‹ Œuvres complètesChapitre 383 sur 418 · ACTE II, SCÈNE II. 4Î · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. 4Î

Quels honneurs! quel pouvoir! Déjà la renommée Par d'étonnans récits m'en avoit informée: Mais que , voyant de près ce spectacle charmant , •Je sens croître ma joie et mon étonnement! Dieux ! avec quel amour la Grèce vous révère ! Quel bonheur de me voir la fille d'un tel père !

AGAMEMNON

Vous méritiez, ma fille, un père plus heureux.

IPHIGÊNIE.

Quelle félicité peut manquer à vos vœux?

A de plus grands honneurs un roi peut-il prétendre?

J'ai cru n'avoir au ciel que des grâces à rendre.

AGAMEMNON, à -part.

Grands dieux! à son malheur dois-je la préparer?

IPHIGÊNIE.

Vous vous cachez, seigneur, et semblez soupirer; Tous vos regards sur moi ne tombent qu'avec peine : Avons-nous sans votre ordre abandonné Mycène?

AGAMEMNON

Ma fille, je vous vois toujours des mêmes yeux; Mais les temps sont changés aussi bien que les lieux. D'un soin cruel ma joie est ici combattue.

IPHIGÊNIE.

Hé! mon père, oubliez votre rang à ma vue. Je prévois la rigueur d'un long éloignement : N'osez-vous sans rougir être père un moment? Vous n'avez devant vous qu'une jeune princesse A qui j'avois pour moi vanté votre tendresse : Cent fois lui promettant mes soins , votre bonté , J'ai fait gloire à ses yeux de ma félicité : Que va-t-elle penser de votre indifférence? Ai-je flatté ses vœux d'une fausse espérance? N'éclaircirez-vous point ce front chargé d'ennuis?

AGAMEMNON

Ah , ma fille !

IPHIGÊNIE.

Seigneur, poursuivez....

AGAMEMNON

Je ne puis.

IPHIGÊNIE.

Périsse le Troyen auteur de nos alarmes!

AGAMEMNON

Sa perte à ses vainqueurs coûtera bien des larmes.

iphigénie.

Les dieux daignent surtout prendre soin de vos jours!

AGAMEMNON

Les dieux depuis un temps me sont cruels et sourds.

IPHIGÉNIE

Calchas, dit- on, prépare un pompeux sacrifice?

AGAMEMNON

Puissé-je auparavant fléchir leur injustice!

IPHIGÉNIE

L'offrira-t-on bientôt?

AGAMEMNON

Plus tôt que je ne veux,

IPHIGÉNIE

Me sera-t-il permis de me joindre à vos vœux? Verra-t-on à l'autel votre heureuse famille?

AGAMEMNON

Hélas !

IPHIGÉNIE

Vous vous taisez?

AGAMEMNON

Vous y serez, ma fille.

Adieu.

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