ACTE I, SCENE II
Non. Ce n'est plus à vous qu'il faut que je réponde Ce n'est plus votre fils, c'est le maître du morde. J'en dois compte , madame , à l'empire romain , Qui croit voir son salut ou sa perte en ma main. Ah ! si dans l'ignorance il le failoit instruire , N'avoit-on que Sénèque et moi pouT le séduire? Pourquoi de sa conduite éloigner les flatteurs? Falloit-il dans l'exil chercher des corrupteurs? La cour de Claudius . en esclaves fertile , Pour deux que l'on cherchoù en eût présenté mille , Qui tous auroient brigué l'honneur de l'avilir : Dans une longue enfance ils l'auroient fait vieillir. De quoi vous plaignez-vous , madame ? On vous révère : Ainsi que par César, on jure par sa mère. L'empereur, il est vrai, ne vient plus chaque jour Mettre à vos pieds l'empire, et grossir vo.tre cour; Mais le doit-il, madame? et sa reconnoissance Ne peut-elle éclater que dans sa dépendance? *
Toujours humble, toujours le timide Néron N'ose-t-il être Auguste et César que de nom? Vous le dirai-je enfin? Rome le justifie. Rome, à trois affranchis si longtemps asservie ' A peine respirant du joug qu'elle a porté, Du règne de Néron compte sa liberté.
Que dis-je? la vertu semble même renaître. Tout l'empire n'est plus la dépouille d'un maître : Le peuple au champ de Mars nomme ses magistrats , César nomme les chefs sur la foi des soldats ; Thraséas au sénat, Corbulon dans l'armée, Sont encore innocens , malgré leur renommée ; Les déserts , autrefois peuplés de sénateurs , Ne sont plus habités que par leurs délateurs. Qu'importe que César continue à nous croire , Pourvu que nos conseils ne tendent qu'à sa gloire, Pourvu que dans le cours d'un règne florissant Rome soit toujours libre, et César tout-puissant? Mais, madame, Néron suffit pour se conduire. J'obéis, sans prétendre à l'honneur de l'instruire. Sur ses aïeux, sans doute, il n'a qu'à se régler; Pour bien faire, Néron n'a qu'à se ressembler. Heureux si set, vertus, l'une à l'autre enchaînées, Ramènent tous les ans ses premières années !
4. Claude était gouverné par trois affranchis, Palla3, Callisie el Nar cisse.
AGHIPPINE.
Ainsi, sur l'avenir n'osant vous assurer, Vous croyez que sans vous Néron va s'égarer. Mais vous qui, jusqu'ici content de votre ouvrage, Venez de ses vertus nous rendre témoignage, Expliquez-nous pourquoi, devenu ravisseur, Néron de Silanus fait enlever la sœur.
Ne tient-il qu'à marquer de cette ignominie Le sang de mes aïeux qui brille dans Junie? De quoi l'accuse-t-il? Et par quel attentat Devient-elle en un jour criminelle d'État : Elle qui, sans orgueil jusqu'alors élevée, N'auroit point vu Néron , s'il ne l'eût enlevée ; Et qui même auroit mis au rang de ses bienfaits L'heureuse liberté de ne le voir jamais ?
BURRHCS.
Je sais que d'aucun crime elle n'est soupçonnée ; Mais jusqu'ici César ne' l'a point condamnée, Madame. Aucun objet ne blesse ici ses yeux : Elle est dans un palais tout plein de ses aïeux. Vous savez que les droits qu'elle porte avec elle Peuvent de son époux faire un prince rebelle ; Que le sang de César ne se doit allier Qu'à ceux à qui César le veut bien confier ; Et vous-même avouerez qu'il ne seroit pas juste Qu'on disposât sans lui de la nièce d'Auguste1.
AGRIPPINE
Je vous entends : Néron m'apprend par votre voix Qu'en vain Britannicus s'assure sur mon choix. En vain, pour détourner ses yeux de sa misère, J'ai flatté son amour d'un hymen qu'il espère : A ma confusion , Néron veut faire voir Qu'Agrippine promet par delà son pouvoir. Rome de ma faveur esi trop préoccupée : Il veut par cet affront qu'elle soit détrompée , Et que tout l'univers apprenne avec terreur A ne confondre plus mon fils et l'empereur. Il le peut. Toutefois j'ose encore lui dire Qu'il doit avant ce coup affermir son empire ; Et qu'en me réduisant à la nécessité D'éprouver contre lui ma foible autorité, Il expose la sienne: et que dans la balance
i. Nièce est ici pour arrière-petite-Glle. Jume était ;;mcrs-pe!;; piste mrnrpp Açrippine elle-même.