LE DUC DE CHEVREUSE
Monseigneur ,
Vous serez peut-être étonné de voir votre nom à la tête de cet ouvrage; et si je vous avois demandé la permission de vous l'offrir, je doute si je l'?.urois obtenue. Mais ce seroit être en quelque sorte ingrat que de cacher plus longtemps au monde les bontés dont vous m'avez toujours honoré. Quelle apparence qu'un homme qui ne travaille que pour la gloire se puisse taire d'une protection aussi glorieuse que la vôtre?
Non , Monseigneur , il m'est trop avantageux que l'on sache que mes amis mêmes ne vous sont pas indifférens. que vous prenez part à tous mes ouvrages , et que vous m'avez procuré l'honneur de lire celui-ci devant un homme dont toutes les heures sont précieuses2. Vous fûtes témoin avec quelle pénétration d'esprit il jugea de l'économie de la pièce, et combien l'idée qu'il s'est formée d'une excellente tragédie est au delà de tout ce que j'en ai pu concevoir.
Ne craignez pas. Monseigneur, que je m'engage plus avant, et que , n'osant le louer en face , je m'adresse à vous pour le louer avec plus de liberté. Je sais qu'il seroit dangereux de le fatiguer de ses louanges; et j'ose dire que cette même modestie, qui vous est commune avec lui , n'est pas un des moindres liens qui vous attachent l'un à l'autre.
La modération n'est qu'une vertu ordinaiie quand elle ne se
\. Charles-Honoré d'Albert, duc de Luynes, de Chevreuse et de f.haulnes, beau-frère du duc de Beauvilliers, et comme lui, ami intime de Fénelon C'est pour le duc de Chevreuse i;u'a été faite la Logique de Port- Royal.