SCÈNE IV. — AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE. REGINE
CLYTEMNESTRE
Venez , venez , ma fille , on n'attend plus que vous :
Venez remercier un père qui vous aime ,
Et qui veut à l'autel vous conduire lui-même.
Que vois-je? Quel discours! Ma fille, vous pleurez. Et baissez devant moi vos yeux mal assurés : Quel trouble ! Mais tout pleure , et la fille et la mère Ah ! malheureux Arcas , tu m'as trahi !
IPHIGÉNIE
Mon père , Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi : Quand vous commanderez . vous serez obéi. Ma vie est votre bien ; vous voulez le reprendre .
442 IPHIGËNIE.
Vos ordres sans détours pouvoient se faire entendre.
D'un œil aussi content , d'un cœur aussi soumis
Que j'acceptois l'époux que vous m'aviez promis,
Je saurai, s'il le faut, victime obéissante,
Tendre au fer de Calchas une tête innocente :
Et , respectant le coup par vous-même ordonné ,
Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné.
Si pourtant ce respect , si cette obéissance
Paroît digne à vos yeux d'une autre récompense ;
Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis,
J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis,
Peut-être assez d'honneurs environnoient ma vie
Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie ,
Ni qu'en me l'arrachant, un sévère destin,
Si près de ma naissance , en eût marqué la fin.
Fille d'Agamemnon , c'est moi qui , la première ,
Seigneur , vous appelai de ce doux nom de père :
C'est moi qui , si longtemps le plaisir de vos yeux ,
Vous ai fait de ce nom remercier les dieux ,
Et pour qui , tant de fois prodiguant vos caresses ,
Vous n'avez point du sang dédaigné les foiblesses.
Hélas ! avec plaisir je me faisois conter
Tous les noms des pays que vous allez dompter ;
Et déjà, d'Ilion présageant la conquête,
D'un triomphe si beau je préparois la fête.
Je ne m'attendois pas que , pour le commencer ,
Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.
Non que la peur du coup dont je suis menacée
Me fasse rappeler votre bonté passée :
Ne craignez rien : mon cœur, de votre honneur jaloux.
Ne fera point rougir un père tel que vous;
Et, si je n'avois eu que ma vie à défendre,
J'aurois su renfermer un souvenir si tendre ;
Mais à mon triste sort , vous le savez , seigneur ,
Une mère , un amant, attachoient leur bonheur.
Un roi digne de vous a cru voir la journée
Qui devoit éclairer notre illustre hyménée ;
Déjà, sûr de mon cœur à sa flamme promis ,
11 s'estimoit heureux : vous me l'aviez permis.
Il sait votre dessein: jugez de ses alarmes.
Ma mère est devant vous : et vous voyez ses larmes .
Pardonnez aux efforts que je viens de tenter
Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.
AGAMEMNON
Ma fille , il est trop vrai : j'ignore pour quel crime