‹ Œuvres complètesChapitre 328 sur 418 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Jamais hymen formé sous le plus noir auspice De l'hymen que je crains n'égala le supplice. Et si Monime en pleurs ne vous peut émouvoir. Si je n'ai plus pour moi que mon seul désespoir, Au pied du même autel où j-e suis attendue , Seigneur, vous me verrez, à moi-même rendue, Percer ce triste cœur qu'on veut tyranniser, Et dont jamais encor je n'ai pu disposer.

XIPHARÈS

Madame , assurez-vous de mon obéissance : Vous avez dass ces lieux une entière puissance : Pharnace ira, s'il veut, se faire craindre ailleurs. Mais vous ne savez pas encor tous vos malheurs.

MONIME

Hé! quel nouveau malheur peut affliger Monime, Seigneur?

XIPHARÈS

Si vous aimer c'est faire un si grand crime , Pharnace n'en est pas seul coupable aujourd'hui; Et je suis mille fois plus criminel que lui.

Vous !

XIPHARÈS

Mettez ce malheur au rang des plus funestes ; Attestez, s'il le faut, les puissances célestes Contre un sang malheureux né pour vous tourmenter, Père , enfans , animés à vous persécuter : Mais, avec quelque ennui que vous puissiez apprendre Cet amour criminel qui vient de vous surprendre , Jamais tous vos malheurs ne sauroient approcher Des maux que j'ai soufferts en le voulant cacher. Ne croyez point pourtant que, semblable à Pharnace, Je vous serve aujourd'hui pour me mettre en sa place. Vous voulez être à vous , j'en ai donné ma foi , Et vous ne dépendrez ni de lui ni de moi. Mais, quand je vous aurai pleinement satisfaite. En quels lieux avez-vous choisi votre retraite? Sera-ce loin, madame, ou près de mes États? Me serat-il permis d'y conduire vos pas? Verrez-vous d'un même œil le crime et l'innocence? En fuyant mon rival, fuirez-vous ma présence? Pour piix d'avoir si bien secondé vos souhaits Faudra -t-il me résoudre à ne vous voir jamais?

MONIME

Ah! que m'apprenez-vous!

362 MITHRIDATE

XIPHARÈS

Hé quoi! belle Monime, Si le temps peut donner quelque droit légitime, Faut-il vous dire ici que le premier de tous Je vous vis, je formai le dessein d'être à vous, Quand vos charmes naissans , inconnus à mon père , N'avoient encor paru qu'aux yeux de votre mère? Ah! si, par mon devoir forcé de vous quitter, Tout mon amour alors ne put pas éclater, Ne vous souvient-il plus, sans compter tout le reste, Combien je me plaignis de ce devoir funeste? Ne vous souvient-il plus, en quittant vos beaux yeux, Quelle vive douleur attendrit mes adieux? Je m'en souviens tout seul : avouez-le , madame , Je vous rappelle un songe effacé de votre âme. Tandis que , loin de vous , sans espoir de retour , Je nourrissois encor un malheureux amour , Contente , et résolue à l'hymen de mon père , Tous les malheurs du fils ne vous affligeoient guère.

MONIME

Hélas !

XIPHARÈS

Avez -vous plaint un moment mes ennuis?

MONIME

Prince.... N'abusez point de l'état où je suis.

XIPHARÈS

En abuser, ô ciel! quand je cours vous défendre, Sans vous demander rien, sans oser rien prétendre; Que vous dirai-je enfin? lorsque je vous promets De vous mettre en état de ne me voir jamais !

MONIME

C'est me promettre plus que vous ne sauriez faire.

XIPHARÈS

Quoi ! malgré mes sermens , vous croyez le contraire ?

Vous croyez qu'abusant de mon autorité ,

Je prétends attenter à votre liberté?

On vient , madame , on vient : expliquez-vous , de grâce ;

Un mot.

Défendez-moi des fureurs de Pharnace :

Pour me faire, seigneur, consentir à vous voir, Tous n'aurez pas besoin d'un injuste pouvoir.

XIPHARÈS

Ah, madame!

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