‹ Œuvres completesChapitre 103 sur 296 · V. CE QUE iNOUS DEVONS MLDITER · texte numérisé non relu

V. CE QUE iNOUS DEVONS MLDITER

bêtes : et dans le saint Sacrement, nous l'apercevons avec les yeux de la foi qui sont infaillibles , plus sûrs, plus purs, plus nobles, et à qui le Sauveur a donné la préférence.

4° Sur la terre, on ne pouvait être à toute heure avec lui , ni le voir ou lui parlera tout moment, on lecherchait, et quelquefois on ne le trouvait pas, mais dans le saint Sacrement, il est toujours avec nous, et nous pouvons être toujours arec lui; il no tient qu'à nous de lui parler et de l'entretenir sans cesse, et quand bon nous semble.

5" Sur la terre, on ne le possédait qu'extérieurement, il était au dehors de ceux qui l'aimaient; et par la sainte communion, il vient dans notre bouche, dans notre sein, dans notre estomac, dans notre cœur, nous l'avons au dedans de nous, nous nous unissons et nous incorporons intimement à lui.

6° Sur la terre, il ne s'est uni personnellemenfqu'une seule fois, et qu'à une seule nature humaine ; il ne s'est trouvé qu'en la Judée ; il n'a honoré de sa présence que fort peu de maisons; il n'a conversé qu'avec peu de personnes; il n'a demeuré parmi les hommes, il n'a souffert pour eux, qu'environ l'espace de trente ans; clans le saint Sacrement de l'autel, il s'incarne pour ainsi dire, et semble vouloir s'unir non - seulement hypostatiquement, mais substantiellement et une infinité de fois, à tous ceux qui le reçoivent dignement; il est présent presque par toute la terre; il entre chez tous ceux qui le demandent; il est libre à tout le monde de s'entretenir avec lui;; il réside parmi nous dans un état continuel d'humiliation et de souffrances , autant qu'il en est capable, depuis près de dix-sept cents ans, et il y résiderajusqu'à la consommation des siècles.

7° Sur la terre, les âmes de ceux qui l'écoutaient, se repaissaient de ses discours et de sa doctrine; dans le saint Sacrement nous nous nourrissons de sa propre chair, de son sang, de son âme, de sa divinité.

8° Sur la terre, il est offert visiblement une fois par le sacrifice sanglant, et sur nos autels il s'offre tous les jours par le sacrifice mystique.

De ,1a visite du saint Sacrement.

Est-il bon de visiter tous les jours le saint Sacrement ?

Sans doute; car, 1° c'est l'intention de Jésus-Christ qui s'y est mis; 2° de l'Eglise qui l'y conserve; 3° c'est un supplément de la sainte Messe quand on n'a pu l'entendre le matin, et comme un sacrifice du soir, pratiqué d'abord par les premiers fidèles; i° il est très-honorable à un sujet de faire ta cour à son roi; 5° et très-avantageux de pouvoir l'entretenir dans un temps où il est comme abandonné des autres; 6° Dieu fait grand cas d'être servi en esprit, en vérité et en foi ; 7° cette pratique renferme plusieurs actes des principales vertus chrétiennes.

De quelles vertus fait-on alors des actes?

1° De foi, caron n'y chercherait pas Jésus-

OEUVRES COMPLETES DE DE LA CIlETARDiE.

Christ, si on ne l'y croyait pas ; 2° d'espérance et de confiance, puisqu'on y a recours à lui; 3" d'amour, on visite ceux qu'on aime; k" de religion, on y répare l'injure des hérétiques et des impies ; 5° de zèle, on ne veut pas laisser Notre-Seigneur seul ; 6° de piété, on édifie le prochain; 7° de reconnaissance, on témoigne ressentir un si grand bienfait; 8" d'oraison, on va s'y recueillir; 9° d'adoration, on y va pour lui rendre hommage; 10° de prudence, on préfère cette visite à celle des créatures; 11° de justice, Jésus- Christ mérite cela par tant de titres ; 12° de force, on surmonte la nature attachée aux choses terrestres, et dégoûtée des biens spirituels; 13° de tempérance, on modère et on interrompt les occupations agréables aux sens.

