V. CE QUE NOUS DEVONS MEDITER. 5G
Quel avantage en lirons-nous?
Un grand sujet 1° de consolation h l'heure de la mort; 2° de confiance d'eu être alors assistés; 3° de résignation à la volonté de Dieu.
Comment mourut-elle?
Le temps étant arrivé auquel Dieu voulait couronner celte Mère, les apôtres, par une disposition merveilleuse de la Providence, se trouvèrent assemblés en Jérusalem, où pour lors elle était, et ayant rendu à la Mère de leur Sauveur et de leur Dieu les devoirs auxquels ils étaient tenus, cette âme bénite, dans des sentiments d'amour inexplicables, se sépara de son corps pour aller s'unir éternellement avec son Dieu
Où alla celte âme bienheureuse?
Son Fils bien-aimé la reçut et la mena en triomphe au ciel, accompagnée de tous les anges et de tous les saints.
Que devint son corps virginal ?
On le mit dans un sépulcre neuf, où il demeura trois jours sans se corrompre; et on tient que ce fut dans la vallée de Josaphat. près de Jérusalem, où le dernier jugement doit se faire, ainsi qu'on le dit communément : sans doute pour nous exprimer par là que la sainte Vierge intercédera pour le genre humain dans ce jour terrible et épouvantable, et qu'elle y paraîtra comme une Mère de miséricorde et de bonté, surtout envers ceux qui auront eu pour elle un cœur d'enfant sur la terre.
Pourquoi son corps ne se corrompit-il pas ?
1" Il n'avait jamais été souillé d'aucun péché, unique source de toute corruption ; 2° il était vierge, et participant à la pureté angélique, il devait participer à l'incorruptibilité; 3° le Verbe incarné ayant pris un corps qui faisait une partie même de ce corps, il n'était pas convenable que celie portion fût incorruptible dans le ciel, et l'autre corrompue dans le sépulcre; k" le seul attouchement de Jésus, auteur de la vie, guérissait les malades et ressuscitait les morts, que ne devait pas communiquer à Marie le long séjour de Jésus en son sein ? 5° elle avait été figurée par cette arche du Testament, faite d'un bois incorruptible; 6° d'où vient que Dieu, qui tant de fois a révélé les reliques de ses saints pour les faire honorer, laisserait celles de Marie ensevelies dans l'oubli.
Quarriva-t-il le même jour?
Son âme se réunit à son corps , elle ressuscita, et son Fils, accompagné de tous les saints et de toutes les saintes du paradis, au milieu d'une gloire infinie, et proportionnée à la dignité d'une telle Mère et à la grandeur d'un tel Fils, et dans un triomphe incomparable, l'éleva dans le ciel avec lui parmi les joies et les cantiques d'allégresse de toute la courcélesie, dont elle est la reine à jamais.
Où fut-elle placée ?
Au-dessus des prophètes et des patriarches, des anges <»t des archanges, des Trônes et des Dominations, des chérubins et des séraphins; en un mot, Dieu l'éleva au-dessus
de tous les saints et de toutes les saintes du paradis, et la plaça immédiatement après son Fils bien-aimé Jésus-Christ Notre-Seigneur. Voilà en partie ce que la tradition nous apprend, et en partie ce que la piété des fidèles leur suggère de la grandeur de Marie dans le mystère d'aujourd'hui.
D'où vient que Dieu a rendu tant d'honneur à la sainte Vierge?
Parce qu'elle a été, 1" la plus innocente; 2° la plus sainte ; 3° la plus parfaite de toutes les créatures.
Pourquoi la plus innocente?
Elle a été préservée, l°de tout péché, soit originel, soit actuel ; 2° de toute convoitise et passion déréglée; 3° de tout manquement et de tout défaut.
Pourquoi la plus sainte ?
Elle a été, 1° pleine de grâce, selon la parole de l'ange; 2° unie à Dieu d'une façon très-intime et toute singulière; 3° elle a eu des alliances très-étroites avec la très-sainte Trinité, ayant été l'épouse du Père qui l'ombragea, et lui communiqua la vertu d'engendrer dans le temps le même Fils qu'il engendre dans l'éternité, la Mère du Fils, et le temple ou le sanctuaire du Saint-Esprit, incomparablement plus vénérable que ne le fut le Saint des saints, où reposait l'arche d'alliance.
