‹ Œuvres complètesChapitre 376 sur 418 · ACTE I, SCENE II. M · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II. M

Mais , puisqu'il faut enfin que j'arrive au tombeau ,

Voudrois-je , de la terre inutile fardeau,

Trop avare d'un sang reçu d'une déesse ,

Attendre chez mon père une obscure vieillesse;

Et, toujours de la gloire évitant le sentier,

Xe laisser aucun nom et mourir tout entier?

Ah ! ne nous formons point ces indignes obstacles -,

L'honneur parle, il suffit : ce sont là nos oracles.

Les dieux sont de nos jours les maîtres souverains;

Mais , seigneur, notre gloire est dans nos propres mains.

Pourquoi nous tourmenter de leurs ordres suprêmes?

Ne songeons qu'à nous rendre immortels comme eux-mêmes :

Et, laissant faire au sort, courons où la valeur

Nous promet un destin aussi grand que le leur.

C'est à Troie, et j'y cours; et, quoi qu'on me prédise,

Je ne demande aux dieux qu'un vent qui m'y conduise :

Et quand moi seul enfin il faudroit l'assiéger,

Patrocle et moi, seigneur, nous irons vous venger.

Mais non , c'est en vos mains que le destin la livre ;

Je n'aspire en effet qu'à l'honneur de vous suivre.

Je ne vous presse plus d'approuver les transports

D'un amour qui m'alloit éloigner de ces bords :

Ce même amour, soigneux de vôtre renommée,

Veut qu'ici mon exemple encourage l'armée,

Et me défend surtout de vous abandonner

Aux timides conseils qu'on ose vous donner.

Page 1