DE LA FÊTE DE LA VISITATION
(2 juillet.)
Pourquoi l'Eglise a- 1- elle institué celte fêle?
En l'honneur de l'humble et charitable visite que Marie, pour lors enceinte de Jésus, rendit à sa cousine Elisabeth, enceinte de sa:nt Jean-Baptiste, et des grands mystères qui s'opérèrent dans celte entrevue.
Que nous en dit le texte sacré?
Qu'en ces jours-là , c'est-à-dire peu de temps après l'Annonciation (auquel aussi célébrerait-on cette fête sans les solennités qui l'occupent), Marie, partant de sa maison, traversa en diligence les montagnes, et se rendit en une ville de Judée , où elle entra dans la maison deZacharie,et salua Elisabeth; celle-ci, à ce salut, fut remplie du Saint- Esprit; l'enfant qu'elle portait tressaillit
dans son ventre, et, transportée d'un mouvement divin, elle se mit à exalter les mérites de Marie et les bénédictions qu'elle recevrait du genre humain.
Que remarquez vous dans cette visite ?
1° L'humilité de celle, qui étant la reine du ciel et de la terre, et la Mère de Dieu même, ne dédaigna pas d'aller la première visiter, saluer, et servir une personne infiniment au-dessous d'elle, sa nouvelle et suprême dignité n'ayant qu'augmenté son humilité et le désir de se conformer au Verbe humilié, car telle est l'impression des vrais dons de Dieu; 2° sa promptitude et sa ferveur, nonobstant la distance des lieux, qui n'était guère moins que de trois journées, et l'âpreté des montagnes qu'il lui fallut traverser, ce qui nous apprend à répondre courageusement et sans délai aux inspirations divines, quelque obstacle qu'y trouve notre malheureuse paresse et lâcheté; 3° sa modestie, compagne inséparable de la virginité, et sa pudeur, car l'Ecriture dit bi< n qu'elle entra chez Zacharie , mais elle ne fait mention que du salut qu'elle rendit à Elisabeth ; 4.° l'obligation que les personnes du sexe ont de se tenir assidues à la maison, et de ne paraître que rarement et comme en passant en public, mortifiant ainsi le désir qui leur est si naturel de voir et d'être vues ; 5° le bon usage qu'on doit faire, et des voyages, ne s'arrêlant point da-ns les lieux inutiles et dangereux, et ne se laissant pas aller a la curiosité et à la dissipation , à quoi on est si enclin et si sujet; et des visites, dont on doit bannir toute perte de temps, tous vains discours, toute médisance, tout désir de plaire et d'être aimé : au contraire les faisant dans la vue de son propre salut et de celui du prochain , y mêlant quelque chose d'édifiant, et, en un mot, y portant, ainsi que la sainte Vierge, Jésus-Christ avec soi.
Pourquoi la sainte Vierge entreprit -elle celle-ci ?
l°Par une secrète et puissante inspiration de son Fils, qui vou'ait qu'elle lui servît d'organe pour la sanctification de son précurseur et pour combler de bénédictions, ainsi qu'une autre arche d'alliance, la maison de Zacharie et d'Elisabeth ; 2° pour féliciter sa cousine de ce que Dieu, par une conception miraculeuse, l'avait délivrée dans sa vieillesse, et avec des circonstances admirables , de l'opprobre de la stérilité , selon que l'archange Gabriel venait de lui apprendre; 3° et lui confier les merveilles que le Tout-Puissant avait opérées en elle, et le trésor inestimable qu'elle portait dans son sein virginal.
D'où venait cette confiance ?
Outre l'alliance qui les unissait, on tient qu'Elisabeth étant épouse d'un des principaux pontifes , et pleine de zèle et de piété , avait inspection sur les filles qu'on élevait dans le temple, et qu'elle s'était donné un soin particulier de l'éducation de la sainte Vierge, pendant qu'elle demeurait dans ce saint lieu, où ces deux chères parentes avait contracté une tendre et cordiale amitié.
Quelles faveurs reçut sainte Elisabeth dans cette visite? ,
1° Elle fut remplie du Saint-Esprit; 2° elle connut le mystère de l'Incarnation et la divine maternité de Marie, modeste jusqu'à la cacher, et fut la première qui honora ces deux mystères; 3° elle sentit des impressions toutes extraordinaires de grâce; 4° elle pénétra , et le futur, disant à la sainte Vierge que ce que le Seigneur avait dit, s'accomplirait en elle; et le passé, qui lui était naturellement inconnu, l'assurant qu'elle était heureuse d'avoir cru ; et le présent, qui ne lui était pas moins caché, la nommant la Mère de son Seigneur; 5° transportée par un mouvement de l'Esprit-Saint, elle déclara à haute voix la gloire de Marie, lui disant : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et béni est le fruit de votre ventre (Luc. i , 42) ; 6° saisie d'étonnementàla vue d'une visite si inespérée, eile s'humilia , et avouant sa bassesse et la grandeur de Marie, elle dit : D'où me vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne à moi (Ibid., 43) : en quoi elle surmonta cet orgueil si naturel, qui nous fait voir avec peine au-dessus de nous ceux que nous avons regardés comme nos inférieursou nos égaux ; 7" éclairée sur le mystère de l'Incarnation, inconnu à tout autre qu'à la sainte Vierge, et sentant en elle l'opération du Verbe incarné, elle s'écria : Sitôt que votre voix a frappé mes oreilles , V enfant que je porte a tressailli dans mes entrailles [Ibid., 44); 8° élevée par une vue prophétique, elle présagea le bonheur éternel de la Vierge et les merveilles qui s'accompliraient en elle, qu'elle attribua au mérite de sa foi, dont Zacharie avait manqué, et encore plus Eve, qui crut non aux menaces de Dieu, mais aux promesses du diable, ajoutant : Que vous êtes heureuse d'avoir cru, parce que les choses qui vous ont été annoncées de la part du Seigneur s'accompliront. (Ibid., k.) Comme voulant dire : S'il faut attribuer à la foi des personnes les miracles qui s'opèrent en elles, ne sera-ce pas à la vôtre, ô Marie, que nous serons redevables de Jésus?