Que doit faire un bon curé à ce sujet ?

Assorier quelques personnes pieuses de sa paroisse, en sorte qu'autant que faire se pourra, il y en ait toujours deux ou trois pour chaque heure du jour, qui comme députées du reste du peuple, soit toujours en respect et adoration devant le saint Sacrement, comme des lampes spirituelles, bien plus précieuses que tous les luminaires extérieurs.

De l'exposition du saint Sacrement.

Pourquoi expose-t-on le saint Sacrement ? 1° Afin d'exciter la religion des fidèles, et d'attirer le concours des peuples à venir adorer Jésus-Christ présent, et le remercier de ce grand bienfait ; 2" de réparer par cet hommage public l'irréligion des impies ; 3" d'exercer notre foi ; k' de lui rendre le tribut qui lui est dû; 5° de la laire hautement triompher de ses ennemis et de nos sens ; 6° d'animer par sa présence notre zèle, notre amour, nos prières, etc.; 7° d'accomplir la prophétie que le Messie s'appellerait Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous : ce que lui-même a confirmé, quand il a promis d'y être tous les jours jusqu'à la consommation des siècles; 8° résidant clans le tabernacle, cette prophétie s'accomplit : Ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux{Exod. xxv, 8); 9° et celle-ci, quand il est porté en procession, ou aux malades : Je dresserai mon tabernacle au milieu de vous, je serai votre Dieu, et vous serez mon peuple (Levit. xxvi, 11, 12); et ailleurs, exposant ce bonheur, l'Ecriture ajoute : El à présent voilà votre roi, qui marche au milieu de vous (Exod. xxxiii, 5); 10° et celle-ci, quand il est exposé : Sortez, filles deSion, et venez voir le roi Salomon assis sur son Irène, et couronné du diadème dont sa mère l'a orné au jour de son mariage, et de la joie de son cœur. [Gant, iii, 11.)

Pourquoi n expose-t-on pas ainsi les autres sacrements?

1° Jésus-Christ n'est en eux que par sa grâce et sa vertu, et non par lui-même, comme dans l'Eucharistie ; 2° ils ne sontque des éléments ou dépures créatures, soit naturelles, soit surnaturelles, qu'il ne faut pas adorer; 3" ils ne sont que dans leur usage, c'est-à-

dire dans le moment qu'on les administre et qu'on les opère, car auparavant ils n'existent que dans leur matière, et après ils ne subsistent que dans leurs effets; ainsi le baptême n'est sacrement, que quand actuellement on verse l'eau en prononçant les paroles ; hors ce moment, ou il n'est pas, ou il n'est plus; et l'Eucharistie est auparavant même qu'on en use, et Jésus-Christ dit : Ceci est mon corps, et cela fut vrai avant même qu'il le distribuât, ni qu'on le reçût, et persista d'être après qu'il eût prononcé les paroles, et même après qu'il l'eût distribué, si quelque particule resta.

Pourquoi l expose-t-on le jour de la fête des saints ?

