‹ Œuvres complètesChapitre 282 sur 418 · SCÈNE IV. — ATALIDE , ZAÏRE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — ATALIDE , ZAÏRE

ATALIDE

Zaïre, c'en est fait, Atalide est perdue!

ZAÏRE

Vous?

ATALIDE

Je prévois déjà tout ce qu'il faut prévoir Mou unique espérance est dans mon désespoir.

ZAÏRE

Mais, madame, pourquoi?

Si tu venois d'entendre Quel funeste dessein Roxane vient de prendre , Quelles conditions elle veut imposer!

Bajazet doit périr, dit-elle, ou l'épouser. S'il se rend, que deviens-je en ce malheur extrême? Et, s'il ne se rend pas, que devient-il lui-même?

ZAÏRE

Je conçois ce malheur. Mais, à ne point mentir, Votre amour, dès longtemps, a dû le pressentir.

ATALIDE

Ah, Zaïre! l'amour a-t-il tant de prudence?

Tout sembloit avec nous être d'intelligence :

Roxane , se livrant tout entière à ma foi ,

Du cœur de Bajazet se reposoit sur moi,

M'abandonnoit le soin de tout ce qui le touche,

Le voyoit par mes yeux, lui parloit par ma bouche;

Et je croyois toucher au bienheureux moment

Où j'allois par ses mains couronner mon amant.

Le ciel s'est déclaré contre mon artifice.

Et que falloit-il donc, Zaïre, que je fisse?

A l'erreur de Roxane ai-je dû m'opposer,

Et perdre mon amant pour la désabuser?

Avant que dans son cœur cette amour fût formée ,

J'aimois, et je pouvois m'assurer d'être- aimée.

Dès nos plus jeunes ans, tu t'en souviens assez,

L'amour serra les nœuds par le sang commencés.

Élevée avec lui dans le sein de sa mère,

J'appris à distinguer Bajazet de son frère ;

Elle-même avec joie unit nos volontés :

Et, quoique après sa mort l'un de l'autre écartés,

Conservant, sans nous voir, le désir de nous plaire,

Nous avons su toujours nous aimer et nous taire.

Roxane, qui depuis, loin de s'en défier.

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