‹ Œuvres complètesChapitre 188 sur 418 · ACTE 1, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE I

AGRIPPINE

Non , non , mon intérêt ne me rend point injuste :

Il commence, il est vrai, par où finit Auguste;

Mais crains que , l'avenir détruisant le passé ,

Il ne finisse ainsi qu'Auguste a commencé.

Il se déguise en vain : je lis sur son visage

Des fiers Domitius l'humeur triste et sauvage :

Il mêle avec l'orgueil qu'il a pris dans leur sang

La fierté des Nérons qu'il puisa dans mon flanc1.

Toujours la tyrannie a d'heureuses prémices :

De Rome, pour un temps, Caïus fut les délices2;

Mais, sa feinte bonté se tournant en fureur,

Les délices de Rome en devinrent l'horreur.

Que m'importe, après tout, que Néron, plus fidèle.

D'une longue vertu laisse un jour le modèle?

Ai- je mis dans sa main le timon de l'Etat

Pour le conduire au gré du peuple et du sénat?

Ah ! que de la patrie il soit , s'il veut , le père :

Mais qu'il songe un peu plus qu'Agrippine est sa mère.

De quel nom cependant pouvons-nous appeler

L'attentat que le jour vient de nous révéler?

Il sait, car leur amour ne peut être ignorée,

Que de Britannicus Junie est adorée :

Et ce même Néron, que la vertu conduit,

Fait enlever Junie au milieu de la nuit !

Que veut-il? Est-ce haine, est-ce amour qui l'inspire?

Cherche-t-il seulement le plaisir de leur nuire ?

Ou plutôt n'est-ce point que sa malignité

Punit sur eux l'appui que je leur ai prêté?

ALBINE

Vous leur appui , madame ?

AGRIPPINE

Arrête, chère Albine.

Je sais que j'ai moi seule avancé leur ruine ; Que du trône, où le sang l'a dû faire monter, Britannicus par moi s'est vu précipiter. Par moi seule , éloigné de l'hymen d'Octavie , Le frère de Junie abandonna "la vie , Silanus, sur qui Claude avoit jeté les yeux, Et qui comptoit Auguste au rang de ses aïeux. Néron jouit de tout : et moi, pour récompense,

i. Açrippine était petite-fille de Clsudius-Drusus Néron , fils de Iih : rius-Claudius Néron et de Livie.

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