l°Pour une plus grande solennité;2° Jésus- Christ est le principe d'où toute la grâce des saints a découlé ; il est la source, et eux les ruisseaux ; la souche, et eux les rejetons ; le soleil, et eux les rayons; le chef, et eux les membres; l'arbre, et eux les rameaux et le fruit : ainsi les enfants d'Israël, non-seulement portèrent une grappe de raisin de la terre promise, mais aussi le cep auquel elle éta it attachée ; 3° il est la couronne des saints, et c'est les dépouiller de leur ornement, que de les regarder séparés de Jésus-Christ : Qui croira, disnit Moïse àDieu, que nous sommes votre peuple chéri, si l'on ne vous voit avec nous? (Num. xiv, 13, 14.) Les soldats ne doivent-ils pas être avec leurcapitaine, les serviteurs avec leur maître, les enfants avec leur père, les courtisans avec leur roi ; k" il est l'époux des âmes fidèles, et la fête des saints le jour de leurs noces ; voit-on une épouse au festin nuptial qu'à côté de son époux f La reine, dit le prophète, est à la droite de son époux dans un vêtement pompeux et magnifique (Psal. xliv, 10); 5° c'est le jour de leur glorification et du banquet, où ils se délassent des fatigues de cette vie, assis à la table de Dieu : Que les justes se réjouissent, et quils fassent un festin en la présence du Seigneur (Psal. lxvii, k), dit le même prophète, et Jésus-Christ assure dans J'Evangile, qu'il les fera manger avec lui, au grand repas qu'il leur prépare dans son royaume. Que leroiait la bonté de venir avec ses officiers en ma maison, où je fais une fête (H Reg. xm, 24), disait Absalon à David son père; 6° leur béatitude qui consiste dans la vision, l'amour et l'union avec leur bienaimé,est mieux ainsi représentée, les considérant avec Dieu et toute la cour céleste; 7° et notre association avec eux, n'y ayant ainsi aucune différence entre eux et nous, sinon qu'ils voient ce que nous croyons, et que nous croyons ce qu'ils voient. 8° La piété en devient plus éclairée, car partageant nos devoirs entre Jésus-Christ que nous adorons, et ses saints que nous honorons, qui n'en voit l'extrême différence, et qui pourrait égaler la créature au Créateur, en présence même du Créateur? 9° enfin l'amour des saints envers Jésus-Christ est satisfait, car ils sont ravis de lui voir occuper les esprits et les cœurs au milieu de leurs solennités, où' il a plus de part qu'eux, qui n'y en ont aucune

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que par lui; de lui référer toute la gloire qu'on leur rend, toute la vénération qu'on leur pnrte, tous les vœux qu'on leur fait, étant visible qu'on ne les honore qu'à cause qu'ils sont les serviteurs et les amis de Dieu, qu'ils ont du crédit auprès de lui, et que ce ne sont pas tant les saints qui sont admirables en eux-mêmes, que Dieu qui est admirable en ses saints : et c'est dans cet esprit qu'autrefois on offrait le sacrifice sur leurs tombeaux.

Pratiques extérieures pour honorer le très-saint Sacrement.

Quelles sont les pieuses pratiques, dont on peut se servir pour témoigner son amour et sonrespect pour Jésus-Christ dans h très-saint Sacrement ?

Voici les plus utiles et les plus ordinaires :

1" Assistera la sainte Messe tous les jours.

2° Communier souvent sacramentellement, et très-souvent spirituellement.

3° Le visiter chaque jour.

k" Saluer tous les lieux où il repose quand on passe devant.

5° Aller aux saluts et bénédictions.

6° Accompagner le viatique quand on le porte aux malades.

7° Procurer autant qu'on peut que tout soit décent dans leur chambre.

8" En avoir chez soi quelque tableau ou image.

9° Célébrer dévotement le jour et l'octave de la Fête-Dieu.

10" Assister aux sermons qu'on fait en son honneur.

11° Solenniser particulièrement le jeudi saint, à cause de son institution.

12° Et tous les premiers jeudis du mois, même tous les jeudis de l'année, dans celte même vue.

13° Faire dire des Messes.

IV' Donner quelque ornement aux autels, quelque linge, dentelle, corporal, purificatoire, nappe, etc.

15° Quelques fleurs, quelques couronnes, quelques bonnes odeurs, de l'encens, une cloilietle, etc.

16° Fonder une lampe qui brûle devant jour et nuit.

17° Présenter à l'autel quelques cierges ou luminaires.

18° Lire des livres pieux qui en traitent.

19° Honorer particulièrement les saints et saintes qui y ont eu une dévotion singulière, qui en ont le mieux écrit, ou qui en ont senti des effets plus signalés, comme saint Thomas, sainte Catherine de Sienne, etc.

