ACTE T. SCÈNE II
Mon nom peut-être aura plus de poids qu'il ne pense
BURRHUS
Quoi, madame! toujours soupçonner son respect? Ne peut-il faire un pas qui ne vous soit suspect? L'empereur vous croit-il du parti de Junie? Avec Britannicus vous croit-il réunie ?
Quoi! de vos ennemis devenez-vous l'appui Pour trouver un prétexte à vous plaindre de lui? Sur le moindre discours qu'on pourra vous redire, Serez-vous toujours prête à partager l'empire ? Vous craindrez-vous sans cesse; et vos embrassemens Ne se passeront-ils qu'en éclaircissemens ? Ah! quittez d'un censeur la triste diligence; D'une mère facile affectez l'indulgence; Souffrez quelques froideurs sans les faire éclater; Et n'avertissez point la cour de vous quitter.
AGRIPPINE
Et qui s'honoreroit de l'appui d'Agrippine , Lorsque Néron lui-même annonce ma ruine , Lorsque de sa présence il semble me bannir. Quand Burrhus à sa porte ose me retenir?
BURRHUS
Madame , je vois bien qu'il est temps de me taire , Et que ma liberté commence à vous déplaire. La douleur est injuste : et toutes les raisons Qui ne la flattent point aigrissent ses soupçons. Voici Britannicus. Je lui cède ma place. Je vous laisse écouter et plaindre sa disgrâce, Et peut-être, madame, en accuser les soins De ceux que l'empereur a consultés le moins.