‹ Œuvres complètesChapitre 134 sur 418 · SCÈNE V.— PYRRHUS, HERMIONE, PHŒNIX · texte numérisé non relu

SCÈNE V.— PYRRHUS, HERMIONE, PHŒNIX

PYRRHUS

Vous ne m'attendiez pas, madame; et je vois bien

Que mon abord ici trouble votre entretien.

Je ne viens point , armé d'un indigne artifice ,

D'un voile d'équité couvrir mon injustice :

Il suffit que mon cœur me condamne tout bas ,

Et je soutiendrois mal ce que je ne crois pas.

J'épouse une Troyenne. Oui, madame, et j'avoue

Que je vous ai promis la foi que je lui voue.

Un autre vous diroit que dans les champs troyens

Nos deux pères sans nous formèrent ces liens ,

Et que , sans consulter ni mon choix ni le vôtre ,

Nous fûmes sans amour attachés l'un à l'autre;

Mais c'est assez pour moi que je me sois soumis.

Par mes ambassadeurs mon cœur vous fut promis;

Loin de les révoquer, je voulus y souscrire :

Je vous vis avec eux arriver en Épire ;

Et quoique d'un autre œil l'éclat victorieux

Eût déjà prévenu le pouvoir de vos yeux.

Je ne m'arrêtai point à cette ardeur nouvelle ,

Je voulus m'osbtiner à vous être fidèle ;

Je vous reçus en reine: et jusques à ce jour

J'ai ciu que mes sermens me tiendroient lieu d'amour.

Mais cet amour l'emporte; et, par un coup funeste ,

Andromaque m'arrache un cœur qu'elle déteste :

L'un par l'autre entraînés , nous courons à l'autel

Nous jurer malgré nous un amour immortel.

Après cela , madame , éclatez contre un traître ,

Qui l'est avec douleur , et qui pourtant veut l'être.

Pour moi, loin de contraindre un si juste courroux,

Il me soulagera peut-être autant que vous.

Donnez-moi tous les noms destinés aux parjures :

Je crains votre silence, et non pas vos injures -,

Et mon cœur, soulevant mille secrets témoins,

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