20" Instruire ou faire instruire les enfants pour la première communion, ou ceux qui n'en savent pas assez sur ce mystère.

21° Avoir soin que vos enfants, vos domesiiques, ou, en un mot, ceux qui dépendent de vous, l'honorent autant qu'ils doivent.

22* Contribuer à la, construction, ou au rétablissement des lieux saints destinés à la célébration du sacrifice.

23° Regarder comme un grand honneur de servir la sainte Messe, et le faire avec révérence et dévotion.

24° Se tenir quelquefois éloigné de l'autel par respect.

25° Donner de la farine de froment pour faire les hosties, le bois, les fers, etc.

26° Balayer ou faire balayer les églises, le marchepied, les parois, le pavé, orner les autels, et parer les rues de tapisseries et de fleurs, quand le saint Sacrement y doit passer.

27° Se mettre de la confrérie du Saint-Sacrement.

28° Honorer les ordres. religieux et les communautés, qui se dévouent particulièrement à son culte.

29° Donner des vases sacrés, surtout aux pauvres paroisses de la campagne, qui soient d'argent doré.

30° Prier Dieu qu'il donne de dignes ministres à son Eglise.

31° Aider quelqu'un à devenir un bon prêtre, quand il en est digne, et qu'il est bien appelé au sacerdoce.

32° Prier Dieu pour les séminaires où on les élève.

33° Réciter l'Office, ou du moins les litanies du saint Sacrement.

34° Empêcher autant qu'on peut les irrévérences qui se commettent dans les églises.

35° Honorer son corps comme un tabernacle vivant du saint Sacrement, et ne le profanant jamais par aucune immodestie.

36° Avoir une horreur toute spéciale de l'impureté, de la haine du prochain et de l'intempérance, comme étant des péchés très-opposés à la grâce de ce Sacrement auguste.

37° Recourir au saint Sacrement dans ses besoins , joies , adversités , tentations et peines, y aller consulter et prier Notre-Seigueur qui y réside, et répandre son cœur comme une autre mère de Samuel devant l'arche d'alliance.

38° En voyage, visiter le saint Sacrement en arrivant et en parlant de l'hôtellerie.

39° S'agenouiller, si on peut, et l'adorer quand on entend le signal de l'élévation, ou de la bénédiction, ou qu'on le porte aux malades.

Pratiques intérieures, ou vues religieuses pour profiler du saint Sacrement.

Suggérez-nous aussi quelques réflexions utiles pour tirer du fruit de la doctrine de V Eucharistie?

Vous pouvez faire les suivantes, et vous nourrir de la contemplation de ces mystères, en vous nourrissant de leur réception.

1° On connaît les qualités de la viande par la complexion de celui qui la mange, et on juge quel doit être le tempérament d'un enfant par la nature de l'aliment dont il se sustente : pourquoi donc, vous nourrissant de Jésus-Christ, ne découvre-t-on point en vous les vertus et les perfections de Jésus- Christ? Vous vous nourrissez d'une vie-

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time, et on ne voit rien de sacrifié en vous? Vous mangez une viande céleste et divine, et vous menez une vie humaine et terrestre? Vous vous repaissez d'un fruit qui doit vous donner autant de goût des biens spirituels, que de dégoût des temporels, et le contraire se vérifie en vous ?

2° Le pain et le vin sont détruits à la seule voix du prêtre, sans aucune résistance ; d'où vient que vos défauts subsistent depuis tant d'années, quoique Jésus-Christ vous parle si souvent? Faut-il que, pour être dune nature plus noble que les créatures insensibles, vous soyez moins soumis au Créateur, et que, pour avoir reçu de lui une volonté, vous lui soyez plus rebelle ?

3° Au moment que les paroles sacramentelles sont proférées, Jésus-Christ devient présent : pourquoi mettez-vous tant d'intervalle entre le commandement de vos supérieurs et l'obéissance que vous leur devez?

