‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 79 sur 170 · ÉPITRE DÉDICATOIRE. Î · texte numérisé non relu

ÉPITRE DÉDICATOIRE. Î

notre ouvrage le nom auguste du plus grand des rois. Quelques soins* que nous ayons pris d'y rassembler tous* les termes dont l'éloquence et la poésie peuvent former l'éloge des plus grands hé ros, nous^ avouons, Sire, que vous nous en avez fait sentir plus d'une fois et le défaut et la foiblesse. Lorsque' notre zèle ou notre devoir nous ont engagés à parler' du secret impénétrable de vos desseins que la seule exécution découvre aux yeux des hommes et toujours dans les momens marqués par votre sagesse , les mots de prévoyance , de prudence, et de sagesse même ne répondoient* pas à nos idées; et nous aurions osé nous servir àe^'^ providence, s'il pouvoit jamais être permis de donner aux hommes ce qui n'appartient qu'à Dieu seul. Ce qui nous" console, Sire, c'est' ^ que sur un pareil sujet les autres langues n'auroient aucun avantage sur la nôtre : celle des Grecs et celle des Romains seroient dans la même indigence ; et tout ce que nous voyons '^ de brillant et de sublime dans leurs plus fameux panégyriques, n'auroit ni assez de force ni assez d'éclat pour soutenir le simple récit de vos victoires. Que l'on remonte de siècle en siècle jusqu'à l'antiquité la plus reculée, qu'y trouvera-t-on de comparable au spectacle qui fait aujourd'hui l'attention de l'univers? toute l'Europe armée contre vous, et tuuta l'Europe trop foible.

Qu'il nous soit permis, Sire, de détourner un moment les yeux* d'une gloire si éclatante, et d'oublier, s'il est possible, le vainqueur'* des nations, le vengeur '« des rois, le défenseur des autels, pour ne regarder que le prolecteur de l'Académie françoise. Nous sentons combien nous honore" une protection si glorieuse ; mais quel'* bonheur pour nous de trouver en même temps le modèle le plus parfait de l'éloquence! Vous" êtes, Sire, naturellement et sans art, ce que nous tâchons de devenir par le travail et par l'étude : il règne dans tous-" vos discours une souveraine '' raison, toujours soutenue d'expressions fortes et précises, qui vous rendent" maître de toute lame de ceux qui vous écoutent, et ne leur laissent d'autre volonté que la vôtre. L'éloquence" où nous aspirons par nos veilles, et qui est en vous un don du ciel, que ne doit-elle point à vos actions héro'iques! Les^* grâces que vous versez sans cesse sur les gens de lettres peuvent bien faire fleurir les arts et les sciences; mais ce sont les grands événeraens qui font les poètes et les orateurs : les merveilles de votre règne en auroient fait naître au milieu d'un pays barbare.

Tandis^* que nous nous appliquons à l'embellissement de notre langue, vos armes victorieuses la font passer chez les étrangers : nous leur en facilitons l'intelligence par notre travail, et vous la leur rendez nécessaire par vos conquêtes; et si elle va encore plus loin que vos conquêtes, si elle réduit toutes les langues des pays où elle est connue à ne servir presque plus qu'au commun du peu-

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