ACTE II, SCÈNE III
Que les Grecs de ces bords ne pouvoient arracher,
Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher,
S'erapresse-t-il assez pour jouir d'une vue
Qu'avec tant de transports je croyois attendue?
Pour moi, depuis deux jours qu'approchant de ces lieux-.
Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux,
Je l'attendois partout : et , d'un regard timide ,
Sans cesse parcourant les chemins de l'Aulide ,
Mon cœur pour le chercher voloit loin devant moi ,
Et je demande Achille à tout ce que je voi.
Je viens, j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue.
Je n'ai percé qu'à peine une fouie inconnue ;
Lui seul ne paroît point : le triste Agamemnon
Semble craindre à mes yeux de prononcer son nom.
Que fait-il? Qui pourra m'expliquer ce mystère?
Trouverai-je l'amant glacé comme le père?
Et les soins de la guerre auroient-ils en un jour
Éteint dans tous les cœurs la tendresse et l'amour?
Mais non, c'est l'offenser par d'injustes alarmes :
C'est à moi que l'on doit le secours de ses armes.
Il n'étoit point à Sparte entre tous ces amans
Dont le père d'Hélène a reçu les sermens :
Lui seul de tous les Grecs , maître de sa parole ,
S'il part contre Ilion, c'est pour moi qu'il y vole:
Et, satisfait d'un prix qui lui semble si doux,
Il veut même y porter le nom de mon époux.