‹ Œuvres complètesChapitre 375 sur 418 · ACTE ï, SCÈNE II. 41 S · texte numérisé non relu

ACTE ï, SCÈNE II. 41 S

Doit bientôt à son sort unir ma destinée

AGAMEMNON

Ma fille! Qui vous dit qu'on la doit amener?

ACHILLE

Seigneur, qu'a donc ce bruit qui vous doive étonner?

AGAMEMNON

{A Ulysse.) Juste ciel! sauroit-il mon funeste artifice?

ULYSSE

Seigneur, Agamemnon s'étonne avec justice. Songez-vous aux malheurs qui nous menacent tous! 0 ciel! pour un hymen quel temps choisissez-vous? Tandis qu'à nos vaisseaux la mer toujours fermée Trouble toute la Grèce et consume l'armée ; Tandis que , pour fléchir l'inclémence des dieux , Il faut du sang peut-être, et du plus précieux, Achille seul, Achille à son amour s'applique? Voudroit-il insulter à la crainte publique , Et que le chef des Grecs , irritant les destins , Préparât d'un hymen la pompe et les festins? Ah! seigneur, est-ce ainsi que votre âme attendrie Plaint le malheur des Grecs , et chérit la patrie ?

ACHILLE

Dans les champs phrygiens les effets feront foi Qui la chérit le plus ou d'Ulysse ou de moi : jusque-là je vous laisse étaler votre zèle: Vous pouvez à loisir faire des vœux pour elle. Remplissez les autels d'offrandes et de sang, Des victimes vous-même interrogez le flanc. Du silence des vents demandez-leur la cause; Mais moi , qui de ce soin sur Calchas me repose , Souffrez, seigneur, souffrez que je coure hâter Un hymen dont les dieux ne sauroient s'irriter. Transporté d'une ardeur qui ne peut être oisive, Je rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive : J'aurois trop de regret si quelaue autre guerrier Au rivage troyen descendoit le premier.

AGAMEMNON

0 ciel ! pourquoi faut-il que. ta secrète envie Ferme à de tels héros le chemin de TAsie ! N'aurai-je vu briller cette nor-le chaleur Que pour m'en retourner avec plus de douleur}

ULYSSE

Dieux! qu'est-ce que j'entends?

l\i ÎPHIGÉNIE.

ACHILLE

Seigneur, qu'osez-vous dire?

AGAMEMNON

Qu'il faut . prince , qu'il faut que chacun se retire ; Que, d'un crédule espoir trop longtemps abusés, Nous attendons les vents qui nous sont refusés. Le ciel protège Troie ; et par trop de présages Son courroux nous défend d'en chercher les passages.

ACHILLE

Quels présages affreux nous marquent son courroux?

AGAMEMNON

Vous-même consultez ce qu'il prédit de vous. Que sert de se flatter? On sait qu'à votre tête Les dieux ont d'Ilion attaché la conquête ; Mais on sait que , pour prix d'un triomphe si beau , Ils ont aux champs troyens marqué votre tombeau ; Que votre vie , ailleurs et longue et fortunée , Devant Troie en sa fleur doit être moissonnée.

ACHILLE

Ainsi , pour vous venger , tant de rois assemblés D'un opprobre éternel retourneront comblés ; Et Paris , couronnant son insolente flamme , Retiendra sans péril la sœur de votre femme!

AGAMEMNON

Hé quoi ! votre valeur , qui nous a devancés , N'a-t-elle pas pris soin de nous venger assez? Les malheurs de Lesbos , par vos mains ravagée , Épouvantent encor toute la mer Egée :

Troie en a vu la flamme ; et jusque dans ses ports , Les flots en ont poussé le débris et les morts. Que dis-je? les Troyens pleurent une autre Hélène Que vous avez captive envoyée à Mycène : Ciar, je n'en doute point, cette jeune beauté Garde en vain un secret que trahit sa fierté ; Et son silence même , accusant sa noblesse , Nous dit qu'elle nous cache une illustre princesse.

ACHILLE

Non, non, tous ces détours sont trop ingénieux :

Vous lisez de trop loin dans les secrets des dieux.

Moi, je m'arrêterois à de vaines menaces?

Et je fuirois l'honneur qui m'attend sur vos traces?

Les Parques à ma mère, il est vrai, l'ont prédit,

Lorsqu'un époux mortel fut reçu dans son lit :

Je puis choisir, dit-on, ou beaucoup d'ans sans gloire.

Ou peu de jours suivis d'une longue mémoire

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