‹ Œuvres complètesChapitre 69 sur 418 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Et qu'on dise partout, dans une paix profonde : n Alexandre vainqueur eût dompté tout le monde ; Mais un roi l'attendoit au bout de l'univers , Par qui le monde entier a vu briser ses fers. »

ÉPHESTION

Votre projet du moins nous marque un grand courage .

Mais, seigneur, c'est bien tard s'opposer à l'orage :

Si le monde penchant n'a plus que cet appui,

Je le plains , et vous plains vous-même autant que lui.

Je ne vous retiens point ; marchez contre mon maître :

>3 voudrois seulement qu'on vous l'eût fait connoître ;

JÈh ^ue la renommée eût voulu , par pitié ,

De s^ exploits au moins vous conter la moitié ;

Vous vei;^°z....

PORUS

Que verrois-je, et que pourrois-je apprendre Qui m'abaisse si fort au-dessous d'Alexandre ? Seroit-ce sans effort les Persans subjugués, Et vos bras tant de fois de meurtres fatigués? Quelle gloire, en effet, d'accabler la foiblesse D'un roi déjà vaincu par sa propre mollesse; D'un peuple sans vigueur et presque inanimé , Qui gémissoit sous l'or dont il étoit armé , Et qui , tombant en foule au lieu de se défendre , N'opposoit que des morts au grand cœur d'Alexandre? Les autres , éblouis de ses moindres exploits , Sont venus à genoux lui demander des lois -, Et leur crainte écoutant je ne sais quels oracles , Ils n'ont pas cru qu'un dieu pût trouver des obstacles Mais nous, qui d'un autre œil jugeons des conquérans , Nous savons que les dieux ne sent pas des tyrans; Et de quelque façon qu'un esclave le nomir.e , Le fils de Jupiter passe ici pour un homme. Nous n'allons point de fleurs parfumer son chemin : Il nous trouve partout les armes à la main ; voit à chaque pas s'arrêter ses conquêtes; Un seul rocher ici lui coûte plus de tètes , Plus de soins, plus d'assauts, et presque plus de temps, }ue n'en coûte à son bras l'empire des Persans, ïnnemis du repos qui perdit ces infâmes , u'ot qui naît sous nos pas ne corrompt point nos âmes, La gloire est le seul bien qui nous puisse tenter, 5t le seul que mon cœur cherche à lui disputer ; ï'est elle,...

68 ALEXANDRE

éphestion , en se levant.

Et c'est aussi ce que cherche Alexandre A de moindres objets son cœur ne peut descendre. C'est ce qui , l'arrachant du sein de ses États , Au trône de Cyrus lui fit porter ses pas , Et, du plus ferme empire ébranlant les colonnes, Attaquer, conquérir, et donner les couronnes. Et, puisque votre orgueil ose lui disputer La gloire du pardon qu'il vous fait présenter, Vos yeux, dès aujourd'hui témoins de sa victoire, Verront de quelle ardeur il combat pour la gloire : Bientôt le fer en main vous le verrez marcher.

PORUS

Allez donc : je l'attends, ou je le vais chercher. SCÈNE III. - PORUS , TAXILE

TAXILE

Quoi! vous voulez au gré de votre impatience....

PORUS

Non, je ne prétends point troubler votre alliance : Éphestion, aigri seulement contre moi, De vos soumissions rendra compte à son roi. Les troupes d'Axiane , à me suivre engagées , Attendent le combat sous mes drapeaux rangées; De son trône et du mien je soutiendrai l'éclat, Et vous serez, seigneur, le juge du combat; A moins que votre cœur, animé d'un beau zèle, De vos nouveaux amis n'embrasse la querelle.

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