‹ Œuvres completesChapitre 131 sur 296 · DE LA FÊTE DES A\GES GARDIENS · texte numérisé non relu

DE LA FÊTE DES A\GES GARDIENS

(2 octobre.)

Quelle est la doctrine chrétienne sur l'ange gardien ?

1° Dieu par sa miséricorde infinie en a donné un à chaque fidèle dès le moment de sa naissance, pour le garder, et s'opposer à un esprit tentateur, que selon un bon sentiment, Lucifer envoie à chaque homme pour le tenter et le perdre ; 2° cet ange tutélaire protège et garantit des périls spirituels et corporels; 3° donne de bons instincts et de bonnes inspirations; 4* porte au bien, et détourne du mal; 5° éloigne les occasions d'offenser Dieu, et soutient dans les tentations et les adversités; 6" aide à se relever quand on tombe dans le péché ; 7° prie et intercède pour nous, représentant à Dieu nos besoins, et nous impétrant du secours; 8° fortifie dans les angoisses, et particulièrement à l'heure de la mort; 9° enfin il nous défend au jugement de Dieu.

Quelles perfections de Dieu reluisent dans cette conduite ?

Sa providence, prévoyant si en détail, et par de si admirables moyens, et si proportionnés à tous nos besoins particuliers ; sa bonté, associant l'ange à l'inclination immense qu'il a de bien faire, et la faisant si puissamment ressentir à l'homme; sa sagesse, conduisant les créatures particulières par les universelles, les corporelles par les spirituelles, les inférieures par les supérieures, les moins parfaites par les plus, parfaites ; sa puissance, se servant de ministres si illustres et si grands pour l'exécution de ses ordres. En effet, le mot d'ange veut dire messager.

De quels bons offices est-on redevable à l'ange gardien ?

Les voici, selon l'Ecriture et les saints: 1" il offre à Dieu nos prières et nos bonnes œuvres; 2° il écarte les embûches du démon ; 3° il détourne les objets dangereux ; 4° il diminue les impressions malignes des créatures; 5" il inspire de bonnps pensées et de bdhnes résolutions; 6" il éloigne les engagements nuisibles, où on s'embarrasserait; 7° il fait remarquer les soins de la providence de Dieu; 8° il encourageons les tentations; 9° il aide dans les besoins ; 10° il désire notre oien; 11° il nousaime, et il se réjouit de nos avantages, de nous voir servir Dieu , faire

pénitence, travailler à notre perfection, etc.; 12° il a compassion de nos misères; 13° il nous reprend intérieurement de nos fautes, par des remords et des reproches secrets.

Qui porte des esprits si nobles et si relevés à s'abaisser jusque-là ?

1° La vue de la volonté de Dieu ; 2° le zèle de notre salut ; 3° leur respect pour l'homme depuis l'incarnation du Verbe; 4° notre association à eux , ayant le même père, le même héritage, le même chef; 5U la connaissance qu'ils ont que nous devons un jour remplir leurs ruines dans le ciel, et y occuper la place dont les anges rebelles sont déchus.

Que doit produire en nous la pensée de la présence de notre ange gardien ?

Du respect, de l'amour, de la confiance, de la dévotion, de la modestie, nous g.irdant bien de faire «levant lui ce que nous ne voudrions pas faire devant un homme vertueux.

Comment doit-on honorer son bon ange ?

1° Ayant pourlui un cœur plein d'estime , de gratitude et de religion ; 2° pensant souvent à lui; 3° se mettant en sa présence; 4° l'invoquant et ayant recours à lui ; 5° célébrant sa fête avec dévotion; 6° l'imilanl : en effet, puisque les pécheurs imitent les mauvais anges, pourquoi les justes n'imiteront-ils pas les bons ?

Que peut-on imiter dans les bons anges ?