Pourquoi la plus parfaite ?
Elle a pratiqué la perfection dans un si haut degré, et d'une si sublime manière, qu'elle a mérité par ses admirables et divines vertus, la qualité glorieuse de Mère de Dieu, et cela dès l'ûge de quinze ans, ce qui est tout dire en un mot.
JD'où vient un si riche amas de mérites, et en si peu de temps ?
1° Du pur amour dont ses moindres actions étaient animées; 2° de son état heureux, et qui réunissait en elle les avantages des saints du «iel, et des justes de la terre. En effet, les bienheureux n'ont pas de convoitise (laquelle porte au péché, rend la vertu difficile, et gâte en partie les bonnes œuvres), mais ils ne peuvent plus mériter. Les justes sur la terre peuvent au contraire mériter, mais ils ont cette convoitise qui leur est un grand obstacle, et qui retarde extrêmement leur progrès dans la sainteté. Si donc il se trouvait une créature qui n'eût point de convoitise avec les bienheureux du ciel, et qui pût mériter avec les justes de la terre, à quel haut point de perfection ne s'élèverait-elle pas en peu de temps? Or celte créature ainsi dépeinte est la très-pure Vierge: pourquoi donc s'étonner si elle a mérité en si peu de temps la qualité de Mère de Dieu, quoique d'un mérite en quelque manière infini?
Dieu ne la lui conféra-t-il pas par une pure grâce?
Oui, mais il voulut qu'elle la méritât autantqu'une pure créature le peut en ce monde, par les vertus admirables dont il la prévint et l'orna, et par une fidèle coopération de sa part à une si grande grâce, et qu'ainsi elle fût remplie d'autant de sainteté, de sa-
gesse, et de dons divins, qu'en exigeait un si grand nom, et qu'on l'appelât avec justice la très-digne Mère de Dieu.
Pourquoi la célèbre procession d'aujourd'hui ?
C'est un effet de la dévotion édifiante des rois de France, commencée par Louis XIII, de pieuse mémoire, qui ont mis leurs personnes sacrées et leur royaume sous la protection de cette Reine du ciel et de la terre : c'est pourquoi l'on doit aujourd'hui beaucoup prier pour la famille royale.
Quelles vertus ont acquis une si grande gloire à la sainte Vierge ?
La sainte Vierge a eu toutes les vertus dans un souverain degré, mais on doit particulièrement admirer, 1° sa foi; 2° sa charité; 3° son humilité; i° sa pureté; 5° sa patience ; 0° son obéissance; 7° son oraison, sans parler d'une infinité d'autres qu'on peut dire être les vrais anges qui l'ont élevée aujourd'hui dans le ciel, sans vouloir néanmoins dérober ce glorieux office aux esprits bienheureux.
En quoi parut sa foi?
En ce qu'elle crut, 1° qu'elle concevrait demeurant Vierge ; 2- qu'elle serait la Mère de son Dieu; 3° qu'elle serait mère et vierge tout ensemble; k° que ce petit Enfant faible et infirme qu'elle portait entre ses bras, qu'elle allaitait de ses mamelles, qu'elle voyait sujet aux misères humaines, qu'il fallait dérober à la cruauté d'Hérode, de peur qu'il ne le fît mourir, et qu'elle vit enfin expirer en croix, était le Créateur du ciel et de la terre; la foi si exaltée d'Abraham, qu'est-elle en comparaison de celle de Marie?
Et sa charité?
Qui peut douter du pur amour qui brûla son cœur? 1° lors qu'elle fut ombragée de la vertu du Très-Haut; 2° que le Saint-Esprit survint en elle; 3° et qu'elle conçut Jésus-Christ; k° qu'elle porta le Verbe incarné dans son sein; 5° qu'elle tenait entre ses bras, qu'elle lui donnait des marques de sa tendresse maternelle et respectueuse, se souvenant toujours qu'elle l'avait conçu du Saint-Esprit, et qu'elle recevait les chastes caresses de cet adorable Enfant; 6° que le Saint-Esprit descendit de nouveau en elle au jour de la Pentecôte.
Et son humilité?
