‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 84 sur 170 · Didyme, ùiHufioç^ signifie jumeau, oa double · texte numérisé non relu

Didyme, ùiHufioç^ signifie jumeau, oa double

accusé de fouiller dans les sépulcres, il lui dit sur-le-champ ces deux vers :

« Qui t'amène en ces lieux, honte de la nature? Viens-tu fouiller les morts jusqu'en leur sépulture?»

On lui demandoit un jour s'il avoit un valet ou une servante ; ii répondit que non : « Et qui est-ce donc, reprit celui qui l'interrogeoit, qui prendra le soin de tes funérailles après ta mort? — Celui, répliqua-t-il , qui voudra loger dans ma maison. » Il aperçut un jour un beau garçon qui dormoit à son aise, couché tout de son long ' « Réveille-toi , lui dit Diogène , n'as-tu point de peur

a Qu'une flèche , en dormant , te perce par derrière ? »

Et à un autre qui aimoit extrêmement la bonne chère : « Si tu n'y donnes ordre , lui dit-il ,

« Tes jours seront, mon fds, de fort courte durée.»

Un jour Platon discouroit de ses Idées, assurant qu'une table avoit sa tabléité , et un pot sa potéité : « Pour moi , reprit Diogène , je vois bien un pot et une table; mais je ne vois ni potéité, ni tabléité. — C'est, lui répliqua Platon, que tu as des yeux pourvoir la table et les pots, mais tu n'as pas assez d'esprit pour concevoir la tabléité et la potéité. » On lui demandoit une fois quel homme lui paroissoit Socrate : « Un fou, » répliqua-t-il. Un autre s'enquéroit de lui en quel âge il falloit se marier : « Quand on est jeune, il n'est pas temps; quand on est vieux, il n'est plus temps. » Quelqu'un lui disoit un jour : « Que voudriez-vous qu'un homme vous donnât pour recevoir un soufflet de lui? — Un casque, j) reprit Diogène. Voyant un homme qui se paroit : « Si c'est aux hommes, lui dit-il, que tu veux disputer le prix de la beauté, tu es bien misérable; si c'est aux femmes, tu es bien injuste.» Comme un jeune homme eut rougi devant lui : « Courage , lui dit Diogène , je vois la couleur de la vertu. » Entendant un jour plaider deux avocats sur un larcin dont l'un étoit accusé par l'autre, il les condamna tous deux : « Car l'un, ajouta-t-il, a volé, et l'autra ne l'a point été. » On lui demandoit un jour quel vin étoit le plus agréable à boire : « Le vin d'autrui, » répondit-il. On lui disoit une fois : k Tout le monde se rit de toi. — Je ne suis pas ridicule pour cela, » reprit-il. Un autre soutenoit devant lui que c'étoit une chose malheureuse que de vivre : « Dis (le mal vivre, interrompit Diogène, et non pas de vivre, y Quelques-uns lui conseilloient de faire chercher un valet qu'il avoit, et qui s'éloit enfui. « Non, non, reprit-il, ce seroit une chose ridi- ♦*.ule que Manès se pût passer de Diogène , et que Diogène ne se pûi

passer de Manès. » Un jour, comme il mangeoit des olives, un homme lui vint offrir des gâteaux ; mais il le renvoya avec ce vers :

« Fuyons, amis, fuyons ces infâmes tyrans, »

