‹ Œuvres complètesChapitre 405 sur 418 · ACTE IV, SC£>'E IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SC£>'E IV

La colère des dieux demande une victime :

Mais ils vous ont nommée : un oracle cruel

Veut qu'ici votre sang coule sur un autel.

Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières ,

Mon amour n'avoit pas attendu vos prières.

Je ne vous dirai point combien j'ai résisté :

Croyez-en cet amour par vous-même attesté.

Cette nuit même encore , on a pu vous le dire ,

J'avois révoqué l'ordre où l'on me fit souscrire :

Sur l'intérêt des Grecs vous l'aviez emporté.

Je vous sacrifiois mon rang, ma sûreté.

Arcas alloit du camp vous défendre l'entrée :

Les dieux n'ont pas voulu qu'il vous ait rencontrée ;

Ils ont trompé les soins d'un père infortuné

Qui protégeoit en vain ce qu'ils ont condamné.

Ne vous assurez point sur ma foible puissance :

Quel frein pourroit d'un peuple arrêter la licence .

Quand les dieux , nous livrant à son zèle indiscret .

L'affranchissent d'un joug qu'il portoit à regret?

Ma fille, il faut céder : votre heure est arrivée.

Songez bien dans quel rang vous êtes élevée :

Je vous donne un conseil qu'à peine je reçoi;

Du coup qui vous attend vous mourrez moins que moi.

Montrez , en expirant , de qui vous êtes née ;

Faites rougir ces dieux qui vous ont condamnée.

Allez; et que les Grecs, qui vont vous immoler,

Reconnoissent mon sang en le voyant couler.

CLYTEMNESTRE

Vous ne démentez point une race funeste ;

Oui, vous êtes le sang d'Atrée et de Thyeste :

Bourreau de votre fille , il ne vous reste enfin

Que d'en faire à sa mère un horrible festin.

Barbare ! c'est donc là cet heureux sacrifiée

Que vos soins préparoient avec tant d'artifice .

Quoi ! l'horreur de souscrire à cet ordre inhumain

N'a pas, en le traçant, arrêté votre main!

Pourquoi feindre à nos yeux une fausse tristesse?

Pensez- vous par des pleurs prouver votre tendresse?

Où sont-ils, ces combats que vous avez rendus?

Quels flots de sang pour elle avez-vous répandus!

Quel débris parle ici de votre résistance?

Quel champ couvert de morts me condamne au silence?

Voilà par quels témoins il falloit me prouver,

Cruel ! que votre amour a voulu la sauver.

Mu oracle fatal ordonne qu'elle expire!

UÂ IPHIGÊNIE.

Un oracle dit-il tout ce qu'il semble dire?

Le ciel, le juste ciel, par le meurtre honoré,

Du sang de l'innocence est-il donc altéré?

Si du crime d'Hélène on punit sa famille,

Faites chercher à Sparte Hermione, sa fille :

Laissez à Ménélas racheter d'un tel prix

Sa coupable moitié, dont il est trop épris.

Mais vous , quelles fureurs vous rendent sa victime ?

Pourquoi vous imposer la peine de son crime?

Pourquoi, moi-même enfin me déchirant le flanc,

Payer sa folle amour du plus pur de mon sang?

Que dis-je? Cet objet de tant de jalousie,

Cette Hélène , qui trouble et l'Europe et l'Asie ,

Vous semble-t-elle un prix digne de vos exploits?

Combien nos fronts pour elle ont-ils rougi de fois!

Avant qu'un nœud fatal l'unît à votre frère ,

Thésée avoit osé l'enlever à son père :

Vous savez , et Calchas mille fois vous l'a dit ,

Qu'un hymen clandestin mit ce prince en son lit;

Et qu'il en eut pour gage une jeune princesse

Que sa mère a cachée au reste de la Grèce.

Mais non; l'amour d'un frère et son honneur blessé

Sont les moindres des soins dont vous êtes pressé :

Cette soif de régner, que rien ne peut éteindre,

L'orgueil de voir vingt rois vous servir et vous craindre.

Tous les droits de l'empire en vos mains confiés,

Cruel ! c'est à ces dieux que vous sacrifiez ;

Et, loin de repousser le coup qu'on vous prépare,

Vous voulez vous en faire un mérite barbare :

Trop jaloux d'un pouvoir qu'on peut vous envier,

De votre propre sang vous courez le payer;

Et voulez, par ce prix, épouvanter l'audace

De quiconque vous peut disputer votre place.

Est-ce donc être père? Ah! toute ma raison

Cède à la cruauté de cette trahison.

Un prêtre, environné d'une foule cruelle,

Portera sur ma fille une main criminelle,

Déchirera son sein, et, d'un œil curieux,

Dans son cœur palpitant consultera les Dieux !

Et moi, qui l'amenai triomphante, adorée,

Je m'en retournerai seule et désespérée!

Je verrai les chemins encor tout parfumés

Des fleurs dont sous ses pas on les avoit semés!

Non , je ne l'aurai point amenée au supplice ,

Ou vous ferez aux Grecs un doublé sacrifice

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