4° Jésus-Christ cache toutes ses grandeurs et toutes ses perfections sous les espèces sacramentelles, et ne paraît à nos yeux qu'un morceau de pain : pourquoi cachezvous vos défauts avec lantde soin pour ne découvrir que vos vertus?

5° Jésus-Christ, dans l'Eucharistie, uni aux accidents d'une substance morte, c'est-àdire du pain et du vin, opère par eux de grandes choses, puisqu'il nourrit notre âme, et même notre corps, ce que ces accidents seuls ne seraient pas même unis à la substance créée, à qui seule naturellement cette vertu appartient; et une âme qui met son appui, non en la créature, mais en Dieu seul , devient comme l'instrument de la toute-puissance divine, et fait non-seulement les mêmes choses qu'elle ferait avec le secours des créatures, mais encore davantage, et d'une manière toute merveilleuse : d'où vient donc que Jésus-Christ, qui s'unit si souvent à vous dans la communion, ne fait pas de grandes choses par vous et en vous, si ce n'est que vous n'êtes pas mort à vous ni aux créatures, et que vous ne vous appuyez pas uniquement en lui?

6U La divinité unie à l'humanité dans l'incarnation rendait les actions de Jésus- Christ théandriques, disent les théologiens, c'est-à-dire d'un prix infini et dignes d'être attribuées à un Homme-Dieu ; Dieu s'unit si souvent à vous par la communion, et cependant vos actions sont de si peu de valeur et d'un mérite si ravalé, et se sentent si peu d'une union divine et d'un principe si relevé.

7° Puisque Dieu ne détruit la substance du pain el du vin que pour substituer eu leur place le corps et le sang de Jésus-Christ, ne vous affligez pas quand vous perdez quel* ques biens temporels, Dieu ne vous les ôte que pour se mettre en leur place, et pour vous tenir lieu de ce que vous perdez.

8° Jésus-Christ, dans l'Eucharistie, pour vous marquer son amour, renverse l'ordre de la nature, et vous n'avez encore détruit

en vous aucune inclination vicieuse, pour lui marquer le vôtre.

9° Quoique les espèces sacramentelles soient corrompues, brûlées, rompues , le corps de Jésus-Christ uni à elles, ne l'est néanmoins pas, et il demeure tout entier, sans aucune lésion : quand vos biens eo perdent ou que votre santé s'altère , ou qu'on déchire votre réputation, que votre cœur ne se laisse point entamer, ni abattre, ni corrompre, ni briser par le fléau des adversités, ni consumer par le feu de? tribulations, et ne rompez pas vos bonnes résolutions ni vos pieuses pratiques.

10° Quoiqu'on divise les espèces sacramentelles, on ne divise point Jésus-Christ ; partagez tellement vos soins pour secourir le prochain, que vous ne partagiez point votre cœur entre la créature et le Oéateur: soyez toujours intérieurement uni à Dieu, sans que la multitude de vos occupations extérieures vous en sépare jamais, par la dissipation ou la distraction.

11° Jésus-Christ est tous les jours mangé dans l'Eucharistie, sans être anéanti, consumé ni diminué. Jésus sert de viande à tous, et il ne perd rien pour cela du sien : ne vous employez pas au service du prochain au préjudice de votre intérieur, ne soyez pas comme un flambeau qui s'use en éclairant les autres, ni le balais qui se salit en nettoyant la maison : appliquez-vous aux bonnes œuvres, mais sans détriment de votre propre perfection.

12° Toute la substance du pain est changée au corps de Jésus-Christ, et toute la substance du vin au sang de Jésus-Christ : ré* solvez-vous à changer tout entier et non en partie ; que votre conversion soit totale et universelle, du péché a la grâce; du mal au bien, de l'état imparfait à l'état parfait, de l'être humain à l'être divin, de la vie lâche, sensuelle et immortifiée, à la vie fervente, pénitente et mortifiée.