Quels privilèges reçut saint Jean-Baptiste dans cette visite ?
D'être : 1° purifié du péché originel, par l'organe de cette femme promise dès le commencement du monde , qui pour lors écrasa véritablement la tête du serpent ancien; 2° sanctifié par l'effusion d'une grâce abondante; 3° avantagé de l'usage de raison; 4° éclairé sur le mystère du Verbe incarné qui le visitait, et qui opéra si efficacement sur son âme et sur son corps, qu'il tressaillit de joie dans les entrailles de sa mère.
Quels furent les sentiments de la sainte Vierge au milieu de tant de mystères ?
On ne le peut mieux apprendre que par la méditation du sacré cantique qu'elle entonna pour lors toute ravie en Dieu, et transportée d'inexplicables mouvements de joie , d'amour, de religion, de modestie et d'humilité ; cantique bien différent du chant lu-
CATECHISME DE BOURGES. --PART. V. CE QUE iNOUS DEVONS MEDITER.
gubre d'Eve, et qu'on peut véritablement appeler la gloire des humbles et la confusion des superbes, et qui , d'ailleurs a fait mettre la sainte Vierge au nombre des prophétesses par les vues lumineuses dont elle fut pour lors illustrée, et qui percèrent l'obscurité de tous les siècles futurs, dit saint Ambroise.
En quoi parurent ces excellents sentiments ?
1° Elisabeth l'avait exallée, et Marie ne magnifie que le Seigneur; 2° Elisabeth se réjouit de la visite et du salut qu'elle en avait reçu, et Marie ne trouve de joie qu'en Dieu son Sauveur; 3" Elisabeth l'avaitfélicitée de sa dignité de Mère de Dieu, et Marie ne prend aucune autre qualité que celle d'humble servante du Seigneur; 4° Elisabeth attribue à sa foi les merveilles qui s'étaient opérées et qui devaient s'opérer en elle , et Marie assure que tout son bonheur vient de ce que Dieu a daigné jeter les yeux sur sa petitesse; 5" Elisabeth lui donne de grandes louanges , et Marie sans y réfléchir ni s'y arrêter, se met à publier les grandeurs de Dieu, et s'étend sur les admirables effets de sa sagesse et de son pouvoir ; 6° enfin ce divin cantique est le tableau fidèle de l'intérieur de la sainte Vierge.
A quoi le connaît-on?
Si l'intérieur d'une personne paraît aux dispositions saintes et aux sentiments religieux qui l'animent, quel fut celui de Marie dans ce cantique 1 Son âme rend à Dieu des devoirs, non pas communs, mais d'une magnificence incomparable : Mon âme, dit-elle, magnifie le Seigneur. Les mouvements de son esprit ne sont rien moins que des transports et des jubilations : Et mon esprit, ajoute-t-el le ,' a tressailli des jubilations en Dieu. [Luc. i, 46, 47.) Son cœur se répand en éloges des attributs de Dieu, dont il est une effusion sainte,; elle loue sa toute-puissance, en ce qu'il a fait en elle de grandes choses; sa bonté, en ce qu'il a daigné jeter les yeux sur sa bassesse ; sa miséricorde, en ce qu'il en répand les etfets degénération en génération sur ceux qui le craignent; sa justice, en ce qu'il humilie les orgeuilleux, et qu'il élève les humbles ; sa providence , en ce qu'il pourvoit aux besoins des pauvres ; ja fidélité, en ce qu'il accomplit les promesses faites à Abraham.
Que savons-nous encore de cette visite?
Que la sainte Vierge demeura trois mois chez sa cousine, après lesquels elle s'en retourna chez elle, sans at endre, comme il est très-croyable, la naissance de saint Jean. En effet, sa pudeur virginale, sa répugnance pour les assemblées, et sa grossesse qui devait être connue de saint Joseph plutôt que d'aucun autre, l'obligèrent è prévenir ce temps et à se retirer, ainsi que l'évangéliste semble le donner à entendre.
Que doit-on demander dans cette fête?
1" De la dévotion envers Jésus vivant et résidant en Marie ; 2° être fidèle à correspondre aux visites que Dieu nous rend par les illustrations intérieures, par les afflic-
lions, etc.; 3e recevoir dignement Jésus- Christ par la sainte communion ; 4° exercer l'hospitalité en la personne des pauvres et des serviteurs de Dieu ; 5° avoir un cœur plein d'estime, de respect et d'amour envers la sainte Vierge; 6" remercier Dieu de ce qu'il a institué un ordre religieux célèbre dans son Eglise, afin de faire honorer ce grand mystère d'un culte tout particulier, s'unira tout le bien qui s'y fait, en demander la continuation, et prier la sainte Vierge d'y conserver l'esprit intérieur, la ferveur et l'amour de la vie cachée qui doit y régner, et être une imitation de la vie sainte que cette Heine des vierges menadans le temple; 7° réciter avec attention, et méditer souvent cet admirable cantique du Magnificat, qu'on a vu par expérience être si redoutable au démon quand on le prononce sur la tête des énergumènes, et pour lequel l'Eglise a tant de vénération, qu'elle le récite tous les jours dans son Office, et qu'elle le chante solennellement, l'accompagnant de diverses cérémonies, de l'encens, du luminaire et de la musique.