VIII NOTICE SUR RACINE
les vers et la comédie, et à défaut des pièces de Corneille et de Racine, qu'elle n'osait faire jouer, elle en composait de détestables.... Mme de Maintenon voulut voir une des pièces de Mme de Brinon. Elle la trouva telle qu'elle était, c'est-à-dire si mauvaise, qu'elle la pria de n'en plus faire jouer de semblable, et de prendre plutôt quelque belle pièce de Corneille ou de Racine, choisissant seulement celles où il y aurait le moins d'amour. Ces petites filles représentèrent Cinna assez passablement pour deà enfants qui n'avaient été formées au théâtre que par une vieille religieuse. Elles jouèrent aussi Andromaque : et soit que les actrices en fussent mieux choisies ou qu'elles commençassent à prendre des airs de la cour , dont elles ne laissaient pas de voir de temps en temps ce qu'il y avait de meilleur, cette pièce ne fut que trop bien représentée au gré de Mme de Maintenon . et elle lui fit appréhender que cet amusement ne leur insinuât des sentiments opposés à ceux qu'elle voulait leur inspirer. Cependant comme elle était persuadée que ces sortes d'amusements sont bons à la jeunesse, qu'ils donnent de la grâce, apprennent à mieux prononcer, et cultivent la mémoire (car elle n'oubliait rien de tout ce qui pouvait contribuer à l'éducation de ces demoiselles, dont elle se croyait avec raison particulièrement chargée), elle écrivit à M. Racine, après la représentation d' Andromaque : « Nos « petites filles viennent de jouer votre Andromaque. et l'ont si « bien jouée, qu'elles ne la joueront de leur vie, ni aucune autre « de vos pièces. » Elle le pria, dans cette même lettre, de lui faire, dans ses moments de loisir, quelque espèce de poëme, moral ou historique, dont l'amour fût entièrement banni, et dans lequel il ne crût pas que sa réputation fût intéressée, parce qus la pièce resterait ensevelie à Saint-Cyr, ajoutant qu'il lui importait peu que cet ouvrage fût contre les règles . pourvu qu'il contribuât aux vues qu'elle avait de divertir les demoiselles de Saint- Cyr en les instruisant. Cette lettre jeta Racine dans une grande agitation. Il voulait plaire à Mme de Maintenon; le refus était impossible à un courtisan, et la commission délicate pour un homme qui, comme lui. avait une grande réputation à soutenir, et qui, s'il avait renoncé à travailler pour les comédiens, ne voulait pas du moins détruire l'opinion que ses ouvrages avaient donnée de lui. Despréaux, qu'il avait consulté, décida brusaue-