On lui demandoit une fois de quelle espèce de chien il étoit • « Quand j'ai faim, répliqua-t-il . je suis doux comme un chien de Mélite; mais quand je suis soûl, je suis ardent comme un chien de Molosse. Enfin, ajouta-t-il, je suis de cette espèce de chiens qu'on prise extrêmement, mais que peu de personnes veulent mener à la chasse, à cause de la fatigue qu'il se faut donner. En effet, vous louez assez mon genre de vie, mais il n"y en a pas un qui le veuille suivre à cause des peines et des sueurs qu'il faut endurer. » On s'enquéroit une fois de lui si les sages mangeoient des tartes et des gâteaux : ce Que cela est étrange, répliqua-t-il, qu'ils en mangent tout de même que d'autres hommes! » Quelqu'un se plaignoit à lui de ce qu'on donnoit souvent l'aumône à de gros gueux aveugles et estropiés, et qu'on ne donnoit rien aux philosophes : « C'est, répliqua-t-il, que la plupart des hommes prévoient bien qu'ils pourront devenir aveugles ou estropiés, mais pas un n'aspire à devenir philosophe. » Il demandoit un jour l'aumône à un homme fort avare, et comme celui-ci ne se pressoit pas trop de la lui donner : « Je ne demande pas votre mort, lui dit-il, je demande ma vie. » Quelqu'un lui ayant reproché qu'il avoit autrefois fait de la fausse monnoie : « Il est vrai, lui répondit-il. que j'ai été autrefois ce que vous êtes-, mais le mal est que vous ne serez jamais ce que je suis. » Et à un autre qui lui faisoit le même reproche : « Je pissois aussi, répliquat-il, plus roide en ce temps-là que je ne fais à cette heure. » Un jour étant allé à Mynde. il prit garde en entrant que les portes de la ville étoient fort grandes, bien que la ville fût fort petite, et s'adressant à quelques Myndiens qui étoient là : « Messieurs, leur dit-il, si vous m'en croyez, vous fermerez les portes de votre ville de peur qu'elle ne sorte. » "Voyant un homme qu'on avoit surpris volant de la pourpre, et qu'on menoit en prison, il lui dit sur-lechamp ce vers :

« La mort sera bientôt de ton sang empourprée. »

Cratère l'ayant fait prier de le venir trouver : « J'aime mieux, répliqua-t-il, lécher du sel à Athènes, que de manger les meilleurs morceaux du monde à la table de Cratère. » Il alla voir une fois un certain orateur nommé Anaximène, qui étoit fort gras : « Si vous faisiez bien, lui dit Diogène, vous nous donneriez la moitié de votre ventre, car vous n'en seriez pas plus mal, et nous nous en trouverions mieux. » Un jour, comme ce même orateur haranguoit pubhquement , Diogène se mit à montrer de loin un morceau de aaié , et

attira par cette action tous les assistans auprès de soi; et comme Anaximène s en voulut fâcher : « Vous voyez, leur dit Diogène, que tous les beaux discours de votre orateur ne valent pas un liard, car mon salé ne m'a pas coulé davantage. » On lui reprochoit une fois qu'il mangeoit en plein marché : « C'est, répliqua-t-il, que j'ai faim en plein marché. » Il y en a quelques-uns qui lui attribuent encore cet autre mot-ci : Platon le trouva un jour qui lavoit des choux, et, s'approchant de lui : « Si tu eusses pu te résoudre, lui dit-il tout bas à l'oreille, à faire la cour à Denys le Tyran, tu ne serois pas réduit à laver toi-même tes choux. » Mais Diogène s'approchant de lui tout de même : « Si tu eusses pu te résoudre, lui repartit-il, à laver toi-même tes choux , tu ne serois pas réduit à faire la cour à Denys le Tyran. » Quelqu'un lui disoit un jour : « Tu ne saurois croire combien il y a de gens qui se mo([uent de toi. — Peut-être, répliqua-t-il, que les ânes se moquent d'eux aussi; mais ils ne se soucient point pour cela des ânes, ni moi d'eux. » Voyant un jeune homme qui raisonnoit de philosophie : a Courage, lui dit- il; voilà les moyens de rendre les amans de ton corps amoureux de ton esprit. » Étant un jour entré dans le temple de Saraothrace, comme queUju'un s'étonna de la multitude dee oiïrandes qui y avoient été faites par ceux qui avoient fait des vœux au milieu de la tempête, et qui étoient échappés du naufrage : « Vous en verriez bien d'autres, reprit Diogène, si tous ceux qui n'en sont pas réchappes avoient accompli les leurs. » Il y en a qui donnent ce mot à Diagoras. Il vit une fois un jeune homme qui alloit à un festin : « Mon ami, lui dit- il, tu en reviendras pire que tu n'es. » Ce jeune homme le rencontra quelques jours après, et l'ayant abordé • « Vous voyez, lui dit-il, j'ai été au festin, et je n'en suis pas empiré pour cela. — Non, sans doute, reprit Diogène, car tu en es plus gros et plus gras. » Il demandoit un jour à quelqu'un quelque chose d'assez grande conséquence : a Si tu me peux persuader, lui dit l'autre, que je te la dois donner, je te la donne. — Moi, répliqua Diogène, si j'avois quelque chose a te persuader, je te persuaderois de t'aller pendre. » Un jour, comme U retournoit de Lacédémone à Athènes, on lui demanda d'où il venoit et où il alloit : a Je viens de quitter des hommes, dit-il, pour voir des femmes. » Une autre fois qu'il retournoit des jeux olympiques, on lui demanda s'il y avoit bien du monde : « Pour du monde, répondit-il, il y en a assez, mais d'hommes, fort peu. » Il comparoit les prodigues à ces figuiers qui naissent dans des précipices, dont les fruits ne sont pokit mangés par des hommes, mais par des corbeaux et par des vautours. Phryné, cette fameuse courtisane, ayant offert à Delphes une Vénus d'or, il alla mettre cette inscription au-dessous : Celte Vénus a été érigée des dépouilles de la lubricité des Grecs. Un jour, comme Alexandre ©assoit devant lui : « Ne me connois-tu pas? lui dit ce roi; je suis