1° Cette promptitude admirable à exécuter les ordres de Dieu ; c'est pourquoi on les peint d'ordinaire avec des ailes; 2° cette charité si pure et si forte, qu'ils exercent envers les hommes, comme on peut voir en l'histoire de Tobie; 3° cette humilité si profonde avec laquelle ils s'abaissent à venir prendre soin des plus abjects et des plus misérables ; 4° cette pureté si divine, qui fait qu'ayant un commerce continuel avec les hommes, ils necontractent aucune souillure ; 5° ce regard si fixe et si continuel sur la face du Père, qu'aucun emploi n'interrompt jamais d'un moment; 6° cette coopération si fidèle au salut des âmes; T ce soin si grand de les porter à Dieu ; 8° enfin tant d'avantages prouvent la nécessité où nous sommes d'avoir un directeur qui nous serve d'ange visible sur la terre, et qui nous guide dans les voies du ciel.

DES ÉPOUSAILLES DE LA SAINTE VIERGE ET DES PRINCIPALES VERTUS DE SA JEUNESSE.

(1-2 octobre.)

Pourquoi cette fête de dévotion ?

Afin, 1° d'honorer les dispositions de la sainte Vierge, donnée pour épouse au glorieux saint Joseph, et les opérations du Saint- Esprit dans son cœur au milieu de cette cérémonie; 2° d'adorer l'ordre de la Providence, qui jugea ce mariage convenable et à propos ; 3° d'admirer les mérites de ce saint patriarche, choisi spécialement de Dieu pour époux de Marie, la perfection de sa pureté , et l'élévation de son esprit dans ces noces toutes divines; 4" de servir de modèle aux personnes qui entrent dans cet état, et leur

inspirer le zèle de venir puiser dans cet exemple la grâce qui leur est nécessaire.

Quand la sainte Vierge e'pousa-t-elle saint Joseph ?

Ce fut à l'âge de quinze ans environ que cette très-pure Vierge , par une disposition merveilleuse de la Providence divine, consentit à ce mariage mystérieux, ayant aussi bien que son époux t'ait vœu de virginité perpétuelle.

Pourquoi donc ce mariage de Marie ?

Afin, 1° de la préserver de la recherche importune des hommes; 2° de la garantir de l'infamie que sa grossesse lui aurait attirée, et que la naissance de la Vérité ne fût pas accompagnéede la naissance delà calomnie; 3° d'empêcher qu'on ne crût Jésus-Christ né d'une adultère, que l'honneur de Marie fûlà couvert contre la malignité de la médisance, le Fils aimant mieux que quelques-uns doutassent du miracle de sa naissance, que de la pureté de sa Mère; et nous apprenante ne donner aucune atteinte à notre réputation dans le bien même que nous faisons; 4° de cacher le mystère de l'Incarnation, même au démon , disent les premiers Pères de l'Eglise : car puisque l'artifice du serpent avait vaincu le premier homme en le trompant par une vierge, il était juste qu'il fût trompe lui-même par une autre vierge, pour être ensuite vaincu par le second homme; 5° d'ûter tout prétexte aux tilles imprudentes qui donnent lieu à la médisance, de dire que la sainte Vierge aurait été calomniéeaussi bien qu'el!es;G"de donner unappui et un aide à cette divine Mère et à son Fils; 7° de servir de modèle à l'Eglise, qui selon le langage des Pères, est vierge, épouse, et mère tout ensemble; 8° d'honorer et autoriser l'état et du mariage et de la virginité, contre les hérétiques qui devaient condamner l'un et l'autre.

Etait ce un vrai muriage ?

Sans doute, puisque tous les biens de cet état s'y rencontrèrent : 1° la foi inviolablement gardée de part etd'autre;2" l'indissolubilité; 3° l'union deseœurs plus intime que celle des corps; k° la fécondité, et quelle fécondité !

Comment la sainte Vierge vécut-elle avec ce grand saint)?

1° Elle l'aima selon Dieu, elle l'honora , elle lui obéit, elle le servit, mais tout cela dans une sublime élévation d'esprit en Dieu, dans une parfaite soumission à ses ordres, dans un entier abandon à sa conduite, dans une certitude intérieure qu'elle serailépouse et vierge tout à la fois : et ce grand saint la considérant de son côté comme un trésor (Je grâce, et comme un modèle de perfection , vivait avec elle comme les anges vivent avec nous sur la terre. Tout fut saint, tout fut céleste, tout fut divin entre Marie et Joseph.

