‹ Œuvres complètesChapitre 222 sur 418 · SCÈNE III. — NERON , BURRHUS · texte numérisé non relu

SCÈNE III. — NERON , BURRHUS

BURRHUS

Que cette paix, seigneur, et ces embrassemens Vont offrir à mes yeux des spectacles charmans! Vous savez si jamais ma voix lui fut contraire. Si de son amitié j'ai voulu vous distraire , Et si j'ai mérité cet injuste courroux.

NÉRON

Je ne vous flatte point, je me plaignois de vous, Burrhus : je vous ai crus tous deux d'intelligence; Mais son inimitié vous rend ma confiance. Elle se hâte trop , Burrbus , de triompher : J'embrasse mon rival, mais c'est pour l'étouffer.

BURRHUS

Quoi, seigneur!

NÉRON

C'en est trop ; il faut que sa ruine Me délivre à jamais des fureurs d'Agrippine. Tant qu'il respirera, je ne vis qu'à demi. Elle m'a fatigué de ce nom ennemi ; Et je ne prétends pas que sa coupable audace Une seconde fois lui promette ma place.

BURRHUS

Elle va donc bientôt pleurer Britannicus.

NÉRON

Avant la fin du jour je ne le craindrai plus.

BURRHUS

Et qui de ce dessein vous inspire l'envie ?

NÉRON

Ma gloire, mon amour, ma sûreté, ma vie.

BURRHUS

Non, quoi que vous disiez, cet horrible dessein Ne fut jamais , seigneur , conçu dans votre sein.

NÉRON

Burrhus !

BURRHUS

De votre bouche, ô ciel! puis-je l'apprendre? Vous-même, sans frémir, avez-vous pu l'entendre? Songez-vous dans quel sang vous allez vous baigner? Néron dans tous les cœurs est-il las de régner? Que dira-t-on de vous? Quelle est votre pensée?

i?îuta:;nicus.

NÉRON

Quoi ! toujours enchaîné de ma gloire passée , J'aurai devant les yeux je ne sais quel amour Que le hasard nous donne et nous ôte en un jour? Soumis à tous leurs vœux, à mes désirs contraire, Suis-je leur empereur seulement pour leur plaire?

BURRHUS

Et ne suffit-il pas , seigneur , à vos souhaits

Que le bonheur public soit un de vos bienfaits ?

C'est à vous à choisir, vous êtes encor maître.

Vertueux jusqu'ici, vous pouvez toujours l'être :

Le chemin est tracé , rien ne vous retient plus ;

Vous n'avez qu'à marcher de vertus en vertus.

Mais, si de vos flatteurs vous suivez la maxime.

Il vous faudra, seigneur, courir de crime en crime ,

Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés,

Et laver dans le sang vos bras ensanglantés.

Britannicus mourant excitera le zèle

De ses amis, tout prêts à prendre sa querelle.

Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs ,

Qui, même après leur mort, auront des successeurs :

Vous allumez un feu qui ne pourra s'éteindre.

Craint de tout l'univers , il vous faudra tout craindre

Toujours punir, toujours trembler dans vos projets.

Et pour vos ennemis compter tous vos sujets.

Ah ! de vos premiers ans l'heureuse expérience

Vous fait-elle, seigneur, haïr votre innocence?

Songez-vous au bonheur qui les a signalés?

Dans quel repos, ô ciel, les avez-vous coulés!

Quel plaisir de penser et de dire en vous-même :

« Partout, en ce moment, on me bénit, on m'aime:

On ne voit point le peuple à mon nom s'alarmer;

Le ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point nommer

Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage ;

Je vois voler partout les cœurs à mon passage ! »

Tels étoient vos plaisirs. Quel changement, ô dieux!

e sang le plus abject vous étoit précieux : Un jour, il m'en souvient, le sénat équitable Vous pressoit de souscrire à la mort d'un coupable; Vous résistiez , seigneur , à leur sévérité ; Votre cœur s'accusoit de trop de cruauté; Et plaignant les malheurs attachés à l'empire , a Je voudrois, disiez-voas, ne savoir pas écrire. » Non , ou vous me croirez , ou bien de ce malheur Ma mort m'épargnera la vue et la douleur .

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