‹ Œuvres complètesChapitre 43 sur 418 · SCÈNE III. - JOCASTE, ËTÉOCLE, POLYNICE, ANTIGONE, CREON, HÉMON · texte numérisé non relu

SCÈNE III. - JOCASTE, ËTÉOCLE, POLYNICE, ANTIGONE, CREON, HÉMON

JOCASTE

Me voici donc tantôt au comble de mes vœux , Puisque déjà le ciel vous rassemble tous deux. Vous revoyez un frère , après deux ans d'absence , Dans ce même palais où vous prîtes naissance, Et moi, par un bonheur où je n'osois penser, L'un et l'autre à la fois je vous puis embrasser. Commencez donc, mes fils, cette union si chère; Et que chacun de vous reconnoisse son frère : Tous deux dans votre frère envisagez vos traits; Mais, pour en mieux juger, voyez-les de plus près; Surtout que le sang parle et fasse son office. Approchez, Étéocle; avancez, Polynice....

Hé quoi ! loin d'approcher , vous reculez tous deux !

32 LA THEBAIDE.

D'où vient ce sombre accueil et ces regards fâcheux t N'est-ce point que chacun, d'une âme irrésolue, Pour saluer son frère attend qu'il le salue ; Et qu'affectant l'honneur de céder le dernier, L'un ni l'autre ne veut s'embrasser le premier? Etrange ambition qui n'aspire qu'au crime , Où le plus furieux passe pour magnanime ! Le vainqueur doit rougir en ce combat honteux; Et les premiers vaincus sont les plus généreux. Voyons donc qui des deux aura plus de courage, Qui voudra le premier triompher de sa rage.... Quoi ! vous n'en faites rien! C'est à vous d'avancer, Et, venant de si loin, vous devez commencer : Commencez , Polynice , embrassez votre frère ; Et montrez....

étéocle.

Hé , madame ! à quoi bon ce mystère ? Tous ces embrassemens ne sont guère à propos : Qu'il parle , qu'il s'explique , et nous laisse en repos.

POLYNICE

Quoi ! faut-il davantage expliquer mes pensées ? On les peut découvrir par les choses passées : La guerre , les combats , tant de sang répandu , Tout cela dit assez que le trône m'est dû.

ÉTÉOCLE

Et ces mêmes combats , et cette même guerre , Ce sang qui tant de fois a fait rougir la terre , Tout cela dit assez que le trône est à moi ; Et. tant que je respire, il ne peut être à toi.

POLYNICE

Tu sais qu'injustement tu remplis cette place.

ÉTÉOCLE

L'injustice me plaît, pourvu que je t'en chasse

POLYNICE

Si tu n'en veux sortir, tu pourras en tomber.

ÉTÉOCLE

Si je tombe, avec moi tu pourras succomber.

JOCASTE

0 dieux ! que je me vois cruellement déçue ! N'avois-je tant pressé cette fatale vue Que pour les désunir encor plus que jamais? Ah! mes fils ! est-ce là comme on parle de paix? Quittez , au nom des dieux , ces tragiques pensées ; Ne renouvelez point vos discordes passées ; Vous n'êtes pas ici dans un champ inhumain

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