‹ Œuvres complètesChapitre 412 sur 418 · SCÈNE II. — ACHILLE, IPHIGÉNIE · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — ACHILLE, IPHIGÉNIE

ACHILLE

Venez , madame , suivez-moi :

Ne craignez ni les cris ni la foule impuissante D'un peuple qui se presse autour de cette tente. Paroissez: et bientôt, sans attendre mes coups, Ces flots tumultueux s'ouvriront devant vous. Patrocle . et quelques chefs qui marchent à ma suite , De mes Thessaliens vous amènent l'élite : Tout le reste, assemblé près de mon étendard, Vous offre de ses rangs l'invincible rempart. A vos persécuteurs opposons cet asile : Qu'ils viennent vous chercher sous les tentes d'Achille. Quoi, madame! est-ce ainsi que vous me secondez! Ce n'est que par des pleurs que vous me répondez! Vous fiez-vous encore à de si foibles armes? ^

Hàtons-nous : votre père a déjà vu vos larmes.

Je le sais bien , seigneur : aussi tout mon espoir N'est plus qu'au coup mortel que je vais recevoir.

ACHILLE

Vous, mourir? Ah! cessez de tenir ce langage. Songez-vous quel serment vous et moi nous engage ? Songez-vous, pour trancher d'inutiles discours, Que le bonheur d'Achille est fondé sur vos jours?

IPHIGÉNIE

Le ciel n'a point aux jours de cette infortunée Attaché le bonheur de votre destinée.

Notre amour nous trompoit ; et les arrêts du sort Veulent que ce bonheur soit un fruit de ma mort. Songez, seigneur, songez à ces moissons de gloire Qu'à vos vaillantes mains présente la. victoire : Ce champ si glorieux où vous aspirez tous , Si mon sang ne l'arrose, est stérile pour vous. Telle est la loi des dieux à mon père dictée En vain, sourd à Calchas, il l'avoit rejetée :

452 IPHIGÉN1E,

Par la bouche des Grecs contre moi conjurés Leurs ordres éternels se sont trop déclarés. Partez; à vos honneurs j'apporte trop d'obstacles; Vous-même dégagez la foi de vos oracles; Signalez ce héros à la Grèce promis:

Tournez votre douleur contre ses ennemis. Déjà Priam pâlit; déjà Troie en alarmes Redoute mon bûcher, et frémit de vos larmes. Allez; et, dans ses murs vides de citoyens, Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens. Je meurs dans cet espoir, satisfaite et tranquille. Si je n'ai pas vécu la compagne d'Achille, J'espère que du moins un heureux avenir A vos faits immortels joindra mon souvenir; Et qu'un jour mon trépas, source de votre gloire. Ouvrira le récit d'une si belle histoire. Adieu, prince; vivez, digne race des dieux.

ACHILLE

Non, je ne reçois point vos funestes adieux.

En vain, par ce discours, votre cruelle adresse

Veut servir votre père, et tromper ma tendresse.

En vain vous prétendez , obstinée à mourir ,

Intéresser ma gloire à vous laisser périr :

Ces moissons de lauriers , ces honneurs , ces conquèt

Ma main, en vous servant, les trouve toutes prêtes.

Et qui de ma faveur se voudroit honorer

Si mon hymen prochain ne peut vous assurer?

Ma gloire , mon amour , vous ordonnent de vivre :

Venez, madame, il faut les en croire, et me suivre.

1PHIGÉNIE.

Qui? moi? que, contre un père osant me révolter.

Je mérite la mort que j'irois éviter?

Où seroit le respect? Et ce devoir suprême....

ACHILLE

Vous suivrez un époux avoué par lui-même.

C'est un titre qu'en vain il prétend me voler :

Ne fait-il des sermens que pour les violer?

Vous-même, que retient un devoir si sévère ,

Quand il vois donne à moi, n'est- il point votre père?

Suivez-vous seulement ses ordres absolus

Quand il cesse de l'être et ne vous connoît plus?

Enfin c'est trop tarder, ma princesse, et ma crainte.,

IPH1GÉNIE.

Quoi, seigneur! vous iriez jusques à la contrainte? D'un coupable transport écoutant la chaleur,

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