‹ Œuvres completesChapitre 119 sur 296 · DE LA FÊTE DE SAINTE MADELEINE · texte numérisé non relu

DE LA FÊTE DE SAINTE MADELEINE

(22 juillet.)

Dit es -nous quelque chose de cette grande sainte ?

1° C'était une dame de qualité, belle, jeune, noble, riche; mais si plongée dans le désordre, qu'on la nommait la pécheresse. 2° Le Lazare était son frère, et Marthe sa sœur. 3° Ils avaient outre un château nommé Magdalon, une maison en Béthanie, village distant d'une petite lieue de Jérusalem. 4° Jésus-Christ dînant chez un pharisien nommé Simon, qui avait aussi une maison en Béthanie, Madeleine touchée d'un vif sentiment de componction et de pénitence, vint se jeter aux pieds du Sauveur ; elle les arrosa de larmes, les essuya de ses cheveux, et fut la première qui ne recourut è ce divin Mé lecin que pour en obtenir la guérison spirituelle. 5U Le pharisien pensa en soimême que si Jésus-Christ était un prophète, il saurait quelle femme le touchait et ne le souffrirait pas : mais le Sauveur lui découvrit sa pensée, et lui dit que cette femme avait obtenu la rémission de ses péchés, à cause de son ardente charité. 6° Jésus-Christ chassa sept diables de cette femme, qui en était possédée, quoique apparemment celte possession ne parût pas. 7" Elle suivit Notre- Seigneur avec la sainte Vierge et d'autres femmes pieuses dans ses missions, l'assistant et ses apôlres de son bien. 8° Elle eut le bonheur de le recevoir souvent chez elle en Béthanie, où laissant à sa sœur Marthe le soin de repaître le Sauveur, elle ne s'occupait uniquement qu'à se repaître elle-même du Sauveur, qui décida le célèbre différend de ces deux saintes sœurs en faveur de Madeleine, disant à sa louange qu'elle avait choisi la meilleure part, donnant à entendre que la vie contemplative, dont Madeleine

ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CliETARDIE.

iaisait profession, excellait par-dessus la vie active que Marthe représentait, mais que l'une el l'autre orneraient son Église, dont leur maison fut la. figure. 9° le Sauveur voulut bien donner des larmes à l'aiili» lion où il vitMaieleine de la mort du Lazare, qu'il ressuscita particulièrement à sa considération. 10° La veille du jour des Rameaux elle lui prépara un festin de cérémonie dans la maison de Simon en Béthanie, et au milieu du repas elle oignit ses pieds sacrés, et versa sur sa tête un vase plein d'une liqueur précieuse et odoriférante d'un très-grand prix, ce qui, en ce temps-là, était la marque d'uji souverain honneur; et comme Judas murmurait de cette profusion, Jésus-Christ prit la défense de Madeleine, et dit qu'elle avait fait en cela une bonne œuvre, et fort à propos, puisque étant sur le point de sa Passion, il semblait que par un secret instinct elle voulût oindre son corps comme on faisait celui des morts, et prévenir le temps .de sa sépulture : qu'au reste partout où l'on prêcherait l'Evangile, on publierait l'action religieuse de Madeleine, en reconnaissance de l'ardente charité qu'elle lui témoignait. 11° Il y a apparence qu'elle le suivit dans sa Passion, et qu'elle était du nombre de ces pieuses femmes qui pleuraient après Notre- Seigneur sur le chemin du Calvaire. 12° EUe se tint avec la sainte Vierge au pied de la croix, et elle vit comment on descendit le sacré corps de celui qu'elle aimait tant, et comment on le posait dans le sépulcre. 13° Elle passa le jour de Pâques dans une tristesse inexplicable, et dès le grand matin du lendemain elle partit du logis avec ces autres pieuses femmes ses compagnes, pour aller embaumer le corps d3 son Sauveur, et le lier avec des bandelettes, selon la coutume des Juifs : trouvant le sépulcre ouvert et vide, elle courut tout alarmée dite à saint Pierre et aux apôtres qu'on avait enlevé le corps de son Seigneur. 14° Saint Pierre, saint Jean, et les autres femmes, ayant abandonné le sépulcre où le corps du Sauveur n'était [dus, elle demeura seule assise sur la pierre qui en avait fermé l'entrée, fondant en larmes; mais comme elle regardait toujours dans cette grotte; elle vit deux anges vêtus de blanc, l'un à la tète et l'autre aux pieds, qui lui dirent : Femme, pourquoi pleurez-vous? Elle était si transportée d'amour et de douleur, que sans s'étonner elle leur répondit : C'est qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis? Dans ce moment s'étant tournée, elle vit Jésus-Christ qu'elle ne connut pas, et qu'elle prit pour le jardinier du lieu, qui lui demanda : Qu'avez-vous à pleurer? qui cherchez-vous? A qui elle répliqua: Seigneur, si c'est vous qui l'avez pris, ditesmoi où vous l'avez rais, et je l'emporterai. Alors le Sauveur l'appelant par son nom de Marie, elle le reconnut, et s'étant jetée à ses pieds, elle reçut ordre de lui d'aller annoncer sa résurrection à ses disciples, qu'il appela ses frères, de sorte qu'elle eut le bonheur de voir la première Jésus-Christ res-