le grand Aleiandre. — Et moi, répliqua Diogène, je suis Diogène le Cynique. » Oa lui demandoit une fois d'où venoit qu'on Vappeloit chien : a C'est, répliijua-t-il, que je caresse ceux qui rae donnent, j'al)oie après ceux qui ne me donnent rien, et je mords les coquins.» Comme il cueilloit des figues à un figuier, quelqu'un l'en voulut empêcher, en lui disant que cet arbre éloit impur, et qu'il y avoit peu de temps qu'un homme s'y étoit pendu : « Eh bien, répondit-il, je le purifierai. » Voyant un athlète qui venoit de remporter le prix aux jeux olympiques, et qui ne pouvoit détourner ses yeux de dessus une courtisane : « Voyez, dit-il, ce brave champion qu'une jeune fille emmène par le collet. » Il comparoit les belles courtisanes à du miel empoisonné. Un jour, comme il mangeoit en plein marché, il y eut plusieurs personnes qui s'amassèrent autour de lui, et qui se mirent à crier : « Au chien! au chien! » mais Diogène, sans s'émouvoir : « C'est vous, leur répliqua-t-il, qui êtes des chiens, de rôder comme vous faites à l'entour de moi durant que je dîne. » Voyant deux jeunes débauchés qui se cachoient pour éviter sa rencontre : « Ne craignez rien, leur dit-il, un chien ne mange point de carottes. » On lui demandoit un jour d'un jeune efféminé de quel pays il étoit : a Voilà une belle demande, répondit-il, il est de ïégée'. » Ayant rencontré un certain homme qui avoit la réputation d'avoir été autrefois un mé<.,Iiant athlète, et qui depuis s'étoit fait médecin : « Vraiment, lui dit il, vous avez trouvé un beau secret pour mettre en terre ceux qui vous jetoieut à terre auparavant. » Un jeune homme lui montroit un jour une épée qu'un de ses amoureux lui avoit donnée : « Voilà une belle épée, répondit-il, mais la garde en est fort vilaine. » Comme quelques-uns louoient fort un homme d'un présent qu'il lui avoit fait : « Et moi, répliqua Diogène, vous ne me louez point de lavoir mérité?» Quelqu'un lui rederaandoit un manteau : «r Si vous me l'avez donné, reprit-il, il est à moi; si vous me l'avez prêté, je m'en sers. » Un autre lui disoit une fois : « Il a de l'or caché sous son manteau. — Oui, sans doute, répliqua-t-il, et c'est pour cela que je couche dessus. » On lui demandoit une fois quel fruit i. avoit tiré de la philosophie : » N'y aurois-je pas trop gagné, répliqua-t-il, quand je n'y auiois gagné que d'être prêt comme je suis à tous les accidens qui pourroient m'arriver? » Quelqu'un le prioit de lui dire de quel pays il étoit : a Du monde, » répondit-il. Comme quelqu'un sacrifioit aux dieux pour avoir un fils : « Et vous ne sacrifiez point, lui dit-il, pour avoir un fils honnête homme? » Celui qui avoit la charge de lever la taille la lui vouloit faire payer, mais il le renvoya avec ce

fers :

« Déponillez les Troyens, maia épargnez lieclor. »

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