‹ Œuvres complètesChapitre 398 sur 418 · SCÈNE VI. - ACHILLE, IPHIGÉNIE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. - ACHILLE, IPHIGÉNIE

ACHILLE

Madame, je me tais, et demeure immobile.

Est-ce à moi que l'on parle, et connoît-on Achille?

Une mère pour vous croit devoir me prier !

Une reine à mes pieds se vient humilier!

Et, me déshonorant par d'injustes alarmes,

Pour attendrir mon cœur on a recours aux larmes!

Qui doit prendre à vos jours plus d'intérêt que moi?

Ah ! sans doute on s'en peut reposer sur ma foi.

L'outrage me regarde ; et , quoi qu'on entreprenne ,

Je réponds d'une vie où j'attache la mienne.

Mais ma juste douleur va plus loin m'engager :

C'est peu de vous défendre, et je cours vous venger,

Et punir à la fois le cruel stratagème

Qui s'ose de mon nom armer contre vous-même.

IPHIGÉNIE

Ah! demeurez, seigneur, et daignez m'écouter.

ACHILLE

Quoi, madame! un barbare osera m'insulter?

Ji voit que de sa sœur je cours venger l'outrage ;

Il sait que , le premier lui donnant mon suffrage ,

Je le fis nommer chef de vingt rois ses rivaux;

Et, pour fruit de mes soins, pour fruit de mes travaux.

436 IPHIGÉNIE

Pour tout le prix enfin d'une illustre victoire

Qui le doit enrichir , venger , combler de gloire ,

Content et glorieux du nom de votre époux,

Je ne lui demandois que l'honneur d'être à vous :

Cependant aujourd'hui, sanguinaire, parjure,

C'est peu de violer l'amitié, la nature;

C'est peu que de vouloir, sous un couteau mortel,

Me montrer votre cœur fumant sur un autel :

D'un appareil d'hymen couvrant ce sacrifice ,

Il veut que ce soit moi qui vous mène au supplice ,

Que ma crédule main conduise le couteau,

Qu'au lieu de votre époux je sois votre bourreau!

Et quel étoit pour vous ce sanglant hyménée ,

Si je fusse arrivé plus tard d'une journée?

Quoi donc! à leur fureur livrée en ce moment,

Vous iriez à l'autel me chercher vainement;

Et d'un fer imprévu vous tomberiez frappée ,

En accusant mon nom qui vous auroit trompée?

Il faut de ce péril, de cette trahison,

Aux yeux de tous les Grecs lui demander raison.

A l'honneur d'un époux vous-même intéressée ,

Madame , vous devez approuver ma pensée.

Il faut que le cruel qui m'a pu mépriser

Apprenne de quel nom il osoit abuser.

IPHIGÉNIE

Hélas! si vous m'aimez, si, pour grâce dernière,

Vous daignez d'une amante écouter la prière ,

C'est maintenant , seigneur , qu'il faut me le prouver .

Car enfin, ce cruel que vous allez braver,

Cet ennemi barbare , injuste, sanguinaire,

Songez, quoi qu'il ait fait, songez qu'il est mon père.

ACHILLE

Lui, votre père? Après son horrible dessein, Je ne le connois plus que pour votre assassin.

IPHIGÉNIE

C'est mon père , seigneur , je vous le dis encore , Mais un père que j'aime, un père que j'adore, Qui me chérit lui-même, et dont, jusqu'à ce jour Te n'ai jamais reçu que des marques d'amour. Mon cœur, dans ce respect élevé dès l'enfance, Ne peut que s'affliger de tout ce qui l'offense , Et, loin d'oser ici, par un prompt changement, Approuver la fureur de votre emportement, Loin que par mes discours je l'attise moi-même Croyez qu'il faut aimer autant que je vous aime

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