‹ Œuvres complètesChapitre 122 sur 418 · ACTE 111, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE VI

ANDROMAQUE

Hélas, tout m'abandonne!

PHŒNIX

Allons, seigneur, marchons sur les pas d'Hermione.

CÉPHISE

Qu'attendez-vous? Rompez ce silence obstiné.

ANDROMAQUE

Il a promis mon fils.

Il ne l'a pas donné.

ANDROMAQUE

Non, non, j'ai beau pleurer, sa mort est résolue.

PYRRHUS

Daigne-t-elle sur nous tourner au moins la vue? Quel orgueil!

ANDROMAQUE

Je ne fais que l'irriter encor, Sortons.

PYRRHUS

Allons aux Grecs livrer le fils d'Hector. andromaque , se jetant aux pieds de Pyrrhus. Ah, seigneur! arrêtez! Que prétendez-vous faire? Si vous livrez le fils , livrez-leur donc la mère ! Vos sermens m'ont tantôt juré tant d'amitié ! Dieux! ne pourrai-je au moins toucher votre pitié? Sans espoir de pardon m'avez-vous condamnée?

PYRRHUS

Phœnix vous le dira, ma parole est donnée.

ANDROMAQUE

Vous qui braviez pour moi tant de périls divers !

PYRRHUS

J'étois aveugle alors; mes yeux se sont ouverts. Sa grâce à vos désirs pouvoit être accordée ; Mais vous ne l'avez pas seulement demandée : C'en est fait.

ANDROMAQUE

Ah, seigneur! vous entendiez assez Des soupirs qui craignoient de se voir repoussés. Pardonnez à l'éclat d'une illustre fortune Ce reste de fierté qui craint d'être importune. Vous ne l'ignorez pas : Andromaque , sans vous , N'auroit jamais d'un maître embrassé les genoux.

PYRRHUS

Non , vous me haïssez ; et dans le fond de l'âme Vous craignez de devoir quelque chose à ma flamme.

126 ANDROMAQUE

Ce fils même, ce fils, l'objet de tant de soins, Si je l'avois sauvé, vous l'en aimeriez moins. La haine , le mépris , contre moi tout s'assemble ; Vous me haïssez plus que tous les Grecs ensemble. Jouissez à loisir d'un si noble courroux. Allons, Phœnix.

ANDROMAQUE

Allons rejoindre mon époux.

CÉPHISE

Madame....

andromaque, à Céphise.

Et que veux-tu que je lui dise encore? Auteur de tous mes maux, crois-tu qu'il les ignore?

[A Pyrrhus.) Seigneur, voyez l'état où vous me réduisez. J'ai vu mon père mort , et nos murs embrasés ' ; J'ai vu trancher les jours de ma famille entière, St mon époux sanglant traîné sur la poussière , Son fils seul avec moi réservé pour les fers. Mais que ne peut un fils! Je respire, je sers. J'ai fait plus; je me suis quelquefois consolée Qu'ici , plutôt qu'ailleurs , le sort m'eût exilée , Qu'heureux dans son malheur , le fils de tant de rois , Puisqu'il devoit servir, fût tombé sous vos lois : J'ai cru que sa prison deviendroit son asile. Jadis Priam soumis fut respecté d'Achille : J'attendois de son fils encor plus de bonté. Pardonne , cher Hector , à ma crédulité ! Je n'ai pu soupçonner ton ennemi d'un crime; Malgré lui-même enfin je l'ai cru magnanime. Ah ! s'il l'étoit assez pour nous laisser du moins Au tombeau qu'à ta cendre ont élevé mes soins , Et que , finissant là sa haine et nos misères , Il ne séparât point des dépouilles si chères!

PYRRHUS

Va m'attendre , Phœnix.

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