SCÈNE III. — IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS
De cet accueil que dois-je soupçonner?
D'une secrète horreur je me sens frissonner : Je crains, malgré moi-même, un malheur que j'ignore. Justes dieux! vous savez pour qui je vous implore!
ÉRIPHILE
Quoi! parmi tous les soins qui doivent l'accabler, Quelque froideur suffit pour vous faire trembler! Hélas! à quels soupirs suis-je donc condamnée, Moi qui , de mes parens toujours abandonnée , Étrangère partout , n'ai pas , même en naissant , Peut-être reçu d'eux un regard caressant! Du moins , si vos respects sont rejetés d'un père , Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère ; Et, de quelque disgrâce enfin que vous pleurie-z, Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés !
IPHIGÉNIE
Je ne m'en défends point : mes pleurs , belle Ériphile , Ne tiendroient pas longtemps contre les soins d'Achille ; Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir, Lui donnent sur mon âme un trop juste pouvoir. Mais de lui-même ici que faut-il que je pense? Cet amant , pour me voir brûlant d'impatience ,