‹ Œuvres complètesChapitre 345 sur 418 · ACTE II, SSÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SSÈNE VI

D'un héros tel que vous c'est là l'effort suprême :

Cherchez, prince, cherchez, pour vous trahir vous même

Tout ce que, pour jouir de leurs contentemens,

L'amour fait inventer aux vulgaires amans.

Enfin, je me connois, il y va de ma vie,.

De mes foibles efforts ma vertu se défie.

Je sais qu'en vous voyant, un tendre souvenir

Peut m'arracher du cœur quelque indigne soupir;

Que je verrai mon âme, en secret déchirée,

Revoler vers le bien dont elle est séparée ;

Mais je sais bien aussi que, s'il dépend de vous

De me faire chérir un souvenir si doux,

Vous n'empêcherez pas que ma gloire offensée

N'en punisse aussitôt la coupable pensée ;

Que ma main dans mon cœur ne vous aille chercher,

Pour y laver ma honte , et vous en arracher.

Que dis-je? En ce moment, le dernier qui nous reste,

Je me sens arrêter par un plaisir funeste :

Plus je vous parle, et plus, trop foible que je suis.

Je cherche à prolonger le péril que je fuis.

Il faut pourtant, il faut se faire violence :

Et, sans perdre en adieux un reste de constance,

Je fuis. Souvenez-vous, prince, de m' éviter;

Et méritez les pleurs que vous m'allez coûter.

XIPHARÈS

Ah! madame!... Elle fuit, et ne veut plus m'entendre. Malheureux Xipharès. quel parti dois-tu prendre? On t'aime ; on te bannit : toi même tu vois bien Que ton propre devoir s'accorde avec le sien : Cours par un prompt trépas abréger ton supplice. Toutefois attendons que son sort s'éclaircisse ; Et s'il faut qu'un rival la ravisse à ma foi , Du moins, en expirant, ne la cédons qu'au roi.

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