‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 85 sur 170 · Ti'/Oi veat dire égalemeni Tégée et mauvais liou · texte numérisé non relu

Ti'/Oi veat dire égalemeni Tégée et mauvais liou

Il disoit que les concubines étoient les reines des rois, parce qu'elles leur faisoient faire tout ce qu'elles vouloient. Les Athéniens ayant résolu qu'on décerneroit à Alexandre les mêmes honneurs qu'à Bacchus : a Faites-moi, leur dit-il, tout d'un trait votre Sérapis.» Quelqu'un lui reprochoit qu'il hantoit des lieux infâmes : « Le soleil, repli qua-t-il , entre bien dans des cloaques , et n'en est pas gâté pour cela. » Un jour qu'il soupoit dans un temple, voyant des pains qu'on y avoit apportés, et qui étoient sales et gâtés, il alla les prendre et les jeta dehors, disant que rien de sale ni d'impur ne devoit entrer dans le temple. Un homme lui disoit une fois qu'il étoit un ignorant qui ne savoit rien et qui faisoit le philosophe : « Quand je le contreferois, répondit-il, il faudroit toujours que je le fusse beaucoup pour le contrefaire comme je fais. » On lui amena un jour pour être son disciple un jeune garçon qu'on lui disoit qui avoit un beau naturel, et qui étoit bien morigéné : « Qu'a-t-il donc affaire de moi?» repartit-il. 11 comparoit ceux qui parlent bien et qui font mal à des luths qui rendent un beau son, mais qui n'ont aucun sentiment. Lorsqu'il alloit au théâtre, il y entroit toujours quand les autres en sortent; et, comme on lui demandoit pourquoi il faisoit cela: « C'est, répondit-il, que je me suis étudié toute ma vie à faire le contraire de ce que font les autres, j) Il disoit une fois à un jeune efféminé : « N'as-tu pomt de honte de te faire pire que la nature ne t'a fait, car elle t'a fait homme, et tu t'efforces de devenir femme! » Voyant un homme sans jugement qui accordoit un luth : « Ne devrois-tu pas être honteux, lui dit-il, de savoir mettre un luth d'accord, et de ne pouvoir être d'accord avec toi-même? » Quehju'un disoit devant lui : « Pour moi, je n'ai point d'inclination à la philosophie. — Pourquoi vis-tu donc, lui répliqua-t-il. puisque tu ne te soucies point de bien vivre? » Voyant un jeune homme qui parloit de son père avec mépris : « N'as-tu point de honte, lui dit-il, de mépriser avec orgueil celui qui t'a donné de quoi être orgueilleux? » Entendant un beau garçon qui tenoit des discours sales : « Ne devrois-tu pas rougir, lui dit-il, de ti'-er d'une gaîne d'ivoire une lame de plomb? » On lui reprochoit qu'il alloit boire au cabaret : « Vous pourriez ajouter, répliqua-t-il, que je me fais faire la barbe chez un barbier. » Comme quelqu'un l'accusoit d'avoir reçu un manteau d'Antipater, il lui dit ce vers ;

« il ne faut point des dieux rejeter les largesses. »

Un homme, sans y prendre garde, le heurta d'un grand ais qu'il portoit, et se mit ensuite à crier: «Gare! gare! «Mais Diogène, pour toute réponse , s'approcliant de lui , lui donna un bon coup de bâton , et se mit à crier de même : « Gare! gare! » Voyant un débauché qui soUicitoit une femme de mauvaise vie : « Misérable, lui dit-il, que

cheiches-tu en ce lieu où le meilleur pour toi c'est de ne rien obtecir? » Et à un autre extrêmement poudré et parfumé : a Prend» garde, lui dit-il. que les parfums de ta tête ne te mettent en mauvaise odeur dans le monde, y^ Il disoit que les esclaves obéissent à leurs maîtres, et les méchans à leurs passions. Quelqu'un lui demandoit d'où venoit qu'en grec on appelle les esclaves andrapodas^ : « C'est, répliqua-t-il , qu'ils ont des pieds d'homme et une âme comme la tienne. »

DES ESSENIENS.

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