‹ Œuvres complètesChapitre 283 sur 418 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

A ses desseins secrets voulut m'associer ,

Ne put voir sans amour ce héros trop aimable :

Elle courut lui tendre une main favorable.

Bajazet, étonné, rendit grâce à ses soins,

Lui rendit des respects : pouvoit-il faire moins?

Mais qu'aisément l'amour croit tout ce qu'il souhaite!

De ses moindres respects Roxane satisfaite,

Nous engagea tous deux, par sa facilité,

A la laisser jouir de sa crédulité.

Zaïre , il faut pourtant avouer ma foiblesse :

D'un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse.

Ma rivale, accablant mon amant de bienfaits,

Opposoit un empire à mes foibles attraits;

Mille soins la rendoient présente à sa mémoire;

Elle l'entretenoit de sa prochaine gloire :

Et moi, je ne puis rien. Mon cœur, pour tout discours ,

N'avoit que des soupirs qu'il répétoit toujours.

Le ciel seul sait combien j'en ai versé de larmes.

Mais enfin Bajazet dissipa mes alarmes :

Je condamnai mes pleurs, et jusques aujourd'hui

Je l'ai pressé de feindre, et j'ai parlé pour lui.

Hélas! tout est fini : Roxane méprisée

Bientôt de son erreur sera désabusée.

Car enfin Bajazet ne sait point se cacher;

Je connois sa vertu prompte à s'effaroucher.

Il faut qu'à tous niomens , tremblante et secourable .

Je donne à ses discours un sens plus favorable.

Bajazet va se perdre. Ah ! si , comme autrefois ,

Ma rivale eût voulu lui parler par ma voix!

Au moins, si j'avois pu préparer son visage!

Mais. Zaïre, je puis l'attendre à son passage:

D'un mot ou d'un regard je puis le secourir.

Qu'il l'épouse , en un mot , plutôt que de périr.

Si Roxane le veut, sans doute il faut qu'il meure.

Il se perdra, te dis-je. Atalide, demeure:

Laisse, sans t' alarmer, ton amant sur sa foi.

Penses-tu mériter qu'on se perde pour toi?

Peut-être Bajazet, secondant ton envie,

Plus que tu ne voudras aura soin de sa vie

ZAÏRE

Ah! dans quels soins, madame, allez-vous vous plonger? Toujours avant le temps faut-il vous affliger? Vous n'en pouvez douter, Bajazet vous adore Suspendez , ou cachez l'ennui qui vous dévore : N'allez point par vos pleurs déclarer vos amours.

314 BAJAZET

La main qui l'a sauvé le sauvera toujours, Pourvu qu'entretenue en son erreur fatale, Roxane jusqu'au bout ignore sa rivale.

Venez en d'autres lieux enfermer vos regrets, Et de leur entrevue attendre le succès.

ATAL1DE.

Hé bien, Zaïre, allons. Et toi , si ta justice De deux jeunes amans veut punir l'artifice, 0 ciel ! si notre amour est condamné de toi , Je suis la plus coupable, épuise tout sur moi!

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