suscité, et d'en porter la nouvelle aux apôtres, nommée à cause de cela par les Pères, l'apôtre des apôtres, et la réparatrice du péché d'Eve, laquelle fut une messagère de mortau premier homme, qui crut le mensonge qu'elle lui apporta ; et les disciples ne voulaient pas ajouter foi à celle qui leur annonçait la vérité. 15° Le matin même de l'Ascension, Jésus-Christ vint en Béthanie, et de là sur le mont des Oliviers, où elle le vit monter au ciel. 16° S'étant mise en retraite avec la sainte Vierge et les apôtres, elle reçut le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, sans doute avec une grande profusion. 17° La tradition porte qu'ensuite elle se retira avec la sainte Vierge à Ephèse, sous la conduite de saint Jean, après quoi on tient qu'ayant été mise dans un vaisseau par les Juifs, sans pilote ni provision, avec son frère Lazare, et sa sœur Marthe, ce navire vint surgir heureusement en Provence, que Lazare fut évêque de Marseille, que sainte Marthe vécut à Tarascon en une espèce de communauté de tilles vertueuses, et que Madeleine se retira dans un désert sur une montagne appelée la Sainte-Baume, où elle mena une vie tout angélique, et où elle mourut en vraie amante de Jésus-Christ.

18° Sa vie a toujours été regardée comme un modèle parfait de pénitence : çt sa mémoire est devenue chère et précieuse à tous les fidèles qui ne peuvent penser à elle sans en ê re touchés et édi ries, sans l'aimer, sans la remercier des services qu'elle à rendus à Jésus-Christ, sans l'estimer bienheureuse, et sans se sentir poriés à des sentiments de pénitence, de confiance et d'amour envers Dieu.

Que remarquez-vous dans l'Evangile au sujet de sa conversion?

1° Sa promptitude el sa ferveur; elle vint d'abord au Sauveur; 2° son humilité; elle se jeta à ses pieds; 3° ses larmes; elle les arrosa; 4-° son respect; elle les essuya ; 5° son amour; elle les baisa ; 6° son mépris du monde, duquel elle se moqua ; 7° ses œuvres satisfactoires; elle les représenta par l'usage saint qu'elle fil de ses cheveux, de ses yeux, de sa bouche, de ses parfums et de son bien, en réparation de l'abus qu'elle en avait fait ; parle repas qu'elle donna à Notre-Seigneur et à ses disciples, et par le baume qu'elle répandit, figures des actions de charité, des vertus et des bonnes œuvres que les personnes de son sexe exerceraient sur le corps mystique du Fils de Dieu et de la bonne odeur qu'elles répandraient dans l'Eglise; 8° sa persévérance et sa pénitence, aussi longue que sa vie.

Que devons-nous demander ?

1° L'horreur des vanités et de l'impureté; 2° Pesprit de componction et de satisfaction; 3° l'amour ardent de Jésus-Christ; 4° Je désir de la retraite, de l'oraison et de la vie cachée ; 5° le secours de celle sainte, quand on nous administre l'extrême-onction.

CATECHISME ï>E COURGES. - PAKT.

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