SCÈNE I. — IPHIGENIE , jEGINE
IPHIGENIE.
Cesse de m' arrêter. Va , retourne à ma mère ,
jEgine : il faut des dieux apaiser la colère.
Pour ce sang malheureux qu'on veut leur dérober ;
Regarde quel orage est tout prêt à tomber :
Considère l'état où la reine est réduite;
Vois comme tout le camp s'oppose à notre fuite;
Avec quelle insolence ils ont , de toutes parts ,
Fait briller à nos yeux la pointe de leurs dards ;
Nos gardes repoussés, la reine évanouie....
Ah! c'est trop l'exposer : souffre que je la fuie,
Et , sans attendre ici ses secours impuissans ,
Laisse-moi profiter du trouble de ses sens.
Mon père même , hélas ! puisqu'il faut te le dire ,
Mon père, en me sauvant, ordonne que j'expire.
JEQ1HE.
Lui, madame! Quoi donc? qu'est-ce qui s'est passé?
Achille , trop ardent , l'a peut-être offensé : Mais le roi, qui le hait, veut que je le haïsse: Il ordonne à mon cœur cet affreux sacrifice : Il m'a fait par Arcas expliquer ses souhaits ; ./Egine, il me défend de lui parler jamais.