‹ Œuvres complètesChapitre 406 sur 418 · SCÈNE VI. - AGAMEMNON, ACHILLE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. - AGAMEMNON, ACHILLE

ACHILLE

Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi , Seigneur; je l'ai jugé trop peu digne de foi. On dit, et sans horreur je ne puis le redire, Qu'aujourd'hui par votre ordre Iphigénie expire; Que vous-même, étouffant tout sentiment humain, Vous l'allez à Calchas livrer de votre main. On dit que , sous mon nom à l'autel appelée , Je ne l'y conduisois que pour être immolée : Et que , d'un faux hymen nous abusant tous deux , Vous voulez me charger d'un emploi si honteux. Qu'en dites-vous, seigneur? Que faut-il que j'en pense? Ne ferez-vous pas taire un bruit qui vous offense?

AGAMEMNON

Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins. Ma fille ignore encor mes ordres souverains ; Et , quand il sera temps qu'elle en soit informée , Vous apprendrez son sort, j'en instruirai l'armée.

ACHILLE

Ah! je sais trop le sort que vous lui réservez !

AGAMEMNON

Pourquoi le demander, puisque vous le savez?

ACHILLE

Pourquoi je le demande? 0 ciel! le puis-je croire, Qu'on ose des fureurs avouer la plus noire? Vous pensez qu'approuvant vos desseins odieux. Je vous laisse immoler votre fille à mes veux?

Ut IPHIGÉNIE.

Que ma foi, mon amour mon honneur y consente?

AGAMEMNON

Mais vous , qui me parlez d'une voix menaçante , Oubliez-vous ici qui vous interrogez?

ACHILLE

Oubliez-vous qui j'aime, et qui vous outragez?

AGAMEMNON

Et qui vous a chargé du soin de ma famille? Ne pourrai-je, sans vous, disposer de ma fille V Ne suis-je plus son père? Êtes-vous son époux? Et ne peut-elle....

ACHILLE

Non , elle n'est plus à vous :

On ne m'abuse point par des promesses vaines. Tant qu'un reste de sang coulera dans mes veines , Vous deviez à mon sort unir tous ses momens ; Je défendrai mes droits fondés sur vos sermens. Et n'est-ce pas pour moi que vous l'avez mandée?

AGAMEMNON

Plaignez-vous donc aux dieux qui me l'ont demandée : Accusez et Calchas et le camp tout entier , Ulysse, Ménélas, et vous tout le premier.

ACHILLE

Moi!

AGAMEMNON

Vous, qui, de l'Asie embrassant la conquête, Querellez tous les jours le ciel, qui vous arrête; Vous, qui, vous offensant de mes justes terreurs, Avez dans tout le camp répandu vos fureurs. Mon cœur pour la sauver vous ouvroit une voie ; Mais vous ne demandez , vous ne cherchez que Troie. Je vous fermois le champ où vous voulez courir : Vous le voulez, partez; sa mort va vous l'ouvrir.

ACHILLE

Juste ciel! puis-je entendre et souffrir ce langage? Est-ce ainsi qu'au parjure on ajoute l'outrage? Moi, je voulois partir aux dépens de ses jours? Et que m'a fait à moi cette Troie où je cours? Au pied de ses remparts quel intérêt m'appelle ? Pour qui, sourd à la voix d'une mère immortelle, Et d'un père éperdu négligeant les avis , Vais-je y chercher la mort tant prédite à leur fils Jamais vaisseaux partis des rives du Scamandre Aux champs thessaliens osèrent-ils descendre? Et jamais dans Larisse un lâche ravisseur

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