‹ Œuvres complètesChapitre 346 sur 418 · SCÈNE I. - M1THRIDATE, PHARNACE , XIPHARES · texte numérisé non relu

SCÈNE I. - M1THRIDATE, PHARNACE , XIPHARES

MITHRIDATE

Approchez , mes enfans. Enfin l'heure est venue Qu'il faut que mon secret éclate à votre vue :

378 MITHRIDATE

A mes nobles projets je vois tout conspirer;

Il ne me reste plus qu'à vous les déclarer.

Je fuis : ainsi le veut la fortune ennemie.

Mais vous savez trop bien l'histoire de ma vie

Pour croire que longtemps, soigneux de me cacher.

J'attende en ces déserts qu'on me vienne chercher.

La guerre a ses faveurs , ainsi que ses disgrâces :

Déjà plus d'une fois, retournant sur mes traces,

Tandis que l'ennemi , par ma fuite trompé ,

Tenoit après son char un vain peuple occupé ,

Et , gravant en airain ses frêles avantages ,

De mes États conquis enchaînoit les images ,

Le Bosphore m'a vu , par de nouveaux apprêts ,

Ramener la terreur du fond de ses marais ,

Et , chassant les Romains de l'Asie étonnée ,

Renverser en un jour l'ouvrage d'une année.

D'autres temps, d'autres soins. L'Orient, accablé,

Ne peut plus soutenir leur effort redoublé :

Il voit, plus que jamais, ses campagnes couvertes

De Romains que la guerre enrichit de nos pertes.

Des biens des nations ravisseurs altérés ,

Le bruit de nos trésors les a tous attirés :

Ils y courent en foule; et, jaloux l'un de l'autre,

Désertent leur pays pour monder le nôtre.

Moi seul je leur résiste : ou lassés, ou soumis,

Ma funeste amitié pèse à tous mes amis :

Chacun à ce fardeau veut dérober sa tète.

Le grand nom de Pompée assure sa conquête :

C'est l'effroi de l'Asie; et, loin de l'y chercher,

C'est à Rome , mes fils , que je prétends marcher.

Ce dessein vous surprend ; et vous croyez peut-être

Que le seul désespoir aujourd'hui le fait naître.

J'excuse votre erreur, et, pour être approuvés,

De semblables projets veulent être achevés.

Ne vous figurez point que de cette contrée ,

Par d'éternels remparts Rome soit séparée :

Je sais tous les chemins par où je dois passer;

Et si la mort bientôt ne me vient traverser ,

Sans reculer plus loin l'effet de ma parole ,

Je vous rends dans trois mois au pied du Capitule.

Doutez- vous que i'Euxin ne me porte en deux jours

Aux lieux où le Danube y vient finir son cours?

Que du Scythe avec moi l'alliance jurée

De l'Europe en ces lieux ne me livre l'entrée*

Recueilli dans leur port, accru de leurs soldats *

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