‹ Œuvres complètesChapitre 123 sur 418 · ACTE III, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIL

Oui, je sens à regret qu'en excitant vos larmes

Je ne fais contre moi que vous donner des armes,

Je croyois apporter plus de haine en ces lieux.

Mais , madame , du moins tournez vers moi les yeux :

Voyez si mes regards sont d'un juge sévère,

S'ils sont d'un ennemi qui cherche à vous déplaire.

Pourquoi me forcez-vous vous-même à vous trahir?

Au nom de votre fils , cessons de nous haïr.

A le sauver enfin c'est moi qui vous convie.

Faut-il que mes soupirs vous demandent sa vie?

Faut-il qu'en sa faveur j'embrasse vos genoux?

Pour la dernière fois, sauvez-le, sauvez-vous.

Je sais de quels sermens je romps pour vous les chaînes;

Combien je vais sur moi faire éclater de haines.

Je renvoie Hermione , et je mets sur son front,

Au lieu de ma couronne , un éternel affront :

Je vous conduis au temple où son hymen s'apprête -,

Je vous ceins du bandeau préparé pour sa tête.

Mais ce n'est plus , madame , une offre à dédaigner ;

Je vous le dis : il faut ou périr, ou régner.

Mon cœur, désespéré d'un an d'ingratitude,

Ne peut plus de son sort souffrir l'incertitude

C'est craindre, menacer, et gémir trop longtemps.

Je meurs si je vous perds; mais je meurs si j'attends.

Songez-y : je vous laisse ; et je viendrai vous prendre

Pour vous mener au temple où ce fils doit m'attendre ;

Et là vous me verrez, soumis ou furieux.

Vous couronner, madame, ou le perdre à vos yeux.

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