En ce que, 1° ce fut cette vertu qui attira le Verbe éternel dans son sein; 2° saluée par un ange qui lui donna tant de louanges, et qui lui prédit tant de grandeurs, elle se réputa et se qualifia une vile servante : l'humilité étant une vertu d'autant plus excellente et plus rare, qu'elle ne sait pas même qu'elle est vertu, disent les saints; 3° quel fonds d'humilité ne reconnut pas cet Esprit céleste en elle, puisqu'il ne craignit pas de lui donner de la vaine gloire par tant d'éloges? 4° remplie de grâces et de dons, elle les ensevelit dans un profond silence, elle ne dit point qu'elle a conçu du Saint-Esprit, qu'elle est vierge et mère, qu'elle n'a point besoin de purification, etc.; 5* elle se met partout
CATECHISME DE BOUItCES. — PAItT. V. CE QUE NOUS DEVONS MEWTE i.
au rang des femmes immondes, et dos personnes du commun, et dans un état si abject, qu'on dédaigne de la recevoir dans un hôtellerie; 6° en un mot, élevée dans la plus haute dignité, elle a été la plus humble des créatures, ou plutôt la seule, puisque les hommes peuvent bien être modestes, en ne s'élevant pas trop, mais non humbles, à proprement parler, puisqu'ils sont si dignes de confusion, qu'ils ne sauraient s'abaisser pins bas que ce qu'ils sont et que ce qu'ils méritent, ce que la sainte Vierge a fait.
Et sa pureté?
Elle éclate excellemment en Marie, car, 1° ce fut elle qui, la première du monde, lit vœu de virginité perpétuelle, et qui professa une vertu jusqu'alors inconnue sur la terre; 2° elle ne voulut point accepter la dignité de Mère de Dieu, qu'à condition qu'elle demeurerait vierge, que peut-on dire de plus? 3° saluée par un ange, elle ne leva pas les yeux pour le regarder, comme avait fait Zacharie, parce qu'il avait la ressemblance d'un homme ; elle se contenta de l'entendre, et elle ne le resalua pas, comme observe le grand saint Ambroise, telle lut sa pudeur et sa modestie.
Et sa patience?
Qui jamais en a plus exercé? V dans la peine qu'eut saint Joseph qui, la voyant enceinte, voulait la renvoyer connue une adultère ; 2° dans la fuite et le séjour en Egypte; 3* mais surtout dans la douloureuse Passion et la mort cruelle de son bien-aimé Fils, où elle fut présente; 4° enfin tout le cours de sa vie n'est qu'un tissu de souffrances et de peines.
Et son obéissance ?
Combien l'exerça-t-elle, puisqu'elle obéit aux ordres des empereurs, aux lois de Moïse, aux volontés de saint Joseph, aux paroles de l'ange, et enfin à tout ce que le Ciel exigea d'elle dans tous les mystères de sa vie, surtout dans celui de la purification, et dans le sacrifice qu'il lui fallut faire de son Fils sur le Calvaire, et d'elle même à l'heure de son bienheureux trépas.
En quoi paraît son esprit d'oraison?
1° Elle se retira dans le temple dès l'âge de trois ans, [tour vaquera ce saint exercice ; 2° quand l'ange lui apparut, et comme il y a apparence à l'heure de minuit, il la trouva dans une profonde contemplation ; 3° dans quelle union avec Diem n'élait-elle pas, quand elle portait le Verbe incarné dans son sein et entre ses bras? k° quel fut son ravissement, quand elle visita sainte Elisabeth? 5° lorsqu'elle reçut le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, elle était en retraite et en prières ; 6° l'Evangile nous assure, qu'elle s'occupait sans cesse des mystères de la vie de son Fils; 7° enfin ce silence perpétuel, que nous lui voyons garder dans l'Evangile, n'est-il pas une marque assurée des saintes et religieuses occupations de son âme, et ne fait-il pas voir, que ce n'est pas le sexe qui porte les autres femmes à tant parler, mais le dérèglement personne! de leur esprit?
Que devons-nous demander à Dieu dans cette fête?
Part, 1° à l'amour de Marie, qui l'a rendue impassible dans sa mort ; 2° a sa pureté, qui l'a rendue incorruptible dans le tombeau; 3" à son humilité, qui l'a élevée si haut dans le ciel.