toutes parts les ennemis ne purent , dans une occasion si pressante , se faire un passage pour y jeter le moindre secours. Il n'a point fait de conquêtes qu'il