13° Jésus-Christ est tout en l'hostie, et tout en chaque particule de l'hostie consacrée, ce qui est une manière d'être propre aux substances spirituelles ; ainsi la parole se communique à tous les auditeurs, et l'âme à tous les membres, sans se diviser : soyez par amour tout à tous, soyez parfait dans les plus petites choses, soyez un homme spirituel, ou plutôt, si vous voulez parfaitement imiter Jésus au saint Sacrement, soyez tout esprit.

14° Jésus-Christ ne se contentant pas de savoir vos misères par la connaissance qu'il a de toutes choses, veut encore lui-même venir du ciel en terre, entrer dans votre poitrine , et descendre au fond de votre cœur afin de les voir, pour ainsi dire, de ses propres yeux, et comme pour eu être plus assuré et plus louché, la misère présente frappant davantage que la misère absente : soyez témoin vous-même de la misère des pauvres, entrez da'is leurs chétives maisons, descendez au fond des cachots et des [irisons; allez dans les hôpitaux, considérez de vos yeux leur nécessité, touchez leurs

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plaies, sentez leur puanteur ; écoutez leurs cris, soyez-leur une mère charitable, ne cédez point à un autre le mérite des bonnes œuvres, ne les commettez point à la mamelle d'une nourrice étrangère.

15° Jésus-Christ, dans l'Eucharistie, supporte les espèces sacramentelles , et n'est supporté d'aucun sujet; supportez tout le monde, et ne soyez à charge à personne.

16° Comme une petite pluie abat un grand vent, la rosée du sang de Jésus-Christ apaisa l'orage de la colère de Dieu sur vous; n'apaisera-t-elle pas vos emportements et vos violences, vous asseoirez-vous à cette table de paix , sans manger de ce pain d'unité ?

17° La substance du pain et du vin est détruite et changée au corps et au sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ; détruisez ce qu'il y a de grossier et de terrestre en vous, si vous voulez faire paraître en vous l'opération de ce pain vivifiant.

18° L'Eucharistie est le pain des anges, mais accommodé et proportionné à la faiblesse humaine; menez une vie spirituelle et dégagée de la chair et du sang, si vous voulez participer à la force de ces esprits bienheureux.

19° Jésus-Christ entrant dans le cœur des hommes par la communion, les consacre et les porte à procurer la gloire de Dieu ; ne les profanez pas en y entrant par les affections humaines, et ne cherchez pas à y établir votre propre estime.

20° Les seules apparences du pain et du vin demeurent après la consécration, et non la substance, qui fait place à Jésus-Christ ; ne travaillez pas tant à vous donner le dehors de la vertu qu'à en acquérir le fond. Ayez un extérieur pauvre, et un intérieur riche.

21° Après la consécration, les accidents du pain et du vin ne sont plus soutenus d'aucun sujet créé, mais de Dieu seul : soyez détaché et séparé de toutes les choses terrestres , puisque vous êtes consacré à Dieu en tant de manières, et ne vous appuyez qu'en lui.

22° Dieu même s'est bien voulu imposer l'obligation d'obéir à la voix de l'homme : proliiez d'un si grand exemple, soumettez votre esprit, et pliez votre volonté sous le joug de l'obéissance que vous devez aux lois de Dieu. Extirpez de vous l'amour de l'indépendance, l'attache à votre sens, et toute l'affection déréglée envers quelque objet que ce soit, car ce sont les trois sources de touie désobéissance.

23° Jésus-Christ se soumet à toutes sortes de prêtres bons et mauvais : obéissez à toutes sortes de supérieurs, sans regarder leurs talents ni leurs discours, mais uniquement l'autorité de Dieu en eux. Ce divin Sauveur a voulu que l'obéissance fût comme le fondement de toutes les grâces qu'il nous a méritées, et par là nous faire comprendre que nousdevions, à son imitation, établir sur l'obéissance tout l'édifice de la perfection chrétienne : or comme il n'a passé un moment de sa Yie sans obéir à Dieu son Père,

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