POUR LE LUNDI
Son zèle.
Adorez Jésus-Christ au saint Sacrement, embrasé de zèle pour l'honneur de son Père, étant là dans un état continuel de sacrificateur et de sacrifice , de prêtre et de victime : s'humiliant, s'abaissant , se détruisant, se consumant, et quasi s'anéantissant devant son Père, pour faire hommage à sa grandeur, pour apprendre aux hommes le respect qu'ils lui doivent , et pour donner aux anges qui le voient immolé sur l'autel , un aussi grand sujet d'étonnement , que quand ils le virent couché dans la crèche ou étendu sur la croix.
Admirez-le en cet état, supportant volontiers les mépris, les affronts et les injures qu'on lui fait, par le désir ardent qu'il a d'honorer et de glorifier son Père , sachant bien que la grande marque de l'amour est d'endurer.et de mettre sa vie, sa réputation, et ce qu'on a de plus cher pour la personne aimée.
I. Rien ne s'opposait à ce que dans l'Eglise on offrît le sacrifice à Jésus-Christ, qui était en droit de l'exiger, cependant il n'a pas voulu qu'on lui ait rendu cet honneur, il l'a réservé à son Père, de peur, dit saint Augustin, qu'on ne confondît encore la créature avec le Créateur , la nature divine avec la nature humaine, l'homme avec Dieu, l'humanité avec la divinité, à laquelle seule on peut déférer ce culte suprême. Jésus, jaloux de la gloire de son Père , a mieux aimé immoler ses propres droits, que de ne pas assurer ceux de son Père; il a mieux aimé paraître sur nos autels comme le prêtre qui
offre, que comme le Dieu à qui on offre : comme la victime qu'on sacrifie ,'/.[ue,comme la Divinité à qui on sacrifie.
II. Ne pouvant plus- réellement mourir, ni s'immoler pour procurer la gloire de son Père , parce qu'il est devenu immortel, ni témoigner ainsi encore son zèle et son amour envers lui , ni envers nous , il a trouvé une nouvelle façon de mort et de sacrifice dans l'Eucharistie, soit en représentant celle qu'il endura sur la croix , soit en perdant son être sacramentel par la consomption des espèces, comme il l'avait acquit par la consécration, qui lui avait donné comme une nouvelle naissance, afin que par cette destruction et cette perle, ou plutôt par cet acte de victime qui se consume ellemême , ainsi que par un sacrifice perpétuel et toujours nouveau, il honorât sans cesse son Père, et donnât des preuves continuelles de son zèle, de son respect, de son amour, de sa soumission, de sa dépendance.
III. Ressentant les injures que nos crimes font à son Père, il s'est mis dans l'Eucharistie, premièrement pour les empêcher par sa présence, qui sans doute refrène beaucoup les pécheurs; en second lieu, pour les détruire par la communion qui garantit de la mort spirituelle , comme une bonne viande, et un excellent remède , préservant de la mort corporelle; enfin pour les réparer par ses hommages continuels, rendant à son Père jour et nuit au saint Sacrement la gloire que les impies veulent lui ravir par leurs crimes, s'offrant sans cesse comme une hostie de propitiation pour l'expiation de leurs offenses , et réparant ainsi l'injure par l'honneur, le blasphème par la louange, le mépris par le respect, la haine par l'amour, l'impiété par la religion.