ACTE IV, SCÈNE IV
Quel air respires-tu ! N'es-tu pas dans ces lieux
Où la haine des rois, avec le lait sucée.
Par crainte ou par amour ne peut être effacée?
Rome jugea ta reine en condamnant ses rois.
N'as-tu pas en naissant entendu cette voix?
Et n'as-tu pas encore ouï la renommée
T'annoncer ton devoir jusque dans ton armée ?
Et lorsque Bérénice arriva sur tes pas,
Ce que Rome en jugeoil ne l'entendis-tu pas?
Faut-il donc tant de fois te le faire redire?
Ah , lâche ! fais l'amour , et renonce à l'empire.
Au bout de l'univers va, cours te confiner,
Et fais place à des cœurs plus dignes de régner.
Sout-ce là ces projets de grandeur et de gloire
Qui dévoient dans les cœurs consacrer ma mémoire ?
Depuis huit jours je règne; et, jusques à ce jour,
Qu'ai-je fait pour l'honDeur? J'ai tout fait pour l'amour.
D'un temps si précieux quel compte puis-je rendre?
Où sont ces heureux jours que je faisois attendre?
Quels pleurs ai-je séchés? Dans quels yeux satisfaits
Ai-je déjà goûté le fruit de mes bienfaits?
L'univers a-t-il vu changer ses destinées?
Sais-je combien le ciel m'a compté de journées?
Et de ce peu de jours si longtemps attendus,
Ah, malheureux! combien j'en ai déjà perdus!
Ne tardons plus : faisons ce que l'honneur exige;
Rompons le seul lien....