POUR LE VENDREDI
Son obéissance.
Adorez Jésus-Christ, qui continue de rendre à son Père dans l'Eucharistie, la même obéissance qu'il lui rendit dans sa Passion, le sacrifice de l'autel n'étant qu'une rénovation et une continuation du sacrifice de la croix ; dans son immolation sanglante, il se livra à la discrétion de ses ennemis, dans son immolation mystique il s'abandonne à la volonté de ses amis.
Réjouissez-vous de ce que le sacrifice de votre rédemption dure toujours et ne finit point; de ce que le sang de Jésus-Christ coule sans discontinuation, et ne cesse de crier miséricorde pour vous ; de ce que la désobéissance de votre premier père à manger du fruit ue mort est si avantageusement expiée par l'obéissance de ce nouvel Adam : une volonté déréglée suivie, et un plaisir défendu goûté, fut le commencement de ;notre perle; une volonté soumise, et une croix acceptée est le commencement de notre salut; dans la volonté rebelle d'Adam, la volonté de tous ses enfants désobéissants fut renfermée; dans la volonté soumise de Jésus-Christ, la volonté de tous les fidèles disciples. fut comprise ; Adam fut désobéissant jusqu'à la mort, et Jésus-Christ obéissant jusqu'à la mort. Nous avons tous été déclarés ennemis de Dieu en la personne d'Adam, nous avons tous été réconciliés à Dieu en ia personne de Jésus-Christ : nous avons ratifié la désobéissance d'Adam par des actes bien .délibérés, sitôt presque que nous avons eu l'usage de la raison, ratifions l'obéissance de Jésus-Christ.
Admirons- la cette obéissance; qu'elle est fréquente, qu'elle est ponctuelle, qu'elle est longue, qu'elle est constante, qu'elle est aveugle, qu'elle est universelle!
1° Elle est fréquente; il n'y a moment ni lieu où incessamment il ne s'assujettisse à la volonté d'autrui, et n'en pratique plusieurs actes, sans qu'aucun ennui, dégoût, lassitude, l'oblige à rien relâcher de sa ferveur, promptitude, exactitude.
•r Elle est ponctuelle; au même instant qu'on parle, il obéit; nul temps, ni difficulté, ni répugnance, ne l'arrête.
3° Elle est longue, elle dure depuis dixsept cents ans, elle durera jusqu'à la fin du monde, et quelque longue que soit la vin
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d'un méchant prêtre, quelque sujet qu'il ait de ne lui pas obéir, il ne se relâche jamais.
k° Elle est constante, il obéit toujours, il n'a jamais manqué, et ne manquera jamais de venir très-sûrement sur nos autels, toutes les fois que le prêtre, quelque méchant qu'il soit, prononcera les paroles sacramentelles, Dieu obéissant ponctuellement à la voix de l'homme. Sur la terre, passible, mortel et enfant, il se soumit à ses parents ; dans le ciel, glorieux, ressuscité, homme parfait, il se soumet à ses enfants, et partout il est une victime d'obéissance.
5° Elle est aveugle, il se soumet indifféremment à toutes sortes de supérieurs, c'est-à-dire de prêtres, bons et méchants, savants et ignorants, riches et pauvres ; ils le produisent, ils l'immolent, ils le sacrifient, en quel temps et en quels lieux ils lejugent à propos; ils le donnent à qui bon leur semble, aux grands et aux petits, aux saints et aux pécheurs, à ceux qui le haïssent et à ceux qui l'aiment, sans qu'il résiste ni dise mot, sans qu'il témoigne ni joie, ni répugnance, ni peine, ni plaisir : ne sont-ce pas les marques de la plus exacte obéissance, et du plus parfait sacrifice de soi-même, et de sa propre volonté qui fût jamais.
6° Elle est universelle, il se laisse mettre à toutes sortes d'usages; selon qu'il plaît à ses ministres, ils le montrent, ils le serrent, ils l'exposent, ils le voilent, ils le donnent, ils le refusent, ainsi qu'ils le trouvent bon, et ce n'est pas sans mystère que quand il apparaît miraculeusement dans la sainte hostie, comme du temps de saint Louis, c'est d'ordinaire sous la forme d'un petit enfant.
Faites-nous respecter votre autorité, Seigneur, dans ceux que l'ordre de votre providence nous donne pour supérieurs, afin que nous trouvions dans le mérite de l'obéissance que nous rendrons aux hommes, l'autorité de commander à nos passions.
Souverain prêtre et victime tout ensemble, vous n'avez offert qu'une l'ois le saciitice mystique, et vous ne vous êtes offert qu'une fois par le sacrifice sanglant, mais vous n'avez pas moins été victime que prêtre dans l'une et dans l'autre de ces deux actions ; le Cénacle et le Calvaire ont été les lieux et les autels, où vous avez également, quoiquedifféremment, exercé votre sacrilice, et répandu votre sang. Ah ! faut-il que nous vous imitions si mal et que vous sacrifiant tous les jours, nous ne nous immolions jamais.