POUR LE MARDI
Sa pauvreté.
Adorez Jésus-Christ naissant dans une pauvre étable en Bethléem , c'est-à-dire maison de pain, devenu sur nos autels, que cette crèche figurait, le vrai pain de l'homme et la manne descendant du ciel.
Admirez-le instituant l'Eucharistie dans une maison, et dans une salle empruntée, n'en ayant point en propre : il n'avait que son corps et son sang, il vous les donne dans ce mystère.
Remerciez-le de ce qu'étant riche dans le ciel, il se fait pauvre sur la terre pour l'amour de vous, afin de vous donner ce qu'il s'ôlait à lui-même, et de vous enrichir par sa pauvreté, comme assure l'Apôtre; car se donnant à vous dans l'Eucharistie, il a épuisé ses trésors.
Louez Jésus-Christ, le pain vivant et vivifiant, de ce qu'il satisfait si pleinement pour l'horrible convoitise de vos premiers parents, qui crurent ne posséder rien quoiqu'ils eussent tout, s'ils n'étendaient encore la main sur le seul fruit, dont Dieu leur avait inter-* dit l'usage; transgression qu'ils estimèrent peu, parce qu'ils ne considérèrent pas que
le prix de l'obéissance est en elle-même, et non dans l'objet.
Attendrissez - vous voyant Jésus-Christ dépouillé de tout à la croix, dont l'Eucharistie est le mémorial.
I. N'est-ce pas une pauvreté sans exemple, de voir le Fils de Dieu, le Roi du ciel et de la terre, être souvent logé dans la plupart des églises , comme dans d'autres étables de Bethléem, découvertes , délabrées, tombant en ruine ; être renfermé dans un vil tabernacle, rompu et entr'ouvert, parmi la poussière et les araignées; être mis dans des vaisseaux d'étain, de cuivre et de plomb; être enveloppé dans des linges si grossiers, si sales et si déchirés, qu'une personne honnête aurait peine de s'en servir à ses propres usages; mais que dire de la pauvreté intérieure, et de l'indigence spirituelle de ceux qui le reçoivent dans un cœur dénué de vertu et de tous bons sentiments.
II. Il n'est revêtu dans l'Eucharistie que des seules espèces sacramentelles, qui sont des vêtements encore plus chétifs et plus méprisables, que les drapeaux de son enfance, et que les vils haillons dont on le couvrit dans sa Passion ; il y est souvent abandonné et laissé seul, sans que personne aborde ses autels ni lui tienne compagnie, souffrant en cela le sort des pauvres, qu'on ne fréquente point, et qu'on ne visite jamais.
III. Il ne refuse pas dans ce même esprit de pauvreté, d'aller dans les plus méprisables cabanes, de résider dans les hôpitaux, d'entrer dans la bouche, et de descendre dans l'estomac des plus pauvres et des plus abjectes personnes du monde, afin sans doute d'expier les péchés que l'avarice nous fait si souvent commettre; de nous apprendre a mépriser les biens trompeurs du monde que nous recherchons tant, et de nous mériter, par cette extrême pauvreté, les biens éternels que nous désirons si peu , ne songeant pas que pour monter au ciel et nous asseoir à la table des anges, il faut ainsi qu'Elie nous dépouiller de tout, même de notre manteau.
Soyez vous-même notre trésor t-t nos richesses, Seigneur , et nous mépriserons les biens et les richesses de la terre, soit que nous les ayons, soit que nous ne les ayons pas; faites-nous connaître que vous seul êtes tout notre bien, qu'en vous possédant nous ne pouvons être pauvres, quoique tout le reste nous manque, et que quand tout le monde serait à rmus, nous ne pouvons être riches si nous ne vous avons pas.