Que doit-on demander aujourd'hui?

La grâce de la pureté quand on est obligé de converser avec les personnes de différent sexe.

Quelles furent les vertus les plus imitables de la sainte Vierge pendant sa jeunesse ?

Le grand saint Ambroise, quij sans doute l'avait appris parla tradition, ou par l'inspiration du même Esprit qui les avait produites en Marie, 's'en explique en ces termes : « Que dirai-je des vertus de Marie ? Mère, elle fut vierge, non-seulement de corps, mais encore d'esprit. Jamais aucune affection terrestre ne ternit la pureté de son âme. Elle fut humble de cœur, grave en ses discours, prudente en ses pensées; elle parlait peu, elle lisait beaucoup, elle était détachée de toutes choses, elle se confiait à la prière du pauvre, elle était laborieuse et appliquée à son ouvrage; elle était la pudeur même en ses discours, elle ne cherchait pas à plaire aux hommes, elle se contentait de Dieu seul pour témoin de ses actions , elle n'offensait personne, elle voulait du bien à tout le monde, elle se levait par honneur devant ses anciennes, elle ne portait point d'envie à ses compagnes, elle ne se vantait jamais , elle haïssait la vaine gloire, elle se gouvernait par la raison, elle aimait la vertu : jamais elle ne fâcha ses parents, jamais elle ne contredit celles avec qui elle vivait, jamais elle ne méprisa les petits, jamais elle ne se moqua des misérables, jamais elle n'évita l'entretien des pauvres, jamais elle ne fréquenta que des personnes charitables et modestes ; elle n'eut rien d'arrogant dans ses regards, rien d'éventé dans son visage : ses gestes n'étaient point affectés, ni ses démarches efféminées, ni sa voix dissolue.

En sorte que toute sa composition extérieure était une parfaite représentation de son intérieur religieux et modeste, et un modèle accompli de perfection . »

Continuez à nous rapporter les paroles de ce grand saint ?

« Que dirai-je encore,); poursuit-il, «de l'abstinence de Marie qui était extrême, et de ses emplois qui étaient continuels? A peine prenait-elle le nécessaire a la vie, et elle travaillait jusqu'au delà de ses forces, ses occupations remplissaient son temps, et ses jeûnes s'étendaient jusqu'à deux jours de suite; quand la nécessité l'obligeait de manger, elle avait recours à des aliments qui suffisaient pour reculer la mort, mais qui ne pouvaient agréer au goût. L'envie de dormir n'en prévenait jamais le besoin, et tandis que son corps sommeillait, son cœur veillait. Elle ne sortait que pour aller au temple en la compagnie de ses parents et de ses proches. Elle était solitaire à la maison, accompagnée au dehors, quoiqu'elle ne pût avoir de meilleure surveillante à sa conduite qu'ellemême. Son marcher imprimait de la vénération, et son abord du respect : autant de pas qu'elle faisait étaient autant de démarches vers la vertu. Marie était si appliquée à toutes choses, qu'on eût dit que plusieurs personnes l'avertissaient sans cesse de ce qu'elle avait à faire, et elle remplissait si parfaitement les ordres qu'on lui donnait, qu'elle paraissait, non tant avoir appris de quelqu'un ce qu'elle faisait, qu'enseigner aux autres comme il le fallait faire. Telle est l'idée que l'Evangile nous donne de Marie .

telle fut Marie que l'ange salua, telle fut Marie que le Saint-Esprit choisit. Marie, l'objet de l'amour de ses parents et. de la vénération de tout !e monde, se trouva digne que le Fils de Dieu naquît d'elle. Enfin, conclut ce grand docteur de l'Eglise, la vie de Marie fut telle , qu'elle peut servir de modèle à tout le monde. »

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