‹ Œuvres complètesChapitre 223 sur 418 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

On ne me verra point survivre à votre gloire. Si vous allez commettre une action si noire ,

{Se jetant aux pieds de Néron.) Me voilà prêt, seigneur : avant que de partir, Faites percer ce cœur qui n'y peut consentir; Appelez les cruels qui vous l'ont inspirée; Qu'ils viennent essayer leur main mal assurée.... Mais je vois que mes pleurs touchent mon empereur , Je vois que sa vertu frémit de leur fureur. Ne perdez point de temps , nommez-moi les perfides Qui vous osent donner ces conseils parricides, Appelez votre frère, oubliez dans ses bras....

Ah î que demandez-vous?

BURRHUS

Non, il ne vous hait pas.

Seigneur; on le trahit : je sais son innocence; Je vous réponds pour lui de son obéissance. J'y cours. Je vais presser un entretien si doux.

NÉRON

Dans mon appartement qu'il m'attende avec vous. SCÈNE IV. — NÉRON, NARCISSE

NARCISSE

Seigneur, j'ai tout prévu pour une mort si juste :

Le poison est tout prêt. La fameuse Locuste

A redoublé pour moi ses soins officieux :

Elle a fait expirer un esclave à mes yeux;

Et le fer est moins prompt, pour trancher une vie,

Que le nouveau poison que sa main me confie.

NÉRON

Narcisse, c'est assez: je reconnois ce soin, Et ne souhaite pas que vous alliez plus loin.

NARCISSE

Quoi ! pour Britannicus votre haine affoiblie Me défend....

NÉRON

Oui , Narcisse : on nous réconcilie.

NARCISSE

Je me garderai bien de vous en détourner, Seigneur. Mais il s'est vu tantôt emprisonner : Cette offense en son cœur sera longtemps nouvelle; Il n'est point de secrets que le temps ne révèle : Il saura que ma main lui devoit présenter

HH BRITANNICUS

Un poison que votre ordre avoit fait apprêter. Les dieux de ce dessein puissent-ils le distraire ! Mais peut-être il fera ce que vous n'osez faire.

NÉRON

On répond de son cœur; et je vaincrai le mien.

NARCISSE

Et l'hymen de Junie en est-il le lien Seigneur, lui faites-vous encor ce sacrfncer

NÉRON

C'est prendre trop de soin. Quoi qu'il en soit, Narcisse Je ne le compte plus parmi mes ennemis.

NARCISSE

Agrippine, seigneur, se l'étoit bien promis : Elle a repris sur vous son souverain empire.

NÉRON

Quoi donc? Qu'a-t-elle dit? et que voulez -vous dire?

NARCISSE

Elle s'en est vantée assez publiquement.

NÉRON

De quoi?

NARCISSE

Qu'elle n avoit qu'à vous voir un moment : Qu'à tout ce grand éclat . à ce courroux funeste . On verroit succéder un silence modeste : Que vous-même à la paix souscririez le premier : Heureux que sa bonté daignât tout oublier !

NÉRON

Mais, Narcisse, dis-moi, que veux-tu que je fasse? Je n'ai que trop de pente à punir son audace : Et, si je m'en croyois. ce triomphe indiscret Seroit bientôt suivi d'un éternel regret. Mais de tout l'univers quel sera le langage ? Sur les pas des tyrans veux-tu que je m'engage, Et que Rome, effaçant tant de titres d'honneur, Me laisse pour tout nom celui d'empoisonneur ? Ils mettront ma vengeance au rang des parricides.

NARCISSE

Et prenez-vous, seigneur, leurs caprices pour guides? Avez-vous prétendu qu'ils se tairoient toujours? Est-ce à vous de prêter l'oreille à leurs discours? De vos propres désirs perdrez-vou« la mémoire? Et serez-vous le seul que vous n'oserez croire? Mais, seigneur, les Romains ne vous sont pas connus : Non , non , dans leurs discours ils sont plus retenus. Tant de précaution affoiblit votre règne :

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