POUR LE JOUR DE LA FÊTE
Sa charité.
Adorez Jésus-Christ au milieu de ses apôtres, instituant l'Eucharistie dans le cénacle, où la charité étincelle de toutes parts.
Admirez son amour envers vous, et le regardez comme la cause unique et véritable de l'établissement de ce Sacrement auguste : en effet, ce n'est ni la nécessité qui l'y oblige, il est libre, et nul ne l'y peut contraindre, Personne ne m'immole que moi-même (Joan. x, 18), dit-il dans son Evangile, ni la bienséance, aucune loi ne l'y engage, ni nos mérites, nous n'en avions point, et il prévoyait nos ingratitudes et nos sacrilèges, ni l'ordre écrit dans son Père : c'est donc son pur amour pour vous qui l'y porte.
Ajoutez à cela que sa mort sur le Calvaire pouvait être imputée ou à une nécessité naturelle, ou à la cruauté des Juifs, ou à la justice divine qui voulait être satisfaite, et qui avait mis sur lui le fardeau de nos iniquités : mais tout cela n'a point lieu dans son sacrifice mystique : Il s'est offert parce qu'il l'a voulu. (Isa. lui, 7.)
I. Considérez le temps qu'il prit pour vous faire ce grand présent. Saint Jean écrit que ce fut avant la fêté de Pâques, lorsqu'il était sur le point de passer de ce monde à son Père. Saint Paul assure avoir appris de co divin Sauveur que <e fut la nuit mêmeei
laquelle il fut trahi et livré aux: Juifs : l'Eglise pèse cette circonstance au moment qu'elle va renouveler.ee redoutable mystère sur nos autels, et elle rapporte avec étonnement que Jésus-Christ, la veille de sa Passion, prit le pain dans ses saintes et adorables mains, pour le changer en son corps, c'est-à-dire qu'il se donna aux hommes, non pas quand ils voulaient l'élire roi , mais lorsqu'ils cherchaient à le faire mourir, qu'ils avaient résolu de se séparer de lui pour jamais, et de ne le voir plus : c'est dans ce moment même que Jésus-Christ leur prépare un aliment qui leur communique une vie éternelle et divine; un remède qui les préserve de la corruption et de la mort; un moyen qui l'engage à demeurer avec eux jusqu'à la consommation des siècles. Que fais-tu , Juif inhumain I Judas , pourquoi conspires-tu ma perte 1 si c'est mon sang dont tu suis altéré, viens étancher ta soif, voici que je le répands moi-même, et que je m'immole pour toi.
II. Considérez les circonstances dans lesquelles Jésus-Christ institua ce Sacrement : ce fut, 1° dans un festin, qui est l'action de la vie que les amis choisissent pour témoigner davantage leur tendresse à leurs amis, et qui est regardée comme le gage le plus établi et le plus certain d'une parfaite amitié ; 2° dans l'endroit du repas où on se laisse le plus ordinairement aller aux sentiments de joie et d'affection : car ce fut sur la fin; 3° dans le dernier repas, comme pour les embrasser et leur dire un éternel adieu; 4° pendant lequel il lava les pieds de ses apôtres : n'est-ce pas ainsi que sainte Madeleine toute brûlante de charité, lui témoigna son amour ? 5° et qu'il permit à saint Jean de se reposer sur sa poitrine, expression des saintes privautés d'une âme communiant dignement, et enivrée de ce vin mystérieux.
