‹ Œuvres complètesChapitre 359 sur 418 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Profitez du moment que mon amour vous donne : Pour la dernière fois , venez , je vous l'ordonne. N'attirez point sur vous des périls superflus, Pour un fils insolent que vous ne verrez plus. Sans vous parer pour lui d'une foi qui m'est duc , Perdez-en la mémoire , aussi bien que la vue : Et désormais , sensible à ma seule bonté , Méritez le pardon qui vous est présenté.

MON1ME

Je n'ai point oublié quelle reconnoissance,

Seigneur, m'a dû ranger sous votre obéissance :

Quelque rang où jadis soient montés mes aïeux ,

Leur gloire de si loin n'éblouit point mes yeux.

Je songe avec respect de combien je suis née

Au-dessous des grandeurs d'un si noble hyménée ,

Et , malgré mon penchant et mes premiers desseins

Pour un fils , après vous , le plus grand des humains ,

Du jour que sur mon front on mit ce diadème ,

Je renonçai, seigneur, à ce prince, à moi-même.

Tous deux d'intelligence à nous sacrifier,

Loin de moi , par mon ordre , il couroit m'oublier.

Dans l'ombre du secret ce feu s'alloit éteindre ;

Et même de mon sort je ne pouvois me plaindre, •

Puisque enfin, aux dépens de mes vœux les plus doux.

Je faisois le bonheur d'un héros tel que vous.

Vous seul , seigneur , vous seul , vous m'avez arrachée

A cette obéissance où j'étois attachée;

Et ce fatal amour dont j'avois triomphé ,

Ce feu que dans l'oubli je croyois étouffé,

Dont la cause à jamais s'éloignoit de ma vue ,

Vos détours l'ont surpris , et m'en ont convaincue.

Je vous l'ai confessé, je le dois soutenir.

En vain vous en pourriez perdre le souvenir;

Et cet aveu honteux , où vous m'avez forcée ,

Demeurera toujours présent à ma pensée;

Toujours je vous croirois incertain de ma foi :

Et le tombeau , seigneur , est moins triste pour moi

Que le lit d'un époux qui m'a fait cet outrage ,

Qui s'est acquis sur moi ce cruel avantage ,

Et qui , me préparant un éternel ennui ,

M'a fait rougir d'un feu qui n'étoit pas pour lui

MITHRIDATE

t. est donc votre réponse? et, sans plus me complaire. Vous refusez l'honneur que je voulois vous faire? Pensez y bien J'attends pour me déterminer...

394 MITHRIDATE

MONIME

Non, seigneur, vainement vous croyez m'étonner.

Je vous connois : je sais tout ce que je m'apprête,

Et je vois quels malheurs j'assemble sur ma tête :

Mais le dessein est pris ; rien ne peut m'ébranler.

Jugez-en , puisque ainsi je vous ose parler ,

Et m'emporte au delà de cette modestie

Dont jusqu'à ce moment je n'étois point sortie.

Vous vous êtes servi de ma funeste main

Pour mettre à votre fils un poignard dans le sein :

De ses feux innocens j'ai trahi le mystère ;

Et , quand il n'en perdroit que l'amour de son père ,

Il en mourra, seigneur. Ma foi ni mon amour

Ne seront point le prix d'un si cruel détour.

Après cela, jugez. Perdez une rebelle;

Armez-vous du pouvoir qu'on vous donna sur elle :

J'attendrai mon arrêt ; vous pouvez commander.

Tout ce qu'en vous quittant j'ose vous demander

Croyez (à la vertu je dois cette justice)

Que je vous trahis seule, et n'ai point de complice;

Et que d'un plein succès vos vœux seroient suivis

Si j'en <^oyois, seigneur, les vœux de votre fils.

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