III. Considérez les paroles dont il se servit en vous faisant ce grand don : il dit à ses disciples qu'il avait ardemment désiré toute sa vie d'en venir à ce dernier banquet avec eux, et avant que de souffrir pour eux: qu'il les aimait comme son Père même l'aimait, et qu'il ne pouvait leur en donner une plus grande marque qu'en mourant pour eux, ainsi qu'il allait faire : qu'il voulait être uni à eux comme la vigne l'est au sarment, alin de leur communiquer sa nropre vie, et leur faire produire les mêmes fruits dans son Eglise ; que tout ce qu'ils demanderont en son nom à son Père, ils l'obtiendront; qu'il ne les abandonnerait jamais, et qu'il ne les laisserait pas orphelins; qu'il leur enverrait le Saint-Esprit qui les consolerait de son absence sensible, qu'elle serait de peu de durée; que s'ils gardaient ses commandements, il se manifesterait à eux, et qu'il viendrait demeurer en eux avec le Père et le Saint- Esprit ; que s'il s'en allait au ciel, c'était pour leur y préparer la place, et donner ordre à ce grand banquet, où il les invitait ; que là il leur découvrirait sa gloire, celte gloire dont il jouissait avant la constitution de l'univers et des siècles ; que le monde les persécute-
rait, mais qu'ils se consolassent, puisque lui-même en avait été persécuté, et que leurs persécutions passagères se changeraient en une joie éternelle, qu'il leur donnait sa paix, et qu'il voulait qu'ils s'aimassent intimement les uns les autres ; que leur ayant découvert tous ses secrets et tous ses mystères, il ne voulait plus être qu'un même cœur avec eux, comme il n était qu'une même chose avec son Père , afin qu'ils fussent tous consommés en eux.
IV. Considérez la manière dont il vous fit ce grand présent : il vous le légua par testament, qui passe pour l'acte le plus authentique et le plus solennel de la vie, le plus exempt de préoccupation, et le miroir le plus fidèle de nos inclinations, qui contient le plus tendre témoignage de l'amour du père envers ses enfants , de l'époux envers l'épouse. Combien donc précieuse vous doit être cette donation, puisqu'elle fut, 1° réelle des biens propres de Jésus-Christ, de son corps et de son sang, il n'avait que cela en ce monde, sa pauvreté l'avait dépouillé de tout le reste, sa charité l'oblige à vous les départir auparavant que les Juifs s'en emparent ; 2° intime et cordiale, il se transforme en vous: Mangez et buvez; 3" effective, il s'oblige de souffrir la mort pour vous : Prenez ce corps qui sera livré pour vous (Luc. xxn, 19) : Prenez ce sang qui sera répandu pour vous (Marc, xiv, 24), et il vous en applique dès lors et par avance le mérite et la vertu, c'est-à-dire la rémission des péchés : Prenez ce corps qui est donné pour vous : Buvez ce sang qui est épanché pour la rémission de vos péchés (Matth. xxvi , 26-28), et par cette rédemption anticipée, il vous rétablit dans l'ordre de la grâce et de la gloire; 4° irrévocable, il vous la laisse par testament, qui est la chose du monde la plus sacrée et la {dus inviolable, et à laquelle il n'est jamais permis de toucher; 5° tixe et immuable, il la confirme par l'effusion de son sang, et la scelle de sa mort, au lieu que les dispositions de l'Ancien Testament pouvaient être révoquées, le testateur n'étant pas mort, comme il l'est dans le Nouveau ; 6° stable et permanente, il la nomme éternelle, se commettant en ce monde, et se consommant en l'autre; 7° incontestable , 'car afin que la crainte d'un autre testament ne vous troublât point, il l'appelle son Testament nouveau, qui abroge l'ancien qui vous était contraire, et qui contient sa dernière volonté, laquelle ne vous peut être plus favorable ; 8° présente, car pour ne vous faire pas languir dans l'attente de ce riche héritage, il vous en met actuellement en possession, en vous mettant tout ensemble entre les mains le titre original de cette donation testamentaire : Prenez et mangez, ceci est mon corps : Prenez et buvez, ceci est mon sang. Le sang du Testament nouveau et éternel, que je vous laisse en mourant, et qui, découlant de mes plaies ouvertes, vous ouvre le ciel.
C'est pour nous donner la vie, Seigneur, que vous vous êtes fait notre remède' et notre aliment, et que vous vous êtes mis en
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état de mort dans la sainte Eucharistie, et rien ne nous empêchera de profiter de cette viande céleste, si nous voulons vivre comme vous avez vécu, et si nous ne voulons plus commettre les péchés pour lesquels vous êtes mort.
Seigneur , faites-nous détester le péché pour l'expiation duquel vous êtes mort; faites nous conserver la pureté que votre sacrifice nous a rendue; faites-nous aspirer au ciel que vous nous avez ouvert par votre sang-, et pour nous rendre dignes de l'héritage que vous nous avez promis, faites-nous observer toutes les conditions de votre testament.